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"Incapables de ne rien faire par eux-mêmes, ils ne voient que le mal." Camille Claudel
Pasolini, le prophète, avait raison sur presque tout : nous sommes tous en danger. Le « nivellement brutalement totalitaire du monde » dont il avait parlé se réalise. Grâce à la télévision et au marché, un modèle unique et exclusif est imposé au monde entier ; « ce que le fascisme historique avait échoué à réaliser, le nouveau pouvoir conjugué du marché et des médias l’opère en douceur (dans la servitude volontaire) : un véritable « génocide culturel », où le peuple disparaît dans une masse indifférenciée de consommateurs soumis et aliénés ».
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ASSOCIATION ARTEMISIA
Chantal Montellier-Streiff
28, rue Gabriel Péri
94200 Ivry sur Seine.
assoartemisia@gmail.com
Le blog de l’association : http://associationartemisia.blogspot.com/
Le prix Artémisia de la bande dessinée féminine a été remis mardi 12 janvier à Laureline Mattiussi pour son œuvre L’île au Poulailler.
Voici quelques photographies de l’évènement suivies d’une interview de Chantal Montellier, créatrice de l’association, parue dans L’Humanité le 15 janvier.
La remise du chèque de récompense de l’association Artémisia à Laureline Mattiussi, par le mécène Michel-Edouard Leclerc.
Chantal Montellier fait le clown
La lauréate, Laureline Mattiussi
La lauréate, Laureline Mattiussi
CULTURE
Les dessinatrices à l’abordage du prix Artémisia
Pour sa troisième année, le prix Artémisia, qui récompense une jeune dessinatrice, a été décerné à Laureline Mattiussi. À cette occasion, la présidente du jury, Chantal Montellier revient sur la BD au féminin.
Fondatrice et présidente du jury Artémisia qui récompense une dessinatrice, Chantal Montellier est une des pionnières du genre : dessinatrice, auteure, elle conjugue ses activités créatrices au féminin. Proclamé le 9 janvier, il coïncide avec l’anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir.
Lorsqu’on évalue à 10 % le nombre de femmes dans la BD, il reste encore du chemin à parcourir. Pourquoi un prix féminin de la BD ?
Chantal Montellier :
Parce que la bande dessinée, destinée à tous et très largement diffusée, reste un média dominé par l’imaginaire masculin, qui véhicule des stéréotypes souvent écrasants. Par ailleurs les jurys (surtout les pré-jurys) étant généralement composés des seuls représentants du sexe dit fort, un regard féminin sur la production de bande dessinée nous paraît nécessaire.
Le pouvoir de reconnaître, et non pas seulement de produire, est un enjeu et un symbole des plus importants pour les femmes qui participent à cette aventure. Il était temps que la bande dessinée ait un prix féminin comme la littérature et le cinéma. Ce prix existe aussi grâce à la générosité de Michel-Edouard Leclerc, un mécène passionné et en relation avec de nombreux auteurs.
Quand j’ai démarré dans ce métier, l’un de mes éditeurs (de chez Casterman), me répétait avec insistance que « la BD de femmes ça ne se vendra jamais ! » alors même que les scores de mes albums étaient tout à fait honorables. Il éliminait quasi systématiquement les projets présentés par des dessinatrices, même des très grandes comme Nicole Claveloux. Ce responsable éditorial n’était hélas pas le seul à réagir ainsi et je crois que beaucoup de talents féminins sont passés à la trappe. Ceci étant, les choses ont tout de même un peu changé côté BD, même si les choix que font les éditeurs peuvent parfois questionner.
En quoi pensez-vous qu’il est nécessaire de faire entendre ces voies/voix de femme ?
Chantal Montellier :
Certaines auteures consacrées – de préférence politiquement correctes et appartenant aux classes sociales les mieux nanties – servent de prétexte pour « représenter » la bande dessinée féminine, comme Claire Brétécher, malgré elle. J’ai le sentiment que cette ségrégation sociale se fait encore plus sentir quand il s’agit de production artistique au féminin, mais je schématise et durcis peut-être un peu les choses. « Dans une société bourgeoise, l’art et l’artiste se doivent d’être bourgeois », disait –en substance- Pierre Francastel dans son livre “peinture et société”...
Je suis pour une société vraiment mixte et cette mixité passe aussi par les imaginaires et les systèmes de représentations, par les images. Rien ne bougera vraiment si le « ça » de l’inconscient collectif ne bouge pas. Ce n’est pas qu’une affaire de politique. Ou alors de politique de l’imaginaire et du symbolique. Ça ne passera pas par la classe politique telle qu’elle est constituée aujourd’hui, en France ou ailleurs. Certaines idées et pratiques sont vraiment de gauche, mais les images, elles, sont presque toutes de droite, du moins relativement à la problématique qui nous intéresse ici. Bref, je pense sincèrement que l’imaginaire des femmes, côté images, fait encore peur aux différents pouvoirs et qu’il est toujours sous séquestre.
Comment définiriez-vous votre engagement aujourd’hui ?
