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  • "Incapables de ne rien faire par eux-mêmes, ils ne voient que le mal." Camille Claudel

  • Nous sommes tous en danger !
  • Pasolini, le prophète, avait raison sur presque tout : nous sommes tous en danger. Le « nivellement brutalement totalitaire du monde » dont il avait parlé se réalise. Grâce à la télévision et au marché, un modèle unique et exclusif est imposé au monde entier ; « ce que le fascisme historique avait échoué à réaliser, le nouveau pouvoir conjugué du marché et des médias l’opère en douceur (dans la servitude volontaire) : un véritable « génocide culturel », où le peuple disparaît dans une masse indifférenciée de consommateurs soumis et aliénés ».

    Bienvenue sur le site de Chantal Montellier

    23 janvier 2012

    Joyeux anniversaire !

    Il y aura 27 ans le 27 janvier 2012, plusieurs femmes dessinatrices remettent en question la presse BD de l’époque. Nicole Claveloux, Florence Cestac, Chantal Montellier et Jeanne Puchol cosignent un “manifeste” publié dans Le Monde.

    Chantal Montellier témoigne : "Les coups en retour furent d’une extrême violence et d’une grande bassesse. Etant considérée – à juste titre- comme le véritable auteur de ces lignes j’ai été particulièrement visée et frappée. Rumeurs qui tuent et ostracisation systématique. Mise en cause de ma santé mentale. J’avais touché au veau d’or, ça ne se pardonne pas."

    Ce texte manifeste intitulé « Navrant », est reproduit ci-dessous dans son intégralité :

    « Navrante cette soi-disant nouvelle presse percluse des plus vieux et des plus crasseux fantasmes machos. Navrant de voir la plupart des journaux de bandes dessinées emboîter le pas, prendre le chemin réducteur de l’accroche-cul et de l’attrape-con. De la « porno à quatre mains », au « strip-tease des copines », en passant par « l’étude comparative des lolitas », « le roi de la tripe », « les nouveaux esclaves », les « mange-merde », j’en passe, les talents se déploient, virils. Ils nous proposent d’accompagner « le grand capitaine Rommel » dans le souffle nouveau de l’aventure.

    Rétro, humour fin de race, potins mondains-branchés, nostalgie coloniale, violence gratuite, poujadisme, sexe-con, fétichisme, sexisme et infantilisme sont à l’ordre du jour.

    Parce que nous aimons certaines bandes dessinées, parce que nous souhaitons que les journaux soient au service des créateurs et pas des seuls marchands, parce que ces derniers réduisent chaque jours davantage la place accordée à la création au profit de l’uniformisation, nous avons voulu réagir, en souhaitant que cette lettre trouve un écho auprès des auteurs comme des lecteurs. »

    Manifeste signé par : Nicole Claveloux, Florence Cestac, Chantal Montellier, et Jeanne Puchol. Avec le soutien d’ Arnaud de la Croix, Franck, Thierry Groensteen, Bruno Lecigne, et Pierre Sterckx.

    Quelques lignes d’une interview donné à Hélène Lazar, une journaliste de “la vie en rose”.

    HL : Comment vous est venue l’idée de ce manifeste ?

    CM : C’est à la suite d’une discussion avec Nicole Claveloux, une autre auteure de BD. Nous avons réagi de la même manière aux politiques d’édition de journaux comme L’Écho des Savanes. Charlie Mensuel ou Pilote. Mais on ne s’est pas contentées d’une impression générale. On a été y voir de près. On a fait une sorte d’état des lieux, c’est-à-dire qu’on a acheté toutes les revues de BD présentes en librairie et on a constaté que le mot d’ordre général, c’était : « Porno, rétro, facho ». Quoi qu’on raconte, les femmes sont exhibées, dénudées. C’est comme si on imaginait une pièce de théâtre où tous les personnages féminins seraient nus ; ça semblerait absurde. Ce qui est grave, c’est que ces BD développent un mépris de la femme, la gadgétisent. Elles ne sont plus actrices, porteuses d’une histoire. Elles sont le repos du guerrier, des esclaves sexuelles analphabètes.



