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  • "Incapables de ne rien faire par eux-mêmes, ils ne voient que le mal." Camille Claudel

  • Nous sommes tous en danger !
  • Pasolini, le prophète, avait raison sur presque tout : nous sommes tous en danger. Le « nivellement brutalement totalitaire du monde » dont il avait parlé se réalise. Grâce à la télévision et au marché, un modèle unique et exclusif est imposé au monde entier ; « ce que le fascisme historique avait échoué à réaliser, le nouveau pouvoir conjugué du marché et des médias l’opère en douceur (dans la servitude volontaire) : un véritable « génocide culturel », où le peuple disparaît dans une masse indifférenciée de consommateurs soumis et aliénés ».

    Ripostes

    Un avis de BoDoï sur Le Procès

    Un certain Roure écrit ce qui suit dans “Bodoï”, journal de pubs voué à la bd commerciale et spectaculaire.


    Le Procès

    Posté par Benjamin Roure le 5 jan 2010 dans Critiques Par Chantal Montellier et David Zane Mairowitz, d’après Frantz Kafka. Actes Sud, 18 €, novembre 2009.

    Mais de quoi est donc accusé Joseph K. ? On ne le saura jamais, et ce n’est finalement pas le propos d’un des textes les plus fameux de Frantz Kafka. Le Procès met en scène un homme qui doit être jugé pour un délit qu’on ne lui révélera pas et qui se retrouve aspiré par une machine bureaucratique, procédurière et absurde. Jusqu’à la folie, jusqu’à la mort…

    Cette adaptation écrite par David Zane Mairowitz, qui avait déjà signé la magnifique biographie de Kafka dessinée par Robert Crumb, se révèle un peu décevante. Sans doute parce qu’elle se veut ultra-fidèle et peine à s’approprier le roman paranoïaque originel, pour le transformer une oeuvre plus personnelle, comme l’avait par exemple fait Orson Welles avec sa transposition cinématographique. Chantal Montellier multiplie les artifices graphiques (textes énormes, pages déstructurées, très gros plans sur les visages), mais perd trop souvent en lisibilité et en puissance. Ses portraits de Joseph K. sont figés, car systématiquement calqués sur une des rares photos de Kafka connues. On retrouve aussi des citations visuelles appuyées à Tardi et Crumb, ce qui anéantit parfois l’originalité du travail réalisé. Néanmoins, malgré ces défauts qui dénotent sans doute d’une trop grande révérence au texte (qu’on pardonnera aisément), on ne peut que demeurer fasciné par celui-ci. Le Procès, publié en 1925 après la mort de son auteur, est toujours d’une force extraordinaire, une oeuvre forte sur la paranoïa, le sentiment de culpabilité, le basculement dans la folie et la pression du conformisme familial et social. On appréciera également les repères donnés en fin d’ouvrage sur les multiples interprétations possibles de ce grand roman.


    RIEN à sauver mais tout à démolir systématiquement, donc, dans mon album, mes dessins, ma vison du Procès, mon adaptation. Pas assez spectaculaire sans doute ? Pas assez fille de pub, Montellier ?

    RIEN, Nada, zéro, n’est-ce pas trop pour que cet ”article” soit vraiment honnête, objectif ?

    Par ailleurs, ce “journal” a pré-publié un certain nombre d’auteurs : cherchez la femme... !


    Au hasard, une couverture de la chose bodoïesque... “Explorateurs de bandes dessinées” soit-disant. N’aurait-il pas été plus honnête d’écrire sous une telle image, pornographique car racoleuse, vulgaire et obscène : “exploiteurs de bandes dessinées ?”

    Le 01/05/2008

    Sur radio libertaire, en ce premier mai 2008, sur fond brunissant, on vante, dans "chroniques rebelles" les mérites du fasciste (mais tellement "génial" ma chère !) Céline et de son illustrateur besogneux Jacques Tardi. Tardi qui est ensuite passé au beaucoup moins génial mais tout aussi fasciste Géo-Charles Véran avec "Jeux pour mourir", publié chez Casterman. Véran qui sévissait dans les pages de "Révolution Nationale" le journal de Pétain. Journal dirigé par un certain Lucien Combelles qui, après la prison à la libération, s’est retrouvé chez Dargaud. Combelles idole de Thévenet (qui lui consacra sa thèse). Thévenet viré d’Angoulême pour "faits graves et concordants", (qu’en termes discrets ces choses là sont dites). Vous me suivez ? Tout ça sous la protection du cagoulard François Mitterrand.

    Amusant d’entendre Radio Libertaire caresser les poils sanglants des loups bruns et bruns-roses, le jour du premier mai, fête ouvrière ! Amusant et bien révélateur !!!

    C.M.

    Le 27/07/2007

    Comme chaque année, à l’occasion du festival d’Avignon, le collectif culture du parti communiste a publié "CIGALE", un 8 pages gratuit.

    Ce sont des pages nourries de textes plutôt passionnants signés Bernard Doray, Alain Foix, Aminata Traoré, Yves Clot, Aline Piailler, Denis Fernandez-Recatala...

    J’ai été contactée par Laurent Klajbaum, pour faire la partie images de ce numéro 4.

    Pour ce faire, j’ai puisé dans une iconographie de propagande (bolcho pour le côté rouge de la commande) puis l’ai immergé dans la déferlante bleue (cela pour le contexte politique dans lequel nous baignons). Simple, mais pas forcément inefficace.

    Que n’avais-je osé faire ! Si le résultat de ma petite cuisine graphico-politique a beaucoup amusé certains, il a aussi déclenché la fureur de certains autres, genre : "touche pas à mes icônes !"

    Voir le résultat de ces disputes sur le forum culture du pcf, le site de la revue "Cassandre" (à : mini cassandre) et le site Bellaciao...

    Rire ou pleurer ?

    Personnellement je choisi d’en rire avec Bernard Doray et quelques autres.

    Amicalement à tous.


    En lisant les pages intitulées « sur le ring » du « micro Cassandre » élaboré par Valérie de Saint Do, au sujet du numéro 4 de Cigale et des réactions que mes illustrations ont provoquées, il m’est venu l’envie de faire deux ou trois commentaires.

    D’abord, sur le texte de Marie-José Mondzain s’adressant à Alain Foix qui a pris ma défense :
    - Je remercie Alain Foix de me donner une leçon d’analyse des images, de critique d’art et d’humour, d’histoire de l’art, d’histoire politique des images et des idées, de philosophie du visible, écrit-elle en substance...

    Rien que ça !?

    Cette honorable dame pense donc n’avoir dans tous ces domaines, qu’elle maîtrise à la perfection, de leçons à recevoir de personne ? C’est impressionnant tant de savoir ! J’en tremble.

    Cher Alain Foix, vous êtes un sacré prétentieux pour oser donner toutes ces leçons à une telle personne, une seule et unique leçon d’humour aurait largement suffi !

    Marie-José Mondzain écrit aussi : « Vous avez été déçu par Staline et par Mao, aujourd’hui c’est Sarkozy qui vous déçoit ! » La charité m’interdit de rire devant tant de perspicacité.

    Sous la même plume, cette phrase : « Tous ceux qui réfléchissent ne cessent de répéter que si on ne réinvente pas un imaginaire et une culture de gauche c’est foutu pour toujours ; »

    Le seul hic, chère Madame, c’est qu’un Imaginaire et une Culture, ça ne s’invente pas comme l’ampoule électrique et la machine volante ! « Ceux qui réfléchissent » devraient... y réfléchir.

    Un autre intervenant, Gérard Paris-Clavel, qualifie mon humour « d’humour rouge à 12 ° 5 »... Le sien est sûrement d’un cru bien supérieur : un Château VIP ?

    Malgré toute sa science de l’image, je voudrais expliquer à Gérard qu’avant de mettre Sarkozy en scène comme « révolutionnaire » je donne à voir (à ceux qui ont des yeux pour ça), un oxymoron. C’est-à-dire un homme de droite, candidat des riches et de la haute bourgeoisie, maire de Neuilly, jouant aux héros des masses populaires avec des formules comme : « Je veux réhabiliter le travail ! » (et donc les travailleurs eux-mêmes CQFD). « Je ferai le changement sans que personne n’ait le sentiment de se sentir exclu, laissé pour compte » (lui, le candidat des patrons dégraisseurs !) Il appelle les puissants de ce monde à « entendre la voix des peuples... La colère des peuples... »

    On croit rêver !? On ferme les yeux et on imagine un leader ouvrier ! C’est pas Sarko, c’est Maurice Thorez ! Lénine, peut-être ?

    Non, non, c’est bien le maire de Neuilly qui parle ! Mais que sait-il du Peuple Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa ? Ce qu’en disent les rapports de police ?