Chantal Montellier :
Mon engagement, si c’en est un, mais je dirais plutôt mon combat, est de rouvrir les perspectives, d’élargir les cadres, de redessiner des lignes d’horizon, dans un contexte ou ce n’est guère facile. Les hommes s’admirent volontiers et se gratifient entre eux (et hélas, les femmes ont tendance à les suivre).
Il y a plus, depuis quelques années, de publication d’images BD au féminin mais la majorité raconte trop souvent la même chose : laquelle a le plus joli nombril, quelles fringues mettre pour être Chébran et « hyper cool » ? Notre lauréate et son personnage sont des femmes libres, audacieuses et qui naviguent vers de vastes horizons. Elle a immédiatement fait consensus dans le jury.
Entretien réalisé par Lucie Servin
Pour le journal l’Humanité.
A l’occasion du déjeuner de presse du 10 décembre 2009 de l’association Artémisia, Thierry Lemaire publie un article dans Actua BD qui donne la parole à l’association et à sa créatrice, Chantal Montellier.
Le monde encore très majoritairement masculin de la bande dessinée voit depuis quelques années les femmes prendre une place grandissante. Le Prix Artémisia, créé en 2007 à l’initiative de Chantal Montellier, participe à cette évolution en récompensant chaque année une auteure de BD. La semaine dernière, les jurés ont dévoilé les sélectionnées en lice pour l’édition 2010.
Après Johanna Schipper pour Nos âmes sauvages et Tanxxx & Lisa Mandel pour Esthétique et Filatures, les jurés du prix Artémisia ont levé le voile sur les nominées de l’édition 2010.
Une sélection où Delcourt et Futuropolis se taillent la part du lion. Des têtes d’affiche comme Claire Bretécher, Camille Jourdy (déjà récompensée cette année par le prix RTL), Aude Picault, Chloé Cruchaudet, Aurelia Aurita, et des dessinatrices moins connues composent une liste plus étoffée que les précédentes années.
Rendez-vous le 9 janvier, jour anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir, pour la révélation de la lauréate.
La liste complète :
* L’île au poulailler de Laureline Mattiussi (Treize Etrange)
* Transat de Aude Picault (Delcourt)
* La ballade de Hambone de Leila Marzocchi et Igort (Futuropolis)
* La jeune fille et le nègre 2 de Judith Vanistendael (Actes sud)
* Agrippine de Claire Bretécher (Dargaud)
* Ida de Chloé Cruchaudet (Delcourt)
* Tout peut arriver d’Anna Sommer (Buchet-Chastel)
* Rosalie Blum de Camille Jourdy (Actes Sud)
* A l’ombre des murs de Arnaud Le Roux et Marion Laurent (Futuropolis)
* Moi vivant, vous n’aurez jamais de pause... de Leslie Plée (Gawsewitch éditeur)
* Buzz-moi de Aurélia Aurita (Les Impressions nouvelles)
* Amato de Aude Samama et Denis Lapière (Futuropolis)
* Vacance de Cati Baur (Delcourt)
Cette manifestation nous a permis également de converser avec Chantal Montellier, partagée entre son agacement sur l’évolution de la BD féminine actuelle et son envie de relancer, 30 ans après, le journal de ses rêves :
Pour vous, quelle serait l’ambition de ce Prix Artemisia ?
Un regard de femmes sur la production BD. Se donner les moyens de voir ce qui se passe, d’en parler, d’en juger. Et aussi de valoriser et éclairer certains albums faits par des femmes. Pour ce qui me concerne, j’ai démarré dans le dessin narratif vers 1973 et j’ai pu constater que souvent les jurys étaient et sont toujours constitués essentiellement de représentants du sexe masculin qui se cooptent. Notamment les pré-jurys. Avec ce Prix, on veut à la fois sortir de cette logique et se donner à soi-même la reconnaissance qu’on nous refuse. Je crois que ça rencontre pas mal de sympathie.
En présentant la sélection, vous avez parlé d’un recul par rapport aux années du féminisme. Pouvez-vous nous en dire plus ?
J’ai constaté, depuis la création du Prix Artemisia, à travers les albums que les éditeurs nous envoient et ceux que nous nous procurons nous mêmes, qu’il y a beaucoup d’histoires à la première personne, ceci de manière quasi exclusive. « Moi je, moi je, moi je ». Je pense que cette présence du « moi je » a été moins forte à certaines autres époques. Le « moi je » est important, sinon il ne se passe rien, mais qu’il y ait une espèce de resserrement là-dessus n’est pas nécessairement très bon signe il me semble. Dans les journaux que j’ai connus et pour lesquels j’ai produit à une certaine époque, comme le défunt Ah ! Nana [1] , je me souviens, par exemple, des récits de Nicole Claveloux qui revisitaient les contes de fée sur un mode ironique, grinçant et ludique à la fois. Trina Robbins, une Américaine, racontait les aventures d’une ouvrière d’usine. Personnellement j’allais “gratter” du côté des bavures policières... Le monde qui nous entoure, la société, les luttes de sexe et de classe, tout ça me semble passer un peu au second plan au profit, par exemple, des rapports mère-fille ou du cercle familial... C’est un peu comme si un esprit malin avait repoussé les femmes vers l’intime. Pourquoi pas, si l’intime reste un peu inquiet de ce qui se passe autour. Je crois que c’est important de confronter l’intime au monde. Pour moi, c’est incontournable pour développer un propos intéressant.