    Ce que je représente, c’est cette imposture et comme l’écrit très justement Bernard Doray, « en politique, un oxymoron est toujours synonyme d’arnaque ».

    C’est cette arnaque-là que j’ai désiré rendre visible.

    Écrire qu’ainsi j’offre « en transformant Sarkozy en bolchevik, (tendance Stakanov, alors ?) un espace qu’il n’aurait pas osé récupérer » me semble manifester d’une certaine légèreté. Comme si Sarkozy songeait à récupérer ce genre d’espace ! Allons, Paris-Clavel, soyons un peu sérieux !

    Alain Foix, lui, est interpellé sur le thème : « ... Tu peux si tu en as envie pisser sur l’urinoir de Duchamp, mais reconnais qu’il serait peu inventif de chier dedans. » On appréciera l’humour délicat, quoiqu’un peu scatologique, de l’auteur. Le niveau du débat s’élève encore, après le gros rouge qui tache, le pipi-caca...

    Alain Foix écrit : « Ce ne sont pas les images qui élèvent la pensée ». Ce qui précède lui donne hélas, raison. (GPC, parle par images !) Pourtant, certaines la stimulent et la provoquent, ce qui n’est déjà pas si mal !

    Mais laissons Paris-Clavel à son « épicerie d’art frais » comme il définit lui-même sa structure « Ne pas plier ». (S’il m’arrive d’intervenir sur le même terrain que les épiciers, c’est en chasseuse-nomade d’imaginaire et non en boutiquière installée.)

    Plus sérieusement, je remercie Valérie de Saint Do pour son décryptage et le travail de recomposition du débat qu’elle s’est donné la peine de faire.

    Elle écrit fort justement : « En recyclant ces images, Chantal Montellier a posé non seulement la question du devenir d’une imagerie et d’un imaginaire, mais aussi celle de l’iconographie d’une publication ».

    Espérons que ces questions une fois soulevées, la Culture et l’Imaginaire qui sont dessous, (ainsi que les créateurs), pourront se redresser !

    Pour ce qui est de la volée de bois vert venue des tenants de la Vérité en matière d’images politiques, ne sanctionne t-elle pas avant tout ceci : une double transgression : 1) Celle d’être intervenue sur un territoire que certains s’approprient abusivement. 2) Ramener en lumière des images que tous ou presque s’entendent à considérer comme n’ayant plus droit de citer et ceci pour des raisons bien souvent mal analysées.

    C.M.

    Le 18/07/2007

    Calomnie

    J’apprends en "lisant" Comix Pouf ! que j’aurais écrit sur mon site qu’il n’y avait "que des bourgeois et des juifs dans la bd à la mode !" Me voici, après mille autres insultes, traitée d’antisémite et je n’apprécie guère, d’autant que je suis partie en guerre contre l’invitation de Tardi, illustrateur de Céline et Géo Charles Véran, par le PCF. Par ailleurs je suis publiée par les éditions Denoël dirigées par Olivier Rubinstein, un vrai nom de bougnat, n’est-ce pas ? Et enfin, je vis avec un homme qui a consacré sa thèse d’Etat à Jean Kanapa, un autre bougnat ! (Je n’ai rien contre les bougnats, d’ailleurs !)

    J’avoue que je ne comprends pas trop ce qui autorise Comix Pouf (!) à me traiter d’antisémite ?

    Si mes critiques contre la bd bobo nombriliste sont effectives, pour le reste cela s’appelle de la calomnie, et ça peut coûter cher.

    L’intervention de Mélikian était, de mon point de vue, "judéo centrée", en effet, comme on dirait catho centré, ou bien andro centré, ou gyno centré. Je ne vois pas comment j’aurais pu exprimer ça autrement. J’emploie souvent l’expression "andro centré" ce qui ne veut pas dire que je fais du racisme anti-homme.

    J’aime les hommes et je ne saurais me passer d’eux ! Ce qui ne m’empêche de me battre contre eux quand c’est nécessaire de mon point de vue.

    Quant à la soupe américano-japonaise industrielle (c’est d’elle que je voulais parler) un peu envahissante, (les yeux de bambi sur les personnages asiatiques des mangas), oui, je regrette qu’elle submerge et engloutisse parfois des imaginaires, des représentations et des identités plus singulières.

    Ceci étant, je ne suis pas parfaite et j’ai peut-être parfois des faiblesses d’expression, voire de pensée que j’ignore moi même ?!?

    Dans ce cas, mea culpa.

    C.M.

    Le 06/07/2007

    Et encore un texte hyper haineux et insultant de "Pouacre" (ça fait pseudo planqué ce nom-là) sur Actua bd... Il s’acharne ! Jamais aucune réponse à mes arguments immédiatement balayés au profit de la simple injure, presque de la menace. Ce n’est pas un débat, ça sent le "lynchage". Je suis menacée de me mettre "le monde entier" à dos ! Rien de moins ! Le beau monde, surtout, j’imagine ?

    Pour ce qui est de la dimension "géo politique" et iranienne de toute cette histoire, que cherche t’on au juste ? A nous faire haïr encore un peu plus ce pays ? Après l’Irak, l’Iran ?

    Les nains aussi ont commencé petits, et la bd est un bon moyen au pays de nains...

    C.M.

    Le 02/07/2007

    Cher monsieur Pouacre,

    En réponse à vos insultes sur Actua bd, je dois vous dire que non seulement je suis "bête" (comme la majorité des femmes), paranoïaque ("seul le paranoïaque perçoit tout" disait Jacques Lacan), mais en plus, bien que m’étant offert, avec mes propres deniers, une psychanalyse de plus de 5 ans avec Madame Eugénie Lemoine-Luccioni, (qui fut la vice présidente de L’Ecole de la Cause Freudienne, lire notamment "le partage des femmes"), malgré cela je reste profondément hystérique, nymphomane, sado-masochiste, kleptomane, tarée, tordue, vicieuse, hypocrite, lâche, perverse-polymorphe, féministe, ouvriériste, communiste, anarchiste et par dessus tout... PAR DESSUS TOUT... Mauvaise ménagère !!!

    Que fait la police ?

    C.M.

    Le 19/06/2007

    FLAGRANT DELIT D’OSTRACISME !!!

    Invitée à un festival faisant la part belle aux femmes dessinatrices, je suis désinvitée car certaines de ces dames jugent ma présence indésirable ! Serait-ce parce que ma production est trop misérable ? Ou que, n’étant pas une nantie comme certaines, je suis indigne de figurer à leur côté ? Est-ce parce que je ne suis pas socialement, politiquement correct ?

    Réponse au mail de Philippe Duvanel, directeur artistique de BD-FIL Festival international de bande dessinée de Lausanne :

    Bonjour Chantal,

    J’espère que vous allez bien. Je regrette de n’avoir pu vous contacter plus tôt et vous prie de bien vouloir m’en excuser. Je me dois, malheureusement, de revenir en arrière concernant notre invitation pour notre exposition Bulles de femmes - Bulles de vie. Il semble, en effet, comme vous m’aviez largement prévenu, que vous ne fassiez pas l’unanimité auprès de certaines de vos collègues. Nous avons essayé d’user la meilleure diplomatie mais force est de constater que nous n’y sommes pas parvenu.

    - C’EST DE L’OSTRACISME !

    L’absence de réponses de la part de certaines auteures nous ont, parallèlement, amenés à revoir le concept de l’exposition en le centrant davantage sur des auteures moins connues. Nous nous voyons dès lors au regret de cette décision (décevante je vous l’accorde).

    - SCANDALEUSE !

    Il est néanmoins acquis que nous présenterons vos derniers ouvrages (Tchernobyl mon amour et Sorcières mes soeurs) dans le cadre de la sélection de l’espace lecture de notre exposition et qu’ils seront disponibles dans la librairie que nous consacrons spécialement aux ouvrages de femmes ou sur les femmes.

    J’espère, par ailleurs, que nous aurons, dans une édition à venir, le plaisir de pouvoir vous inviter. Je reste à votre entière disposition pour toute discussion et vous prie, une nouvelle fois, de m’excuser pour cette désagréable nouvelle.

    - SCANDALEUSE NOUVELLE !

    Avec mes salutations les meilleures.

    Philippe Duvanel

    C.M. A lire également suite à cette affaire : Les lettres de soutien à Chantal Montellier et un article sur ActuaBD.

    Lettres de soutien

    FLAGRANT DELIT D’OSTRACISME !

    Invitée à un festival faisant la part belle aux femmes dessinatrices, Chantal Montellier se voit soudainement désinvitée car désavouée par certaines de ses consoeurs !!

    Voici ci-dessous les courriers de Philippe Duvanel, directeur artistique de BD-FIL Festival international de bande dessinée de Lausanne, adressés à Chantal Montellier ; et les lettres de soutien à Chantal.

    Bonjour Chantal,

    La 3ème édition de notre festival, BD-FIL, se déroulera du 7 au 9 septembre prochain avec, comme invité d’honneur, Cosey. Il présentera, notamment, une grande exposition autour du travail de Cosey, une exposition sur la Trace du scorpion d’Hugo Pratt, une exposition carte blanche aux éditions Atrabile, une exposition-performance avec des dessinateurs suisses sur le thème des instructions de secours des avions et, last but not least, une exposition sur les auteures BD, intitulée, pour l’heure, « Bulles de femmes ». C’est au sujet de cette dernière, vous l’aurez compris, que nous prenons la liberté de vous contacter. Nous souhaiterions, en effet vous présenter dans son cadre. Notre envie à votre égard, vous pouvez l’imaginer, est des plus fortes. Vous trouverez, en annexe, un descriptif complet de notre projet ainsi que la liste des dessinatrices que nous envisageons de présenter.

    Notre demande se porte sur plusieurs points tout en restant, nous l’espérons, la plus raisonnable possible. Nous souhaiterions, en l’état, pouvoir vous solliciter le prêt de planches originales, d’un carnet de croquis et un auto-portrait. Nous caressons également l’envie - et quelle envie - de vous soumettre le questionnaire de Proust (voir annexe) et de vous demander, en fonction de vos possibilités et intérêts, de réaliser un travail original.

    Notre dernière demande, et pas la moindre, consiste en votre invitation au Festival, sur l’une de ses trois journées (ve 7, sa 8 ou di 9 septembre) ou, si vous le souhaitez, sur sa totalité. Il est bien entendu que tous les frais relatifs à votre déplacement, votre hébergement et vos repas seraient à notre charge. L’assurance « clou à clou » de vos oeuvres serait également contractée et prise en charge par nos soins.

    Nous sommes ouverts à toute discussion et espérons, dans tous les cas, pouvoir disposer de votre appréciation sur notre envie. Dans cette attente nous vous adressons, chère Chantal, nos salutations les meilleures. Que la douceur du printemps vous offre les plus belles ivresses.

    Bien à vous

    Philippe Duvanel


    Bonjour Chantal,

    J’espère que vous allez bien. Je regrette de n’avoir pu vous contacter plus tôt et vous prie de bien vouloir m’en excuser. Je me dois, malheureusement, de revenir en arrière concernant notre invitation pour notre exposition Bulles de femmes - Bulles de vie. Il semble, en effet, comme vous m’aviez largement prévenu, que vous ne fassiez pas l’unanimité auprès de certaines de vos collègues. Nous avons essayé d’user la meilleure diplomatie mais force est de constater que nous n’y sommes pas parvenu.

    L’absence de réponses de la part de certaines auteures nous ont, parallèlement, amenés à revoir le concept de l’exposition en le centrant davantage sur des auteures moins connues. Nous nous voyons dès lors au regret de cette décision (décevante je vous l’accorde).

    Il est néanmoins acquis que nous présenterons vos derniers ouvrages (Tchernobyl mon amour et Sorcières mes soeurs) dans le cadre de la sélection de l’espace lecture de notre exposition et qu’ils seront disponibles dans la librairie que nous consacrons spécialement aux ouvrages de femmes ou sur les femmes.

    J’espère, par ailleurs, que nous aurons, dans une édition à venir, le plaisir de pouvoir vous inviter. Je reste à votre entière disposition pour toute discussion et vous prie, une nouvelle fois, de m’excuser pour cette désagréable nouvelle.

    Avec mes salutations les meilleures.

    Philippe Duvanel


    Cher monsieur Duvanel,

    Je viens ici prendre votre défense face à la cabale dont vous êtes aujourd’hui l’objet. Vos adversaires n’ont rien saisi de la révolutionnaire décision que vous avez prise et qui, en sus du courage dont elle témoigne, a le mérite de placer au coeur du débat la césure entre une conception obsolète d’un festival et la conception moderne et pertinente qui est la vôtre.

    Tous les salons et festivals se ressemblent et le vôtre va trancher de façon radicale sur ce qui est la doxa en la matière. Jusqu’ici les organisateurs, un peu au petit bonheur, invitaient les auteurs et artistes dont ils avaient su trouver les coordonnées, sans autre souci de cohérence interne. On plaçait ainsi indifférement un plagiaire à côté d’un poète, un imbécile auprès d’un goujat et une chieuse prétentieuse en face d’une conne autocentrée. Aucune logique, aucune recherche de cohérence.

    Grâce à vous tout change. Votre concept tout à fait génial de n’inviter que des artistes qui font l’unanimité chez leurs collègues bouleverse ces schémas désuets. Ainsi plus de bagarre lors du débat final, plus de gueules tirées pendant le repas sordide à la cantine municipale, plus regard d’envie du petit vendeur face au best-seller. Sans consensus général sur un auteur, pas d’invitation, pas de conflit !

    Je n’aurai pas l’occasion de vous rencontrer, ne faisant pas, moi, l’unanimité chez mes collègues, mais j’envie ceux qui y seront.

    Afin de vous faciliter la tâche, et possédant le meilleur carnet d ’adresses de Paris, je me permets de vous joindre ci-dessous la liste des auteurs faisant l’unanimité chez leurs collègues, pour que vous n’ayiez pas à chercher. Elle est exhaustive et vous pourrez les prochaines années inviter ces auteurs en toute quiétude.

    Bien à vous et courage dans votre oeuvre d’éradication de la littérature et de la BD non-consensuelle !

    Yves Frémion

    Liste des auteurs faisant l’unanimité absolue dans la profession : Philippe Duvanel.


    Monsieur, je viens de prendre connaissance de votre décision de déprogrammer Mme Chantal Montellier de votre salon sous prétexte qu’elle ne serait pas du goût de telle ou telle auteure, dites-vous. C’est tout à la fois incroyable comme argument et scandaleux comme décision, un bel exemple de censure et d’atteinte à la liberté d’expression.

    Je vous demande de revenir sur une telle mesure. En cas contraire, sachez qu’en ma qualité de journaliste et d’homme politique, je donnerai à cette affaire le retentissement qu’elle mérite.

    Salutations

    Gérard Streiff

    PS : j’ajoute qu’en qualité d’auteur de roman policier et directeur de collection, je vais être très tenté dans mes prochaines histoires de baptiser Duvanel le personnage type du censeur hypocrite et sans principe.


    Monsieur,

    Je me présente, Marie Moinard, éditrice, journaliste et amie de Chantal Montellier, je me permets de vous écrire car elle me fait connaître le volte face de votre décision de l’inviter à votre festival BD-Fil, notamment pour sa présence souhaitée et souhaitable à l’exposition "Bulles de femmes" !

    Quelle étrange façon de faire avec les auteures ! D’un premier pas audacieux vous lui souhaitez les plus belles ivresses avec la douceur du printemps, puis d’un soufflet retombant, vous lui otez le bouquet des mains avant que l’arôme ne l’étourdisse trop... !

    Trève de poésie dans ce monde de brutes auquel à nouveau nous voila confrontées. Comment pouvez-vous vous permettre de décider de la présence ou pas de Chantal selon les disposions ou indispositions d’autres auteurs à son égard ?

    Comment pouvez-vous concevoir tout à coup l’inutilité de sa présence aux cotés des autres femmes dans cette expo ?

    Vous rendez-vous compte du choc que cette décision peut causer ? Un conseil : faites une exposition en 2008 sur le savoir vivre dans la bd, c’est un sujet inexploré, mais qui va devenir tendance et qui s’avère particulièrement intéressant.

    Je vous souhaite de n’avoir pas trop de caprices à gérer !

    Salutations non distinguées

    Marie Moinard Editions Des ronds dans l’O


    Mr Duvanel,

    Je viens d’apprendre qu’après avoir été invitée à votre festival, Chantal Montellier vient d’être "désinvitée".

    Je suis un simple lecteur, passionné de BD depuis de nombreuses années (je ne connais pas l’auteure personnellement), mais permettez-moi de réagir. Chantal Montellier n’est pas seulement une des grandes dames de la BD en France, elle est ni plus ni moins une pierre angulaire de l’Histoire du 9ème art. Je vous renvoie à la préface de Jean-Pierre Dionnet à l’occasion de la réédition de "1996", "Shelter" et "Wonder City" ("Social Fiction"), il montre avec raison que de tous les auteurs phares de la mythique revue "Métal Hurlant" (traduite aux Etats-Unis" et qui a influencé nombre de grand dessinateurs américains actuels), Chantal Montellier était bien celle qui avait le plus de choses à dire. J’ajouterai : "et de quelle manière" !