L’intime a vite fait de tomber dans le nombrilisme.
Voilà. Les imaginaires, notamment ceux des femmes, me paraissent trop limités par cette espèce de « ceinture de contrition » qu’est l’intime. Je crois que c’est un miroir très réducteur, même si l’intime peut parfois ouvrir sur des choses passionnantes. À dire vrai, j’ai l’impression qu’une majorité des auteures publiées ont un peu le nez dans leurs chaussures. En se demandant « quelles chaussures mettre ? », plutôt que « quelle ville on va voir et dans quelle ville on va marcher avec ces chaussures ? ».
Et par rapport à il y a 30 ans ?
Il me semble que le niveau de conscience n’était pas tout à fait le même. On problématisait peut–être un peu plus les choses. On avait un regard plus politisé, osons le mot. On mêlait peut-être plus l’intime au politique. Politique au sens large.
Finalement, est-ce que ce prix ne peut pas devenir une sorte d’observatoire de la BD féminine ?
C’est un des buts. La bande dessinée féminine est peu commentée en tant que telle, peu analysée bien qu’elle soit à la fois un miroir de la société actuelle et un... symptôme. Il y a tout de même quelques travaux de recherche, de réflexion... des choses qui s’écrivent. Dernièrement une étudiante toulousaine, Florie Boy, m’a sollicitée pour son master « Cultures de l’écrit et de l’image » ; elle y compare l’itinéraire de trois auteures de bandes dessinées, Claire Bretécher, Marjane Satrapi et moi-même. Je viens de lire son texte, c’est très intéressant et elle m’a appris pas mal de choses. Mais ce genre de démarche est hélas trop rare. Si on crée un groupe de réflexion, un “observatoire” comme vous dites, ce sont des choses dont on peut s’emparer, mettre en discussion.
Et vous n’avez pas le projet de créer une revue pour porter cette réflexion ?
Mon rêve serait de donner une autre chance à ce journal pour lequel je me suis battue : Ah ! Nana. Sous une autre forme. Peut-être une forme mixte avec un espace de création et un espace de réflexion. Je suis persuadée qu’il y a quelque chose à repenser et à recréer. Mais l’époque est difficile et les moyens manquent.
[1] Revue publiée entre 1976 et 1978 par les Humanoïdes Associés, réalisée par des femmes, pour un public féminin. Après neuf numéros sur des thèmes comme « la mode démodée », « l’homme », « le sexe et les petites filles » ou « l’inceste », la revue est censurée pour pornographie et doit s’arrêter.
(par Thierry Lemaire)

De gauche à droite : Martine Huet, Thierry Groensteen, Chantal Montellier, Lili Sztajn, Valérie de Saint-Do, Yves Frémion, Carole Schilling, Miles Hyman.
En ouverture du déjeuner de presse qui s’est tenu le 10 décembre en présence du jury d’Artémisia, la créatrice de l’association "pour la promotion de la bande dessinée féminine", Chantal Montellier, en rappelle le projet et les missions :
" “J’ai fait un rêve”, moi aussi. J’ai rêvé d’une mixité des genres, notamment dans le domaine des images, quelles soient ou non narratives, de cinéma ou de bande dessinées.
Le cinéma, notre hôte Jean-Michel Arnold, (voir Wikipédia), sait bien que ce n’est pas un art qui se conjugue facilement au féminin, et qu’il faut chercher longtemps dans l’histoire du genre avant de trouver des noms de femmes de la taille de ceux de Méliès, Eisenstein, Félini, Bunuel, Georges Lucas...
C’est la décennie d’après 68 qui a amorcé un processus de féminisation dans le mode de la création visuelle. C’est elle qui a eu le mérite d’apporter quelques alternatives à la représentation dominante des sexes et des rapports de sexe, à l’écran et ailleurs. C’est cette décennie qui a permis de donner une voix à des personnages féminins différents des traditionnelles maman, vamp et putain.
C’est seulement après 68 que certains noms de femmes ont commencé à émerger. Un cinéma lié a ce qu’on appellera dans les années 70 « le cinéma des femmes ». Des noms apparaissent alors, qui illustrent chacun à leur manière une nouvelle façon de “tourner” : Agnès Varda, Coline Serreau, Nelly Kaplan, et plus tard Sophia Coppola, Jane Campion...
Par rapport à ce mouvement, la “bd des femmes”, elle, reste à faire, même si les années 70 l’ont aidée à apparaître et à s’affirmer. La revue “Ah ! Nana” publiée par les Humanoïdes associés y a contribué, mais elle tomba sous les coups de la censure au 9e numéro, pour une pornographie qu’elle ne contenait pas. La perte de ce support condamna certaines dessinatrices à retourner à la bd pour enfant, territoire assigné aux femmes. Cependant, quelques noms de bédéastes ont réussi à émerger, comme ceux de Claire Brétécher, Nicole Claveloux ou Annie Goetzinger...(et aussi le mien).
Aujourd’hui en France, si des talents féminins apparaissent chaque jour dans le 9e art, ils sont hélas trop souvent prisonniers des représentations dominantes, comme on a pu, pendant trois ans, en faire le constat au sein d’Artémisia. Cela nous semble être un recul par rapport aux années du féminisme.
A l’heure ou nous sommes, l’imaginaire et les images des femmes semblent être toujours à libérer, toujours à connaître et reconnaître, toujours à intégrer, et nous y travaillons.
Il nous semble que l’émancipation des femmes passe par la libération de leur imaginaire, y compris dans les arts narratifs. Certes cela ne va pas sans risque puisque, comme l’écrivait si bien la trop obscure Marie Bashkirtseff, peintre et dessinatrice géniale, doublée d’un excellent écrivain, mais morte trop jeune hélas : “La femme qui s’émancipe ainsi (par la création artistique), surtout si elle est jeune et jolie, devient immédiatement une créature singulière, remarquée, blâmée, toquée, et, par conséquent, encore moins libre qu’en ne choquant pas les usages idiots de la société.”
C’est contre ces “usages idiots”, qui ne cessent pourtant de se reproduire, que veut se battre Artémisia, placée sous le double patronage de l’artiste caravagesque Artémisia Gentileschi et de la déesse des femmes, Artémis, qui veille avec arcs et flèches sur les zones de passage et nous l’espérons, sur celle-ci."
Pour Artémisia
Chantal Montellier.

Chantal Montellier et Thierry Groensteen.

De gauche à droite : Martine Huet, Thierry Groensteen, Chantal Montellier, Lili Sztajn, Valérie de Saint-Do, Yves Frémion, Carole Schilling, Miles Hyman.

De gauche à droite : Thierry Groensteen, Martine Huet, Chantal Montellier, Lili Sztajn, Valérie de Saint-Do, Yves Frémion, Carole Schilling, Miles Hyman.

Sur la photo, Jean-Pierre Dionnet, éditeur de bande dessinée (avec les bras croisés), et Michel-Edouard Leclerc, mécène de l’association (avec une chemise bleue).

Chantal Montellier.












Artémisia se veut apolitique, mais résolument solidaire des talents féminins, notamment de ceux en difficultés en raison du sexisme et des représentations dominantes (andro-centrées trop souvent). En situation de faiblesse sociale, donc facile à rabaisser, manipuler, exploiter, ignorer, humilier, piétiner...
Une phrase de Rimbaud est gravée sur notre blason, la voici :
“Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme - jusqu’ici abominable - lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi ! La femme trouvera de l’inconnu ! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ? Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les COMPRENDRONS”. Arthur Rimbaud
La question de l’imaginaire féminin et de ses représentations, de sa part et de sa place, en fonction des origines sociales des artistes est donc, depuis la première seconde, au cœur du projet d’Artémisia dont le nom de baptême est emprunté à celui d’Artémisia Gentilleschi, première femme artiste répertoriée dans l’histoire de l’art, et qui paya le prix fort pour sa liberté et son talent (viol, procès, tortures, humiliations publiques, humiliations sexuelles, etc...).
Artémisia survécut au pire et devint une assez fine politique, ce qui lui permit de peindre jusqu’à un âge avancé.
Pour finir, quelques phrases tirées d’un livre de Pierrette Fleutiaux que je vous recommande : La saison de mon contentement, dans lequel il est question du rôle du féminin dans la course à la présidentielle.
“Ce qu’il ne pouvait supporter c’est qu’une femme marche sur son territoire mental” P. 321
“La maison du féminin est au bout d’un si long chemin, cachée par tant de brouillards, et sur le chemin tant de fausses maisons apparaissent qui ne révèlent que des façades, ou s’effacent comme des mirages, des maisons murées qui n’ont ni porte ni fenêtre, des maisons bien meublées et aucun meuble n’a la bonne taille, des maisons pièges, et des maisons qui se défont sans crier gare. Les femmes vont de maison en maison, s’installent dans l’une ou l’autre, bon gré mal gré font avec ce qu’elles trouvent. C’est incroyable tout ce qu’elles arrivent à faire dans ces maisons qui ne sont pas celles de leur être, elles peuvent tisser de la vie, dans le moindre recoin qui s’y prête, elles peuvent âprement défendre ce bien qu’elles ont trouvé, elle peuvent tourner le dos à ceux qui leur désignent des issues, elles continuent à tisser de la vie. O mes tisseuses, je ne sais que penser de vous ; je suis chacune de vous, je suis l’être aux mille maisons, dont aucune n’est celle de son être, je suis l’être qui cherche sa maison." P. 314
Artémisia sera t-elle ma maison ? La vôtre à toutes (et à ceux qui nous aident) ? Je l’espère.