    Son dessin dont l’identité est immédiatement reconnaissable malgré l’évolution constante dont il fait l’objet - elle ne se contente pas comme d’autres , d’un style stagnant -, est entièrement au service d’une narration complexe et toujours dramatiquement efficace. Son humour décalé dans des univers noirs (elle a, dit-on, influencé des créateurs tels que Terry Gillian) est tout aussi remarquable.

    Elle est presque la seule de sa génération à produire une oeuvre vivante, et ce malgré l’ostracisme dont elle fut l’objet (son retour avec "Les Damnés de Nanterre" puis avec "Tchernobyl mon amour" en atteste).

    Quant à moi, simple lecteur vous disais-je, elle m’a non seulement diverti mais appris et questionné avec des oeuvres fortes telles que "Shelter", "Odile et les crocodiles", sa géniale trilogie "Julie Bristol", etc...

    J’ai été lecteur de Moebius, Bilal, Druillet, Frank Miller, Hermann, etc... Mais force m’est de constater que ce qui me reste, avec le recul, c’est bien l’oeuvre unique de Chantal Montellier dont le trait, la narration, la thématique, sont d’une rare richesse.

    Mais j’imagine monsieur, que si vous l’aviez invitée, c’est que je ne vous apprend rien.

    Pourquoi dans ce cas vous rendre complice de cet ostracisme, de cette censure ?

    Pourquoi ajouter à toutes les embûches qui ont jalonné sa carrière (convenez que dans un monde où le politiquement correct est bienvenu, c’est plutôt bon signe quant à la force et la légitimité de son parcours) ?

    Pourquoi vous plier à la jalousie déplacée de "certaines de ses collègues" ? Tout festival de BD (et pas seulement celui qui fait une place à la BD féminine ou féministe), se doit d’inviter cette géniale et opiniâtre auteure.

    Je veux croire qu’après réflexion, vous maintiendrez cette invitation (puisque vous maintenez la présence de ses albums !!!), prenant ainsi les responsabilités qu’on peut attendre d’un président de festival de Bande Dessinée.

    Je veux croire que vous ne ferez pas partie de ceux qui ont censuré Chantal Montellier.

    Je veux croire que vous serez un de ceux qui aura su s’engager pour une auteure qui d’ores et déjà est, je le redis, l’une des plus importantes de ce médium.

    Je veux croire que vous écouterez l’avis de ses lecteurs plus que la voix de concurrentes envieuses et intolérantes.

    Oui, monsieur Duvanel, je veux croire que Chantal Montellier sera de votre festival, vous recevriez ainsi la juste gratitude d’un lectorat anonyme, muet mais bien réel. (J’ai vu en outre que vous rendiez hommage à Hugo Pratt, Chantal Montellier doit donc, ne serait-ce que pour cette raison, être présente. Mais peut-être n’avez vous pas lu "L’île aux démons" ?).

    Si toutefois vous mainteniez cette étrange décision (on invite pas un artiste pour le désinviter ensuite), ne soyez pas surpris du boycott qui en découlerait car vous n’êtes pas sans savoir que si un festival a besoin d’auteurs et d’éditeurs, il a besoin également de lecteurs.

    Mon courrier, bien entendu, circulera sur tous les sites BD du net.

    Cordialement,

    Bernard Dato


    Monsieur,

    Critique de bande dessinée (pour La Lettre, DBD, L’Avis des Bulles, le site BD Sélection) je n’aurais jamais choisi cette voie si je n’avais pas, adolescent, croisé des oeuvres fortes et singulières, parlant de notre société et du monde avec un ton et des partis pris esthétiques forts et rares.

    Parmi les auteurs dont la lecture des ouvrages m’a à tout jamais marqué, Chantal Montellier figure en bonne place pour plein de raisons : l’aspect à la fois complexe et direct de ses albums, la richesse de ses descriptions, l’acuité de ses considérations et, plus largement, de son propos.

    Je ne peux donc que trouver injuste et scandaleux la cabale dont elle est la victime et dont vous vous faites le complice par votre attitude.

    Boris Henry


    Cher Monsieur,

    Nous ne nous connaissons pas. Je suis Jean-Luc Fromental et je dirige la collection Denoël Graphic, dans laquelle Chatal Montellier a publié il y a deux ans un excellent ouvrage consacré à Florence Rey, intitulé Les Damnés de Nanterre.

    Etant par ailleurs l’un des organisateurs du Festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo, je suis bien placé pour savoir à quel point la diplomatie et les équilibres entre auteurs sont des excercices difficiles, requerrant un doigté hors du commun. Je n’ignore pas non plus que la puissance invitante est seule décisionnaire et que nulle influence extérieure (spécialement celle des éditeurs) ne doit prévaloir sur ses choix.

    Je me vois toutefois dans l’obligation de vous faire savoir qu’en tant qu’éditeur, admirateur et ami de Chantal Montellier, je suis scandalisé par le procédé d’invitation-désinvitation auquel vous avez recours avec elle.

    Rien ne vous obligeait à l’inviter en premier lieu et vous affirmez clairement, à sa face pourrait-on dire, que c’est l’opinion de ses confrères qui a décidé de votre revirement et emporté votre décision finale. Vous validez donc ainsi un procédé particulièrement odieux de mise au ban, de blacklisting quasiment maccarthyste, d’ostracisation par des gens qui réagissent individuellement (même si c’est consensuellement) sans mesurer, probablement, les dégats abominables de ce qui n’est en somme pour chacun d’eux qu’une opinion personnelle.

    Vous avouez ainsi votre impuissance et, loin de vous affirmer comme puissance invitante, vous vous couchez devant les dikats de vos invités. Je ne sais rien de votre festival, de son importance, de sa visibilité, mais je suis vous garantir qu’international ou pas, il sera définitivement rayé de mes listes et de celles sur lesquelles je peux exercer une influence si vous ne revenez pas sur cette décision inique, annoncée à l’intéressée, qui plus est, avec une désinvolture consternante.

    Les auteurs sont des gens fragiles. Vous n’avez aucun qualité pour les traiter comme vous venez de traiter Chantal Montellier, qui inventait Métal Hurlant à une époque où vous n’étiez sans doute pas né.

    Je transmets copie de ce mail aux autres éditeurs de Chantal afin que ma position soit connue de tous.

    Aucun festival ne peut se passer d’éditeurs. je souhaite que vous méditiez cet adage.

    Jean-Luc Fromental


    Cher Monsieur,

    Chantal Montellier m’a signifé votre position quant à la manifestation que vous organisez prochainement.

    Je me joins à Mr Fromental pour souligner votre légèreté vis à vis d’un auteur comme Mme MONTELLIER.

    J’ai eu la chance, en tant que libraire indépendant, de l’inviter à un festival de dimension nationale (Fête du Livre de St Etienne, 150 000 personnes) et je peux vous assurer que cette grande artiste ne mord pas, se tient bien à table et surtout a énormémment de lecteurs qui étaient ravis de la rencontrer.

    Je ne veux m’apesentir outre mesure mais invitant régulièrement des auteurs de tous bords, votre prose pour justifier votre position me parait bien légère et insidieuse.

    Chantal représente tant de choses liées à une Bande Dessinée de qualité et le 9e Art a vraiment besoin de femme de cette trempe.

    Trop bête et trop dommage.

    Mr GIRARD

    Librairie L’Etrange Rendez Vous à St Etienne


    Pas cher Philippe Duvanel,

    Je suis auteure de bande dessinée, ayant publié une quinzaine d’albums chez les éditeurs les plus variés depuis 25 ans. Informée de l’invitation-désinvitation que vous avez fait subir à Chantal Montellier avec une désinvolture et une goujaterie inqualifiables, je me sens autorisée à réagir. Chantal Montellier, que je connais personnellement depuis plus de vingt ans, et dont j’admire le travail depuis plus longtemps encore, Chantal Montellier donc, est une grande dame de la bande dessinée française. La seule bonne réaction à la censure de certaines consoeurs (dont je préfère ne pas savoir le nom) aurait dû être de les désinviter ELLES. Depuis quand les inimitiés ou antipathies des unes ou des autres devraient-elles prendre le pas sur l’importance d’une oeuvre - car Chantal, contrairement à beaucoup de faiseurs et de faiseuses, a une oeuvre.

    Pas cher Philippe Duvanel, vous pouvez donc compter sur moi pour donner la plus large publicité à votre comportement ainsi qu’aux réactions qu’il a entraînées.

    Pas cordialement du tout,

    Jeanne Puchol


    Monsieur,

    L’Agence régionale du Livre Paca organise un prix littéraire qui donne à découvrir chaque année à 1000 jurés (lycéens et apprentis de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur) 6 romans et 6 bandes dessinées choisis dans la création contemporaine récente.

    Nous avons eu cette année l’honneur et la fierté de retenir Les Damnés de Nanterre dans notre sélection et d’organiser entre Chantal Montellier et plusieurs groupes de nos lecteurs, des rencontres.