Pour Artémisia
Chantal Montellier
Dans le précédent article concernant l’association Artémisia, intitulé "Artémisia entame une nouvelle phase !", nous n’étions pas encore en mesure de dévoiler la liste complète du nouveau jury du concours. La voici aujourd’hui :
Marguerite Abouet, scénariste BD ;
Yves Frémion, écrivain, scénariste, élu régional à la culture ;
Thierry Groensteen, historien et théoricien de la BD, éditeur de "traits féminins" ;
Martine Huet, psychologue, grande lectrice, passionnée par les arts plastiques et narratifs ;
Miles Hyman, dessinateur ;
Chantal Montellier, dessinatrice et scénariste ;
Annie Pilloy, essayiste et conférencière (la part et la place du féminin dans le 9e art) ;
Valérie de Saint Do, journaliste, codirectrice de la revue culturelle Cassandre/Horschamp ;
Lili Sztajn, traductrice (dernièrement Tamara Drew de Posy Simmonds chez Denoël Graphic) ;
Carole Schilling, directrice artistique.
Collaborateurs :
Florie Boy, étudiante en master Cultures de l’Ecrit et de l’Image à Lyon, est également devenue la collaboratrice de l’association Artémisia et de Chantal Montellier ;
Michel Lebailly, notre ami libraire repéreur d’albums au féminin (librairie Goscinny) ;
Polska, sculptrice du trophée.
Sans oublier notre courageux mécène (car l’aventure n’est pas si facile) : Michel-Edouard Leclerc.
Chers lecteurs de ce blog et amis d’Artémisia,
Un petit point sur Artemisia, qui entame une nouvelle phase !
Artemisia 1 est née très souterrainement, et a avancé dans l’ombre jusqu’à la remise de son premier trophée à sa première lauréate, Johanna Schipper, à Angoulême en 2008. Bien que nous ne représentions pas grand chose à ce moment-là, le destin du livre de Johanna Schipper en a tout de même été changé. Un peu plus de visibilité donc un peu plus de ventes.
Artemisia 2 est née quand Michel Edouard Leclerc a accepté de doter le prix de 3000 euros, et de nous aider pour les frais de fonctionnement. La séance de remise de prix à Tanxxx et Lisa Mandel (pour l’album Esthétique et filatures), à la librairie la Hune de Saint-Germain fut une belle réussite. Plusieurs médias importants y ont fait écho, comme Le Monde, France Culture... Et de nombreux sites sur Internet. La fréquentation du blog d’ Artémisia a fortement augmenté, notamment avec toutes les discussions fort animées et contrastées sur la Maison close. Mon site personnel en a également bénéficié.
Mais un groupe évolue avec le temps, connaît des désaccords, des brouilles, des départs, des arrivées, des renouvellements. La vie quoi ! et Artémisia est bien vivante.
Après deux ans à la présidence d’ Artémisia, Jeanne Puchol, qui a fait un efficace travail de présidente, (mais aussi de secrétaire et d’animatrice du blog) nous quitte, espérons provisoirement, laissant la responsabilité à Valérie de Saint Do. Valérie est par ailleurs la directrice de la revue Cassandre-Horschamp dont je recommande à tous la lecture. Le numéro 77 intitulé "Le temps des alliances" est consacré essentiellement à "l’ Appel des appels", dont mes visiteurs ont sans doute entendu parler ? Ce numéro est passionnant et j’y publie deux pages de dessins, comme plus aucun support de presse n’ose en publier !
Marie-Jo Bonnet, retourne se consacrer à sa propre association "Souffle d’Elles" qui lui demande beaucoup d’énergie. Nous la remercions pour ce bout de chemin fait ensemble, et pour sa caution d’historienne de l’art des femmes. J’espère que l’art des bédéastes sera un jour pour elle un vrai sujet d’étude et de réflexion. Anne Bleuzen et Sylvie Fontaine laisseront la place à Miles Hyman (dessinateur et illustrateur génial) et Thierry Groensteen (éminent critique et essayiste). Après ces deux années au féminin pluriel, la mixité nous a finalement manqué. Elle nous semble chose plus saine et plus équilibrée qu’un jury et un groupe totalement fermés aux hommes.
Que toutes soient remerciées pour leur soutien et leur apport. Ce n’est qu’un au revoir, espérons-nous.
Les membres du jury d’ Artemisia sont pour l’instant :
Marguerite Abouet, brillante scénariste bd Thierry Groensteen, essayiste et éditeur, que l’on ne présente plus ! Miles Hyman, dessinateur bd et illustrateur Chantal Montellier, auteure dessinatrice Valérie de Saint Do, journaliste culture Carole Shilling, directrice artistique
D’autres viendront, la liste n’étant aujourd’hui pas fermée...
L’association persiste et signe donc dans sa volonté de soutenir la création au féminin dans la bande dessinée. Nous allons nous pencher très bientôt sur les albums de 2009. Que les lecteurs n’hésitent pas à nous signaler des coups de cœur et à réagir sur l’actualité BD ! Merci.
Chantal Montellier-Streiff, fondatrice d’ Artémisia.