    Déroutantes parfois pour un public d’adolescents temporellement loin des événements relatés et souvent dépolitisés.

    Certainement le pari était-il osé pour l’Agence de sélectionner ce titre.

    Nous pensons cependant que faire découvrir la création contemporaine à de jeunes adultes (ou tout autre public), ne doit les enfermer ni dans le bien-pensant ni dans le lisse, qu’il en va de leur libre-arbitre et du respect que nous leur portons, qu’il en va de la diversité et de la richesse de la création. Nous pensons également qu’il est de notre devoir de favoriser la circulation d’une pensée non unique et d’un langage résolument différent de la masse productiviste dont les tables de librairies regorgent.

    Nous pensons que la cabale dont Chantal Montellier fait l’objet est scandaleuse et qu’elle n’honore pas tant celles et ceux qui l’ont initiée que celles et ceux qui la relaient.

    Elise Deblaise


    Elise,

    Nous apprenons grace à toi que Chantal Montellier vient de se voir déinvitée du festival de la BD de Lausanne, et qui plus est au prétexte que d’autres auteurs feraient preuve d’ostracisme à son égard. Chantal Montellier nous a rendu visite au lycée Carnot de Cannes cette hiver et a travaillé sur sa BD " Les damnés de Nanterre " avec Fabienne et une classe de 2nde dans le cadre du Prix Littéraire des Lycéens de PACA. Quel moment inoubliable ! Chantal est comme son oeuvre : claire et coupante, fragile et passionnée. Qu’un organisateur de Salon puisse céder au Mc Carthysme ambiant et décide de se passer de Chantal au nom de la recherche d’un soit-disant consensus qui ne dit pas son nom de censure, en dit long sur l’état de notre monde et de notre culture. Mais les petits messieurs passent et l’oeuvre de Chantal restera comme un phare au-dessus de notre sombre époque. Que Chantal entende ici le témoignage de notre solidarité et notre souhait de la revoir bientôt à Cannes.

    Fabienne et Jean-Marie Langoureau


    Monsieur,

    Je me permets de vous écrire devant la "désinvitation" subie par Chantal Montellier à votre manifestation.

    Je me permets d’avancer que cette désinvitation n’est pas simplement "décevante" pour qui la subit , mais choquante.

    Je me permets de suggérer que le mot même de désinvitation, ses consonances, ont quelque chose de malheureux.

    Je me permets de rappeler que dans la vie sociale ordinaire, désinviter un invité est plus "marqué" (en termes linguistiques) que de ne pas l’inviter.

    Je me permets de m’étonner devant la raison que vous donnez à Chantal Montellier et qu’elle a fait connaître en citant un de vos courriers : Chantal Montellier ne ferait pas "l’unanimité auprès de certaines de [ses] collègues." Je me permets de noter que l’ "unanimité" (en termes juridiques) ne va pas avec un élément partiel ("certaines de [ses] collègues", donc pas toutes). Je me permets (en termes lexicographiques) de douter que "collègue" soit le terme approprié.

    Je me permets de m’étonner que l’invitation responsable d’une artiste, ou sa très désinvolte désinvitation, dépende de l’unanimité d’une partie de ses consoeurs, ou alors, sans doute est-ce inscrit dans vos statuts.

    Je me permets de constater (en termes logiques) que Chantal Montellier fait l’unanimité de certaines de ses collègues (les autres).

    Je n’ai pas à entrer ici dans quelque débat sur le talent que je tiens pour remarquable, ou la personnalité que je sais différente de celle de certaines de ses collègues qui font parfois l’unanimité contre elle, de Chantal Montellier. Je n’ai pas à me prononcer ici sur le talent et la personnalité, puisque ce qui est en jeu, c’est le pouvoir, l’influence et - bien plus grave à mes yeux - l’inélégance de la méthode.

    Je me permets de noter que la méthode (inélégante, cela suffit à la disqualifier) ressemble à un aveu de "pression" (rien ne me permet de l’affirmer, je m’en tiens donc élégamment à ce terme, vous le comprendrez).

    Je me permets de relever que la désinvitation de Chantal Montellier à votre manifestation, n’est en rien question d’incompatibilité entre Chantal Montellier et certaines de ses collègues, mais affaire de renoncement de l’organisateur à une invitation qu’il avait lui-même, de son plein gré, j’imagine, adressée à Chantal Montellier. Cette désinvitation n’est pas le fait des collègues de Chantal Montellier, hostiles à l’unanimité à temps partiel à Chantal Montellier, mais bien le fait du directeur de la puissance invitante qui avait invité Chantal Montellier, ce qui vaut sans doute pour engagement moral.

    Je me permets d’adresser à Chantal Montellier mon inconditionnel soutien moral, puisqu’il s’agit de morale et d’engagement.

    Francis Marmande

    Le Monde


    Cher Monsieur

    J’ajoute tardivement une réaction à toutes celles que vous avez déjà reçues. Vous deviez vous attendre à une petite éviction en douce, et pas à cette tempête.

    Cela prouve qu’on ne peut pas tout se permettre, et nous devons tous nous en féliciter.

    Il vous reste à tenter de trouver une issue à cette crise, et ce ne sera pas facile.

    Avec mes salutations.

    Benoît Peeters


    Monsieur,

    Je viens de prendre connaissance de la désinvitation que vous avez transmise à Chantal Montellier, après l’avoir dans un premier temps invitée à participer à votre festival.

    En tant qu’ancienne créatrice et animatrice pendant dix-sept ans du Carrefour des littératures en Aquitaine, et actuelle directrice de l’Office du livre en Poitou-Charentes qui a convié le mois dernier Chantal Montellier à son festival itinérant en région Anguille sous roche, je souhaite vous dire combien les raisons que vous invoquez me choquent, et ne me paraissent pas dignes d’un responsable de manifestations littéraires.

    Associer une artiste comme Chantal Montellier, qui allie l’esprit et la parole libres avec un talent qui n’est plus à présenter ou à confirmer, me semble être au contraire pour un organisateur une chance et un honneur.

    Je témoigne que nous avons vécu le mois dernier en Poitou-Charentes - au coeur de Poitiers ou dans la bibliothèque d’une petite commune rurale du nord de la Charente - deux moments d’humanité particulièrement intenses, hors des conformismes, au cours desquels l’engagement, la personnalité et le travail de cette artiste ont rencontré sans aucune difficulté - et pour notre plus grand plaisir - l’intelligence et la sensibilité de publics pourtant fort contrastés.

    Vous vous privez - et privez du même coup celles et ceux qui fréquentent votre festival - de tels moments précieux et rares. J’aimerais conclure par "tant pis pour vous", si ne demeurait l’inacceptable grossièreté à l’endroit de Chantal Montellier.

    Avec mes meilleurs sentiments.

    Sylviane Sambor


    Aux censeurs et à vous Monsieur,

    J’ai travaillé avec Chantal Montellier chez Actes Sud et je tiens à vous dire combien je suis scandalisée par votre attitude. Je ne ferai pas d’autre commentaire, ses éditeurs vous ont clairement manifesté leur indignation et je la partage.

    Je vous plains d’avoir cédé à la meute.

    Régine Le Meur

    Attachée de presse


    En tant que responsable éditorial de la collection "Actes Sud / L’An 2" dans laquelle sera prochainement réédité l’album de Chantal Montellier « Odile et les crocodiles », je joins ma voix à celle de mes confrères éditeurs qui ont exprimé leur désapprobation la plus nette au sujet de la conduite du festival BDFIL vis-à-vis de cette auteure qui n’est sans doute pas consensuelle mais dont l’importance dans l’histoire contemporaine de la bande dessinée française n’est plus à démontrer. La cooptation entre artistes invités ne saurait être la règle qui dicte sa politique à une manifestation culturelle. Honte à BDFIL et vive la création libre !

    Thierry Groensteen


    Monsieur,

    Nous avons eu le grand honneur et le grand bonheur de publier le grand livre "Tchernobyl , mon amour" de la grande Chantal Montellier.

    En effet tout est grand chez cet auteur et, à cette aune, les excuses embarassées que vous présentez dans votre lettre (que sa destinataire nous a transmise), pour récuser sa participation à "Bulles de femmes-bulles de vie" sont d’autant plus petites et mesquines.

    L’un de nous a été, il y a quelques année, le commissaire d’une manifestation internationale dans le cadre du Salon du livre de Paris, nous savons donc ce qu’il en est des invitations d’auteurs. Jamais, au grand jamais, nous n’aurions "décommandé" un auteur invité et encore moins pour les motifs que vous avancez. Comment peut-on écrire à un auteur : "il semble, en effet (...) que vous ne fassiez pas l’unanimité auprès de certaines de vos collègues. Nous avons essayé d’user la meilleure diplomatie mais force est de constater que nous n’y sommes pas parvenu." Pour finir par ce coup de pied de l’âne : "Nous nous voyons dès lors au regret de cette décision (décevante je vous l’accorde)". Il nous apparaissait acquis jusqu’ici que la première personne à respecter dans la chaîne du livre était l’auteur. Il semblerait que vouliez établir d’autres règles. Notre devoir d’éditeur sera d’en avertir tous nos auteurs.

    Salutations

    Michel Parfenov et Thomas Gabison responsables d’Actes-Sud-BD

    PS : Sachez que vous n’êtes invité à la petite fête que nous organisons en l’honneur de Chantal Montellier. T.G.


    Je me joins bien sûr à toutes les protestations face à cette prise de décision totalement irrespectueuse et d’une injustice flagrante - il aurait été plus honnête de sanctionner plutôt les auteures accusatrices. Toute mon amitié et mon admiration à Chantal...

    François Boudet


    Cher Monsieur,

    Je suis l’éditeur italien de la grande Chantal Montellier : c’est avec un certain choc qui je viens d’apprendre votre bizarre comportement vis a vis de notre auteur.

    Qui dirige un festival est sensée avoir une vision intellectuelle, qui trace un route, une perspective critique.

    Il me semble pas seulement désagréable mais totalement inacceptable votre position pour la quelle vous acceptez le veto d’autres auteurs,

    Et pas seulement pour la raison qui fait Chantal Montellier un des meilleurs auteurs de la BD internationale. Tout ça est simplement pas morale. Honte a Vous.

    Igort

    Coconino Press/Vertige graphique


    Monsieur,

    Mon amie Chantal Montellier me compte au nombre des destinataires de son échange de courrier avec vous. Je ne vous connais pas mais je n’aime pas vos pleurnicheries. Si, réellement, vous déplorez les pressions pour empêcher la venue d’une artiste remarquable à votre festival, vous n’avez qu’à les repousser. Ce sont les plus gêné(es) qui doivent s’abstenir. Je vous imagine en vos contorsions. Et vous exprime ma plus parfaite antipathie.

    Claude Rouquet

    L’Escampette éditions


    Mon Philippe,

    Vos moustaches se couchent, elles recouvrent vos lèvres, vos paroles deviennent inaudibles !

    Mais vous n¹avez pas de moustaches !? Vous êtes hypocrite : vous avez une tête à moustaches !

    Vos épaules se couchent, vous faites redingote !

    Mais vous avez une veste, hypocrite ! Elle se tirebouchonne à force de se retourner !

    Vos chaussettes se couchent ! Vous faites mollets de coq !

    Mais vous n¹êtes qu¹un poulet ! Hypocrite !

    Aller, du cran ! Ne bafouillez plus mon Philippe, droit dans les yeux la Montellier, regardez-la, on vous le jure, elle est adorable ! Votre ami attentif

    Claude Rouquet

    L’Escampette éditions


    Monsieur,

    Je ne suis qu’un amateur de BD, sans pouvoir autre que celui d’acheter, de lire et de rêver.

    je ne vous connais pas, je ne connaissais pas, jusqu’à il y a quelques minutes, votre festival.

    Mon mail n’a donc aucun interêt pour vous...

    Cependant je tiens à vous communiquer ma profonde colère face à votre goujaterie à l’encontre de Chantal Montellier.

    Ainsi un organisateur de festival peut se permettre d’inviter un auteur, puis, sous la pression d’autres auteurs le decommander !

    Il existe donc des auteurs qui au delà de leur talent valent mieux que d’autres ! Bravo !

    Drôle d’idée de la culture que la votre !

    Pauvre idée de la culture !

    J’ignore à quelles pressions vous avez été soumis pour montrer ainsi un visage aussi peu courageux, incapable d’assumer vos choix.

    Vous vous seriez honoré de resister à ces pressions, au lieu de quoi vous me semblez être la parfaite illustration d’un petit homme bien lâche !

    La lâcheté semblant, en ces temps bien sombres une "vertue" largement partagée, vous n’êtes finalement qu’un archétype libéral de la pensée pré-emballée.

    Tant pis pour vous...

    O.THIRION


    Monsieur,

    Lorsque j’ai appris que, cédant à des pressions, vous aviez décidé de vous désengager vis-à-vis de Chantal MONTELLIER et de ne plus l’inviter à participer à votre Festival « Bulles de Femmes, Bulles de vie », j’ai eu très envie de vous dire ma colère. J’ai en effet une très grande admiration pour Chantal MONTELLIER, pour l’auteure engagée mais également pour la femme pleine de générosité quand il s’agit de soutenir des causes auxquelles elle croit.

    Mais je n’ai pas eu le temps de vous envoyer ce message car ma connexion Internet m’a joué des tours pendant quelques jours.

    Quelle ne fut pas ma surprise, en rallumant mon ordinateur, de découvrir tous les messages émanant d’auteurs, d’éditeurs et de lecteurs qui vous avaient été adressés !

    Alors, aujourd’hui, ma colère fait place à la pitié. Je vous plains. Peut-être n’imaginiez-vous pas les difficultés auxquelles vous seriez confronté en organisant ce festival ? Les auteurs de bandes dessinées ne sont pas des « sujets » faciles. Vous avez pensé éviter les affrontements en éliminant une des participantes mais ce petit calcul s’est retourné contre vous et vous voici la cible de tous les admirateurs inconditionnels de Chantal MONTELLIER !

    A mon avis, si vous aviez eu plus de force de caractère, vos invitées ne se seraient pas permises de contester vos choix.

    Je me permets donc de vous donner un conseil : l’an prochain, au lieu d’organiser un festival autour de la bande dessinée, vous devriez proposer une exposition de tableaux en macramé réalisés par des artistes plus disciplinés, plus dociles que ceux du monde de la BD. Moins exaltant ? Sûrement, mais tellement plus tranquille !

    Evelyne KUHN

    Enseignante


    Chantal

    Je dois dire que je trouve ça stupéfiant et probablement sans précédent !

    C’est scandaleux à un double point de vue :

    Du point de vue des dessinatrices, tes collègues, qui s’arrogent le droit ahurissant de décider qui peut être présent ou non dans une manifestation pour laquelle elles ne sont pas même la puissance invitante. Que je sache, on est nominalement invité à un festival, et pour ma part, je ne me suis jamais senti autorisé (je n’y ai même jamais pensé) à donner mon grain de sel quant aux invitations des autres dessinateurs, qu’ils soient hommes ou femmes ! Mais c’est peut être plus scandaleux encore de la part de la puissance invitante qui se devait de maintenir l’orientation de sa manifestation quelle que soit l’avis des unes et des autres. Ce Philippe Duvanel (que je ne connais pas) est très sourcilleux sur le plan de la sémantique lorsqu’il parle des femmes. IL a un style très "politiquement correct" lorsqu’il écrit "auteure". Tout ça est très "comme il faut". Mais sur une question qui relève du simple droit d’expression (et non spécifiquement du droit de femmes), il se comporte à la fois comme une carpette et comme un goujat. Il doit le sentir d’ailleurs, car son message est un modèle du genre "je me sens merdeux, mais, il faut me comprendre...". Je vais faire circuler ton message ;

    Ne te décourage pas.

    Bises

    Philippe (Marcelé)


    Très chère Chantal,

    Cette lettre, qui vient tardivement, pour te dire ma solidarité. Je ne suis pas d’un très grand poids dans ce microcosme de plus en plus enflé par les vanités et les enjeux économiques, mais je peux encore parler, écrire et ainsi dire ce que je pense. Je te le dis donc : je trouve cette affaire proprement scandaleuse. On aurait voulu t’humilier publiquement qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Evidemment, quand on dit ce qu’on pense (et quand il se trouve que cette pensée peut faire réagir, peut changer le monde - un tant soit peu), on se heurte à des murs de silence, à des censures d’autant plus insidieuses qu’elles ne sont plus le fait d’un Etat (dont il n’est hélas plus à prouver la nocivité sociale), mais de ses multiples valets.

    J’ai pu lire les réactions des uns et des autres. Les soutiens que tu as obtenus me touchent d’autant plus que par le passé, il t’est arrivé de te retrouver vraiment seule dans l’adversité. Il me semble évident que, même si on t’invite à nouveau, tu devrais décliner : de tels personnages ne méritent pas que tu leur accordes du temps. Mais il ne faudrait pas que cet épisode se renouvelle.

    Il y a quelque chose de pourri dans la monarchie élective de la bande dessinée, ce n’est pas nouveau. Certains te conseillent dorénavant de "moins parler". Je trouve que c’est une façon aussi de courber l’échine, devant les impératifs commerciaux et la pensée unique, les bien-pensants, etc. Au contraire, il faut rester soi-même, ne pas avoir à rougir de ses prises de position.