Un monde de BD
17 décembre 2008 Michel-Edouard, le Medicis d’Artemisia
Michel-Edouard Leclerc, nouveau Médicis ? Le patron des hypermarchés Leclerc sera-t-il le Cosme de Medicis des auteures de bandes dessinées regroupées dans l’association Artemisia, qui attribue le prix du même nom ?
En dotant ce prix de 3000 euros et lui garantissant une vaste couverture médiatique via les quelque 200 Espaces culturels de ses hypers, Michel-Edouard Leclerc, qui a déjà témoigné de son intérêt pour la BD en apportant pendant plus d’une décennie plusieurs miilions d’euros au festival BD d’Angoulême et en signant des albums d’histoire critique sur la BD, devrait donner davantage de résonance à ce jeune prix.
“Je suis un partenaire sincère, a-il-tenu à souligner, je suis là pour donner de l’audience à Artemisia.” Depuis sa création en 2007, le prix a couronné une jeune auteure de BD, Johanna Schipper (”Nos âmes sauvages”, éd. Futuropolis). A l’époque, pour prix, elle avait reçu une sculpture en bronze de Vénus, conçue par Polska, lauréate du prix Bourdelle et créatrice du buste de la Marianne-Catherine Deneuve. Cette Venus, bien sûr, sera aussi attribuée à la nouvelle lauréate.
Le prix Artemisia sera annoncé vendredi 9 janvier - jour de la naisssance de Simone de Beauvoir. Il distinguera l’une des huit nominées de cette année : Nathalie Ferlut (”Lettres d’Agathe”, Delcourt), Joanna Hellgren (”Frances”, Cambourakis), Lisa Mandel et Tanxxx (”Esthétique et filatures”, Casterman/KSTR), Estelle Meyrand (”Scrooge”, scénario de Rodolphe d’après Dickens, Delcourt), Anne Rouquette (”Bons, mauvais grands et petits joueurs”, éd. Lito),Posy Simmonds (”Tamara Drewe”, Denoël Graphic, album déja primé par l’Association des critiques de BD).
Marzena Sowa (”Marzi”, sur un dessin de Sylvain Savoia, éd. Dupuis) et Céline Wagner (”Zeste”, éd. des ronds dans l’O). Soit un “panachage” d’auteures de Bd confirmées et de plus ou moins débutantes, mais qui toutes représentent le haut de gamme de la BD.
Le prix (dotation et statue) sera remis le 13 janvier, à la librairie la Hune, à Paris, soit à quelques jours du 36°festival de la BD d’Angoulême qui commence le 29 janvier.
Les femmes scénaristes et dessinatrices de BD sont encore peu nombreuses. Les estimations font état d’un peu plus de 150 auteures, soit 10% de la totalité des auteurs de BD reconnus comme tels. Elles étaient 7,5% il y a trois ans, selon le rapport annuel de L’ACBD, dressé par Gilles Ratier.
Une augmentation encore faible, relayée par la rareté des grands prix d’Angoulême attribués à des auteures (Claire Bretécher et Florence Cestac en trois décennies) mais qui va toutefois de pair avec l’accroissement du nombre de - jeunes - lectrices et avec une double ouverture : celle de sociétés d’édition au sein desquelles oeuvrent plus d’éditrices qu’auparavant , sans doute moins “effrayées” par une sensiblité aussi diverse et créative que celle des auteurs masculins ; et celle de champs autres que l’intimisme, l’autobiographie, les girly-stories, longtemps attribués aux seules auteures de BD, oubliant les BD politiques de Chantal Montellier, les westerns différents de Laurence, Harlé, les incursions dans l’histoire et le polar d’Annie Goetzinger ou les satires du couple et de la famille chères à Florence Cestac ou Dodo, mais aussi Bretécher, Claveloux, Borile, pour ne citer que quelques glorieuses aînées.
“Le prix Artemisia permet d’avoir une vue globale de la création actuelle des auteures de BD”, fait remarquer Jeanne Puchol, présidente d’Artemisia. “L’autobiographie, l’intimisme, c’est dû à un climat dépolitisé, résume Chantal Montellier, membre fondatrice d’Artemisia. La sélection du prix donne l’occasion de vérifier qu’il y des auteures qui conçoivent différemment la BD. Ce qui n’est pas évident : quand j’arrivais avec mes BD, les éditeurs me disaient tous : “vous tranchez !”. Le prix veut aussi aider de jeunes auteures, sachant que dans ce milieu, la question centrale est : combien vont durer et comment ? Durer, c’est ‘lune des questions essentielles de la vie artistique”.
Les membres du prix sont neuf, comme 9° art, et sont elles-mêmes auteures de BD, peintres, illustratrices et écrivaines d’Artemisia. Hormis sa présidente, Jeanne Puchol, auteure du récent Les Jarnaqueurs (Le Poulpe 16 et La Bouchère du bûcher) , le jury comprend Marguerite Abouet (Aya), Anne Bleuzen (journaliste-écrivain), Marie-Jo Bonnet (Les femmes dans l’art), Sylvie Fontaine (Le poulet du dimanche), Marie Moinard ( Les Ronds dans l’O), Chantal Montellier (Tchernobyl mon amour, Le Procès de Kafka), Valérie de Saint-Do (journaliste-écrivain). Annie Pilloy, a quant à elle, quitté l’Association pour raisons personnelles... Les jurées d’Artemisia n’ont pas choisi ce nom par hasard.