    Tu te heurtes ici à l’Empire du Bien. Il est bien de se prosterner devant de fausses idoles de carton-pâtes, de ne pas voir que tel auteur publie des ouvrages aux contenus et origines discutables, etc.

    Bien entendu, il y a toujours le risques de poursuites juridiques. On est dans une société, aujourd’hui, où il est de plus en plus difficile de décrire le monde, tel qu’il est, sous peine de se voir poursuivre devant un tribunal par l’un ou l’autre qui se sentirait pris en défaut dans un portrait, qui parce que juste et pertinent, peut faire frémir ou indisposer. Si Tardi ou Satrapi se sentent blessés par les portraits que tu fais d’eux, il est évident que ce n’est pas parce que tu les flattes.

    Seule la flatterie est autorisée aujourd’hui, dans l’Empire du Bien. "Ils" ne veulent voir qu’une seule tête. Et si la tienne dépasser, malheur à toi ! Je ne te conseillerais rien, mais pour ma part, je n’abandonnerai pas un des seuls espaces de liberté qui restent (et encore) : Internet.

    Tant mieux si tes messages de soutien circulent, tant mieux si les gens apprennent le traitement qu’on t’a fait subir récemment (et cela fait tellement longtemps que ça dure ! combien de semblables sordides histoires n’ont pas été connues du public et même des "confrères" ?). Et si cela en agace certains, qui aimeraient mieux dormir sur les lauriers d’une bande décimée par les mots d’ordre du Bien et de la Bonne pensée, et notamment commerciale, tant pis pour eux ! S’ils sont puissants, ça peut être dangereux, mais bon, que faire ? De toutes façons, on ne dessinera jamais la suite de "XIII" (ce n’est d’ailleurs pas notre intention, ni à toi, ni à moi), alors lâchons-nous !

    Aujourd’hui : un seul mot d’ordre : il faut aimer ce qui marche. Il faut faire marcher ce qu’on aime. De plus, la critique adore aimer, donc c’est un concert de louanges sur les fausses gloires d’aujourd’hui et de demain. Dans les mass media, les mots n’ont plus de sens. Une "psychose" devient une grande frayeur (occasionnée par la réapparition du virus H5N1, par exemple), une scène inhabituelle devient improprement "surréaliste". De même que les mots dérivent, déclinent, le sens d’un livre ou du rôle (pour ne rien dire de la fonction) d’un auteur disparaît au profit des paillettes. Non seulement on s’éloigne encore plus de l’expérience réelle des choses, mais on ne sait plus que célébrer : un auteur "engagé" à gauche mais qui dessine surtout avec sa main droite (de manière un peu gauche, parfois), un dessin animé tiré d’une bande dessinée aux intentions discutables (discutable veut dire qu’on peut en discuter, mais les tenants des pouvoirs ne le veulent plus : il y a un seul discours, une seule pensée : il FAUT aimer "Persépolis", il faut aimer les adaptations des classiques de droite par Tardi, il faut aimer le succès de Soleil Editions, etc.) Bref, il faut aimer ce qui tire vers la France d’en haut.

    Quant aux rances d’en bas, les vilains ! ceux qui comme toi ont la mauvaise idée de "porter la plume dans la plaie", de montrer les plaies d’une société en déliquescence et qui cicatrisent mal, malheur à eux ! Ils auraient dû s’aligner sur la bonne pensée, sur le Bien omniprésent. Et raconter de belles histoires, pour qu’on puisse "s’évader". Ne pas faire de vagues.

    Mais c’est précisément ce qu’on va continuer de faire : des vagues. Pour le plus vif déplaisir des tièdes.

    Je t’embrasse,

    Jérôme (Presti)


    Monsieur,

    C’est avec un grand écoeurement que je vous écris, suite à la nouvelle de l’éviction de Chantal Montellier comme invitée du Festival de Lausanne autour du thème les femmes et la BD.

    Je ne savais pas que le choix se faisait au bon vouloir des affinités avec les autres dessinatrices ?! Lesquelles ? Peut-on les connaître ou préfèrent-elles, après avoir généreusement fait exclure l’une de leurs consoeurs, et pas la moindre, rester dans l’ombre et l’anonymat, ce qui en dit long sur leur courage moral et intellectuel.

    A l’heure d’un retour accéléré à certaines valeurs (plus boursières que morales ou humaines), on imagine volontiers que vous préfériez donner la vedette à des dessinatrices moins engagées sur le front du social que Chantal ; les livres de Montellier sont certainement moins complaisants avec le système que vous représentez, que les complaisantes auto biographies et bd nombrilistes, tendance bobo, qui dominent le marché.

    Mais on n’effacera jamais le travail de Chantal Montellier et il y a fort à parier que celles qui essayent de faire en sorte qu’on l’exclue systématiquement soient, elles, bien vite oubliées.

    Les lecteurs et éditeurs de Chantal ne laisseront pas passer cette tentative de maccarthysme suisse, le pays où Jean-Marie le Pen est milliardaire.

    Veuillez agréer tout mon mépris.

    Mélina


    Monsieur Duvanel

    Je connais mal la Suisse. Mais l’image que vous en présentez, en revenant sur l’invitation faite à Chantal Montellier à l’exposition « Bulle de femmes », me fait penser que là bas aussi les espaces se rétrécissent pour l’affirmation de pensées et d’expressions hors des sentiers balisés. Au fait qui balise ces sentiers ?

    Vous ne contestez pas le talent de Chantal Montellier. Alors que contestez vous ? La diversité de la création à laquelle elle participe ? Sa capacité à faire émerger des figures et des paroles populaires, des enjeux de notre temps, sa puissance critique aussi bien dans les thèmes qu’elle choisit que dans le dessin ?

    Je ne peux pas croire que ce soit médiocrement une question de caractère.

    Je vous écrit au moment où en France une radio de service public est en grève, solidaire après la suppression d’une émission culturelle et son remplacement par une vedette médiatique dans les clous de la bonne pensée. Ce même service public qui déprogramme Mermet et se débarrasse d’« Arrêt sur image ».

    Il semble que du côté de ceux qui ont quelque pouvoir, le questionnement ou la critique soient intolérables. Ou auraient-ils appris à se mettre, eux même, à l’abri ? De quoi avez vous peur, monsieur Duvanel ?

    Monsieur Duvanel, neutralité veut dire aussi insignifiance. Je ne crois pas que l’on puisse indéfiniment maintenir le couvercle sur la marmite qui bout. Alors, un peu de courage, réinvitez Chantal Montellier.

    Laurent Klajnbaum

    Animateur du collectif culture du PCF


    Chantal,

    - O vous, comme un qui boîte au loin, Chagrins et Joies,
    - Toi, coeur saignant d’hier qui flambes aujourd’hui,
    - C’est vrai pourtant que c’est fini, que tout a fui
    - De nos sens, aussi bien les ombres que les proies.

    Les vers du vieux Verlaine renvoient à la désespérance d’une rupture qui fut pour lui l’équivalent d’une « mort » sentimentale scandaleuse. Voilà un poète peu fréquentable, un banni, un incorrect !

    Si, par la suite, à force de palinodies (y compris religieuses, c’est dire !), notre poète a eu droit à l’admiration des gardiens des belles lettres, quelle énergie n’y a t-il pas laissée !

    Coupables sont les cerbères du convenu, du « poétiquement » acceptable.

    L’expression graphique n’échappe pas à la normalisation, à la labellisation par les circuits commerciaux. On s’y laisse prendre tant est puissante la pression des médias qui décident du prêt à penser, du prêt à ressentir.

    Ces gens sont passés dans le camp des ombres manipulées par les maîtres ROI (return on investissment), faiseurs d’opinion, faiseurs de talents, faiseurs de succès de librairie.

    Faiseurs et faisans, même turpitude.

    Garder en soi la flamme du refus de l’alignement ! Rester d’instinct sur les bases de la Fédération Internationale des Artistes Révolutionnaires Indépendants fondée en 1938 par André Breton et Léon Trotsky ! Voir si cette braise pourrait être rallumée.

    Le reste est contingent, sans importance, de l’ordre du minable et du méprisable.

    Vivre c’est lutter !

    Un vieil ami : Pierre Roy

    Le 28/05/2007

    Deux poids deux mesures.

    L’irrésistible ascension de la grande bourgeoise iranienne, Marjane Satrapi, dessinatrice de pictogrammes (animés) à ses heures.