Elève du Caravage, l’italienne Artemisia Gentileschi était une artiste peintre du XVII° siècle qui fut l’égale des plus grands et célébrée comme telle à son époque, non sans avoir d’abord été trainée dans la boue par des écrits qui visaient à la discréditer en tant que femme et artiste.
Son appartenance au genre féminin ainsi qu’au “caravagisme” l’empêcha ensuite d’être reconnue et d’être prise en compte, elle et son oeuvre, selon ce fameux “processus d’effacement” qui connut son apogée au XIX° siècle.
Protégée des Medicis, Artemisia a beaucoup peint, notamment “Judith décapitant Holopherne”, “Judith et sa servante” ou “Suzanne et les vieillards”... Pour nombre d’artistes et de féministes, de spécialistes et d’historiens de l’art, elle reste emblématique de la femme peintre et libre.
La mise en lumière du prix Artemisia devrait faciliter l’épanouissement de l’Association qui le porte et favoriser la reconnaissance des auteures de BD. Figurent aussi au menu du développement : un site plus riche, l’ouverture “au dessin de presse et à d’autres formes graphiques”, selon Jeann Puchol. Chaque année, enfin, la sélection du prix sera versée au fonds Marguerite Durand, à Paris, où sont conservés écrits et oeuvres féminines et féministes. Le jury du prix restera non-mixte mais les hommes souhaitant rejoindre les rangs d’Artemisia sont les bienvenus. En plus d’être un mécène, Michel-Edouard Leclerc serait donc aussi un pionnier.
[25/11/2007]

Le jury Artémisia 2008 au complet ou presque. Photo (c) François Boudet
A la mi-décembre sera rendue publique une liste de livres en compétition officielle pour le premier Prix Artémisia. Ce prix, qui sera annoncé le 9 janvier 2008, récompensera « un album scénarisé et/ou dessiné par une ou plusieurs femmes ».
L’initiative en revient à l’association Artémisia, ainsi nommée en hommage à Artémisia Gentileschi, une peintre italienne du XVIIème siècle parmi les plus douées de sa génération, première femme admise à l’Académie du dessin de Florence, et qui toute sa vie dût lutter contre les préjugés sexistes de ses contemporains.
A ce jour, et bien qu’elles soient chaque année plus nombreuses, moins de 10% des auteurs de bande dessinée sont des femmes. Une telle disparité étonne d’autant plus, que le public féminin semble bel et bien présent dans les librairies spécialisées et parmi les visiteurs des festivals de bande dessinée.
Dans d’autres domaines littéraires, des femmes ont voulu porter un regard féminin sur la production. Ainsi, le "Femina" est-il, comme son nom l’indique, un jury de femmes. Ce dernier, toutefois, ne s’interdit pas de récompenser des oeuvres écrites par des hommes. La démarche d’Artémisia est, sans doute, plus militante ; nous avons souhaité donner la parole à cette jeune association.

En 2007, est-il plus difficile d’être une femme plutôt qu’un homme pour exercer un métier lié à la bande dessinée ?
Artémisia : La situation des femmes dans la bande dessinée est vécue de manière très diverse par les intéressées. Il y a celles pour qui « ça marche » et celles qui rament ; celles qui se réjouissent d’espaces dédiés aux femmes auteurs – collections, festivals, prix – et celles qui s’en méfient, y voyant des ghettos. Bref, difficile de faire un constat…
Il y a peu de femmes députées, peu de femmes chef d’orchestre, compositrice, dirigeante d’une entreprise du Cac 40… Tout métier un tant soit peu lié au pouvoir – la création étant une forme de pouvoir sur les imaginaires – compte plus d’hommes que de femmes. Pourquoi ? Parce que les femmes sont des petits êtres fragiles à qui le pouvoir répugne ? Ou parce que les hommes montent la garde à l’entrée avec une grosse massue ? Après tout, Jérôme, vous qui êtes un homme, vous êtes mieux placé que nous pour répondre à cette question.
En quoi une démarche de discrimination positive, comme un prix pour récompenser une femme auteur, est-elle nécessaire aujourd’hui ?
Artémisia : Nous ne pensons pas le Prix Artémisia en termes de discrimination positive. Ce sont bien plutôt les autres prix décernés au long de l’année qu’il faudrait interroger en termes de discrimination… négative ! Pour exemple, le festival d’Angoulême, après avoir honoré quatre femmes en 2001 – Cestac présidente, ceci explique peut-être cela –, les a totalement ignorées en 2007. Or, les femmes sont, en valeur absolue, de plus en plus nombreuses – la valeur relative progresse lentement pour s’établir entre 9 et 10% de la totalité des auteurs. Les prix décernés à Angoulême et ailleurs ne reflètent pas cette évolution.