    Marjane Satrapi, dessinatrice de pictogrammes appliqués mais sans grande imagination ni liberté graphique, sans grand savoir artistique non plus, mais quelle importance ? poursuit son irrésistible ascension... Bien. Les méchants barbus iraniens n’ont plus qu’à bien se tenir. Question : ici, une femme tombe tous les trois jours sous les coups de son conjoint d’après Amnesty International qui tire ses chiffres des rapports de police. Comme on sait, dans ces domaines les flics n’ont pas trop tendance à en rajouter. Quand est-ce qu’on en parle ? Mais peut-être, n’est-ce pas un massacre, seulement de la régulation domestique et faire une bédé sur le sujet relèverait sûrement du pesant et gênant "discours victimaire" tant décrié par nos élites.

    Les barbus iraniens feraient-ils mieux vendre que les tabasseurs de France et de Navarre ? Attireraient-ils davantage la reconnaissance des pouvoirs et des médias ? On se demande bien pourquoi.

    Pour ma part, les quelques éditeurs pressentis pour aborder ce sujet sont resté sans réaction à ce jour. Les assassins de femmes français ne doivent pas avoir la barbe assez longue ! Ou peut-être ne suis-je pas assez bonne dessinatrice ?

    C.M.

    Le 25/03/2007

    Lettre (version amendée) à Thierry Groensteen à propos de son livre "Un objet culturel non identifié" aux éditions de l’AN 2.

    Passionnant ton bouquin ! Et je partage pour l’essentiel ta vision des choses. Je m’étonne de te découvrir aussi critique et avancé (je t’imaginais plus frileux et conservateur !). Mais tu gommes un peu trop les dimensions politiques et les rapports de force entre classes sociales, au profit des bobos et surtout de la petite bourgeoisie (apolitique ?) responsable à la fois de toutes les avancées et de tous les freinages. Cf. l’importance donné à la parole d’un J.C.Menu, au détriment d’autres voix plus essentielles à mon humble avis. Pas question non plus de la fantastique répression-régression politique et sociale que nous avons vécu, vivons encore.

    Pour ce qui est de ma "disparition",(comme si je n’avais "JAMAIS existée"), cela pendant presque une décennie sans qui personne ne s’en formalise, je ne crois pas que ce soit un simple effet du "Marché" et des éditeurs. Je crois que le marché est une grosse pute qui suit le mouvement impulsé par la société (et ceux qui la dominent). Dans une société dominée par une hyper-bourgeoisie revancharde, haineuse, méprisante, les talents nationaux sont balayés au profit d’une soupe internationalisante (cf. les mangas, mélange batard d’occidentalité, de walt-disnieyserie et de japoniaiseries). La création (autorisée) est bourgeoise, élitaire, ou de pure distraction standardisée + ou - débilitante pour le troupeau, la masse.

    Il y a eu un formidable recul d’un côté et une efficace reprise en main par les droites les plus réactionnaires de l’autre, et ça, dès 1984, quand les "socio-traîtres" ont trahi, sacrifiant le meilleur des forces populaires, de leur culture et de leur création au profit du tout tout-fric et de la gauche mondaine. Ces politiques-là se sont couchés, comme des femmes vénales, devant les Puissances de l’Argent. Les intellos institutionnels, dans leur majorité, ont suivi...

    As-tu remarqué, mon cher Thierry, qu’il n’y a plus un seul homme à gauche pour la Présidentielle ? Par contre à droite, il n’y a que ça ! Et pas n’importe lesquels ! Un soldat "facho" : Le Pen. Un fils de "nazi" : Sarkozy. Un séducteur démagogue : Bayrou.

    Je n’ai rien contre les femmes, bien au contraire, et je suis heureuse que les femmes soient représentées à la Présidentielle, et en nombre, mais en politique comme ailleurs, IL FAUT DU PERE ! Or, tout se passe comme s’il n’y avait plus de PERE à gauche (quelle soit bourgeoise ou populaire). Sont-ils tous morts, les pères ? Faillis ? Disqualifiés ? Evincés ? Sont-ils tous devenus des femmes ? (Je ne parle pas de Bové, qui est -pour l’instant- au dessous de zéro d’intention de votes, si je ne m’abuse.)

    La politique c’est la guerre par d’autres moyens, comme tu sais et je vois mal ces dames tellement policées donnant des coups pour tuer l’adversaire, l’ennemi, façon Pucelle d’Orléans. (C’est une image.) Bref, je veux dire par là, qu’à mes yeux, la féminisation excessive (relativement) de la gauche dit, dans ce contexte, sans doute plus sa faiblesse, que son courage ? Cela même si ces femmes n’en manquent pas, de courage, voire, parfois, de panache.

    La déconfiture des forces de la gauche populaire, de l’urss, la démission des partis, (le PC qui sauve son appareil en sacrifiant ses militants), les syndicats qui se couchent et trahissent, les bourgeoisies nationales qui se couchent aussi devant une hyper bourgeoisie internationale qui ne connaît que ses propres intérêts et ses propres valeurs : primaires, violentes, dévorantes -cf. Bush-... l’abandon des artistes les plus avancés, engagés, par les forces politiques qui auraient dû les soutenir, les livrant ainsi à l’ennemi (de classe) ou les laissant dans une totale déréliction.../... tout ça nous a conduit là ou l’on est : la droite à quasi 70 pour 100 ! Et quelle droite ! L’extrême droite premier parti ouvrier de France ou des "marxistes" comme Alain Soral font le lit de Le Pen, pensant sincèrement dirait-on que c’est le seul moyen de sauver "les prolos" !

    Quant à la condition féminine, n’en parlons même pas (une femme tombe tous les 3 jours sous les coups de son conjoint d’après le dernier rapport d’Amnesty International. (A peine une seconde, au journal de 20H. sur les télés nationales pour parler de la Marche Mondiale des Femmes contre la Violence, hier, samedi 24 mars.) Ce chiffre effrayant a été donné par la police qui, comme tu sais, a plutôt tendance à en enlever qu’en rajouter dans ces domaines.

    On porte au pinacle (cf. la considérable campagne d’affiches au moment d’Angoulême avec son portrait géant dans toutes les gares, alors qu’elle est sur un film et non une bd) une hyper bourgeoise ("haute aristocratie iranienne" à ce qu’il parait) cosmopolite comme Satrapi (dessinatrice besogneuse et limitée quoi qu’appliquée) qui dénonce la violence des ayatollahs, mais si une "pauvre fille" de dessinatrice de chez nous voulait faire une bd sur la violence faite aux femmes (notamment celles des milieux populaires) dans notre beau pays, elle ne trouverait aucun éditeur. Silence, on tue ! C’est d’un abattoir très soft, qu’il est question ici, pas d’un coktail de bobos... (Un suicide par jour dans le monde du travail).

    Je rentre de Saint-Etienne, capitale du travail pendant des siècles, beaucoup a été effacé de cette histoire-là, et il semble déconseillé d’en parler en public. Quant à "Manufrance", elle est devenue un "palais des congrès" qui ne porte plus une seule trace de son glorieux passer de grande productrice de cycles et d’armes.

    Pour ce qui fut produit de créations "engagées" dans les années 70-80, c’est généralement le grand lessivage. Une tâche qu’il faut effacer ! L’absence de mémoire de la bédé que tu déplores à juste titre n’est peut-être pas un pur hasard, mais un incessant travail d’effacement de la culture et des productions populaires surtout lorsqu’ elle sont au féminin.

    Pour ce qui me concerne, on m’a, comme tu sais Thierry, donné la chasse, traînée dans la boue, exclue, ostracisée, j’en passe. Médisances, rumeurs, humiliations, effacement de mon travail et de mes publications, mise en doute de mes capacités intellectuelles : "Bécassine", et même de ma santé mentale : "la folle de Chaillot", (je fais parler des "fous" et des exclus !), je serais "incontrôlable", "caractérielle", pourquoi pas "hystérique" aussi ? Bien sûr, si j’ai un tel "tempérament", si je suis prompte à dégainer : "Calamity Montellier", ce n’est pas une conséquence de ce que ce milieu m’a fait subir. Mais non ! Pas question de s’auto critiquer. C’est bien plutôt dans ma nature profonde, voire mon hérédité !

    Pendant ce lynchage les intellos de gauche, les petits bourgeois et autres bobos ont été le plus souvent du côté des chasseurs et des rieurs, ou se sont voilés les yeux. Mais passons ! "Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus forts" comme l’écrivait un certain philosophe allemand.

    Mais revenons à toi et ta publication. Il me semble que toute cette considérable violence sociale, sexiste, symbolique et réelle ; toute cette régression politique, sociale et culturelle ; cette chasse aux sorcières, ces pressions et censures n’apparaissent pas assez dans ton livre.

    Si demain la démocratie et le mouvement social reprenaient du poil de la bête, le féminisme retrouvait la santé, les "grands" éditeurs, suivraient le mouvement, car se serait dans leur intérêt !

    Mais plutôt que "grands", tu aurais dû les appeler "gros". Voire obèses. Les éditeurs obèses, oui, ça leur irait mieux.

    Salutations

    C.M.