Quelles circonstances vous ont amenées à créer l’association Artémisia ?
Artémisia : L’idée d’un prix récompensant une BD de femme est apparue lors d’un déjeuner réunissant Marie-Jo Bonnet, historienne de l’art, Chantal Montellier et Jeanne Puchol, auteurs de BD, le 30 juin 2007. Nous avons constaté que les femmes étaient sous-représentées chez les critiques et dans l’édition – beaucoup de femmes directrices de collection ici et là ne sont en fait pas décisionnaires. Et que cet espace manquant, d’un regard féminin sur la production BD, il nous suffisait de le créer au lieu de nous lamenter sur son absence. La maison d’édition l’Association ne s’est pas créée autrement : six auteurs qui n’arrivaient pas à faire publier leurs projets ont décidé de le faire eux-mêmes. C’est marrant comme on ne demande jamais à la non-mixité masculine de se justifier, alors que la non-mixité féminine, franchement, c’est louche.
Avant même de constituer le jury, nous avons contacté chacune nos relations, consœurs, amies dont nous savions qu’elles partageaient nos analyses, afin de réunir les six fondatrices de l’association – à savoir, outre les sus-mentionnées, Anne Bleuzen, rédactrice free-lance et chroniqueuse BD, Sylvie Fontaine, auteur de BD, illustratrice et peintre et Marie Moinard, éditrice des Ronds dans l’O et critique de BD. Pour le jury, que nous souhaitions un peu plus nombreux, sont venues nous rejoindre Marguerite Abouet, scénariste, Annie Pilloy, auteur de nombreux livres et articles sur les femmes et la BD, et Valérie de Saint Do, directrice de la rédaction de la revue culturelle Cassandre. Le jury ainsi composé est ouvert à des spécialistes d’autres champs que la bande dessinée ; les auteurs de BD n’y sont pas majoritaires ; plusieurs générations s’y côtoient.
Un prix, cela fait un élu, et beaucoup de déçus. Pourquoi avoir choisi ce type d’action plutôt qu’autre chose ?
Artémisia : Un prix, c’est plus facile à mettre sur pied qu’un festival (mais ça viendra peut-être…). Un prix, c’est un événement très visible. Un prix, c’est le meilleur moyen de donner un « coup de pouce » à une auteure et son travail. C’est aussi une façon de donner envie aux éditeurs de publier plus de femmes, puisqu’ils savent que, désormais, au moins une d’entre elles sera désignée chaque année.
9e art, 9 membres dans le jury, 9 janvier... Y a-t-il une raison particulière pour le choix du 9 janvier comme date de remise du prix ?
Artémisia : Bravo Jérôme, vous êtes le premier à avoir remarqué cette volontaire convergence de 9. Et en plus, le 9 janvier 2008 sera le centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir (auteur du « 9e sexe »). Quand vous saurez que le 9 symbolise de surcroît le couronnement des efforts et l’achèvement d’une création, vous comprendrez que nous n’avons rien laissé au hasard.
Outre la remise de son prix annuel, l’association Artémisia aura t-elle d’autres activités ?
Artémisia : L’association Artémisia s’est donné comme but d’œuvrer pour la visibilité du travail des femmes dans la bande dessinée par tous moyens. Il s’agira en particulier de l’organisation d’expositions, de colloques, tables rondes ou débats. La réalisation d’un blog et d’un site internet fait partie de nos objectifs à court terme. Nous aimerions en particulier créer la première base de données consacrée sur le net aux femmes auteurs de BD, qui recenserait leurs noms et le titre de leurs œuvres depuis les pionnières jusqu’à nos jours.
Tous les dossiers sur "la bande dessinée au féminin" citent la revue Ah ! Nana, victime au bout de neuf numéros d’une censure qui lui fut fatale. Mais comment expliquez-vous qu’aucune autre initiative comparable n’ait vu le jour depuis ? Envisagez-vous de lancer une revue ?
Artémisia : Il aurait fallu que cette initiative voie le jour dans les années où les revues de BD avaient encore un public : celles qui auraient pu le faire sont précisément celles qui l’ont fait et dont l’élan a été stoppé net. À partir de 1990, les disparitions successives de Pilote, (À Suivre), la durée de vie toujours plus brève des différentes tentatives de remettre sur pied un magazine BD n’ont pas formé un contexte très favorable à la création d’un magazine BD 100% femmes.
Votre communiqué de presse évitait l’emploi du mot auteur (les mots sparadrap et cerf-volant n’y étaient pas cités non plus, je vous l’accorde). Mais quelle orthographe préconisez-vous : "une auteur", ou "une auteure" (avec -e final) ?
Artémisia : Il y a deux tendances au sein d’Artémisia : il y a les « Canadiennes » qui ne jurent que par « auteure » et les « Grammairiennes » qui ne démordent pas de « femme auteur ». En fait, on est au bord du schisme, donc choisissez votre camp avec soin.
Propos recueillis en novembre 2007 par Jérôme Briot - publiée sur le site BD Gest’
Photo (c) François Boudet