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    13 janvier 2012

    L’oligarchie des incapables

    Sophie Coignard et Romain Gubert, journalistes au Point, dénoncent dans leur dernier ouvrage une « oligarchie », composée de patrons, hauts fonctionnaires, élus ou experts, qui cumulent fonctions et privilèges, se servent de l’Etat à leur profit et à celui de leurs amis et « gouvernent avec un mélange d’incompétence et de lâcheté. »

    Interview sur France Info :

    http://www.franceinfo.fr/recherche/key%3Dsophie%20coignard



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    10 janvier 2012

    Marie Curie sur Universcience

    Marie Curie, la fée du radium

    durée : 7 min

    À l’occasion de la sortie de la BD La fée du radium (Ed. Dupuis) sur la vie de Marie Curie, l’occasion de s’interroger sur l’héritage de ce personnage quasi mythique... Malgorzata Tkatchenko, directrice du centre CEA de Fontenay-aux-Roses évoque pour nous les applications et les recherches actuelles issues des travaux et découvertes de Marie Curie.

    Réalisation : Romain Nigita

    http://www.universcience.tv/media/4...



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    9 janvier 2012

    Claire Braud, lauréate du prix Artémisia 2012

    Le prix Artémisia 2012 de la bande dessinée féminine est décerné à Claire Braud, pour Mambo, (l’Association)

    Cette jeune auteure succède à Johanna Schipper, Tankxxx et Lisa Mandel, Laureline Mattiussi et Ulli Lust, respectivement lauréates en 2008, 2009, 2010 et 2011.

    Le Mambo est une danse originaire de l’île de Cuba. Les danseurs se font face car leurs pas sont réalisés en miroir et les deux partenaires sont généralement collés l’un à l’autre. Mais comment danser un Mambo quand on est toujours en train de courir, de crainte de devenir un “gros tubercule” ? Et puis avec qui le danser ? Surement pas avec le contrôleur fiscal (neutralisé d’un coup de poële à frire) ; ni avec le cavalier body buildé aux dents trop longues et pointues pour pouvoir embrasser, sans la blesser, sa partenaire ; ni avec le chauffeur de bus au nez collé sur son volant... Sans compter que pour ne rien arranger les hommes ont des prénoms féminins ! Alors, comment s’y retrouver ? Autant continuer à courir en confiant la garde de la maison (et de l’huissier) à l’animal domestique habituel : un tigre de grande taille !

    Dans ce premier album plein de fantaisie et d’humour subtilement subversif, l’auteure porte un regard original sur les relations hommes-femmes et fait appel, de rebondissement en rebondissement, à ce que l’imaginaire féminin peut avoir de plus singulier, chose toujours trop rare dans le monde si masculin de la bande dessinée.

    Côté graphisme, dessin et mouvement sont très dynamiques, les personnages bien caractérisés et le style, qui peut faire penser parfois à Roland Topor, est libre et léger. L’absence de cadre autour des cases accentue encore l’impression de liberté.

    Bref, Claire Braud nous entraîne dans une danse sensuelle à la chorégraphie surréaliste, qui a donné à Artémisia envie de danser ce mambo avec elle. Pas à pas.

    Le prix sera remis mardi 10 à 18h 30 à la librairie la Hune de Saint Germain.

    Artémisia



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    2 janvier 2012

    Le prix Artémisia 2012

    Le prix Artémisia 2012, qui promeut chaque année une bande dessinée entièrement créée par une femme, sera décerné dans quelques jours, le 9 janvier.

    Suite à l’annonce de la sélection des albums pour le prix 2012, un débat intéressant a été animé sur le site ActuaBD : est-il discriminant de créer un prix qui récompense uniquement des bandes dessinées faites par des femmes ? ou au contraire, est-ce un moyen, dans un contexte éditorial complexe, de valoriser des oeuvres qui auraient pu rester inaperçues, et des auteures qui restent minoritaires dans le monde de la bande dessinée ?

    Voici quelques lignes du débat qui a eu lieu sur le site ActuaBD :

    16 décembre 14:31, par Toon :

    Bizarre comme critère de sélection être une femme ou pas, car être une femme n’est pas une qualité en soi, c’est très discriminant comme prix je trouve.

    Répondu par Gill le 16 décembre à 15:29 :

    Il y a le premier niveau de réflexion, plutôt simpliste et évident : "tiens ? les discriminées discriminent ?"

    Et puis le deuxième niveau (qu’atteignent parfois ceux qui différencient "bande dessinée" et "manga" ou "comics", etc...) : "pour combattre la discrimination et le dénigrement, il faut parfois se regrouper et se valoriser soi-même".

    Il y a aussi le premier niveau, très à cheval sur les principes : "jamais de discrimination, ni pour nous, ni contre nous !"

    Et puis il y a le deuxième niveau : "vivons-nous vraiment et vivrons-nous jamais un jour dans un monde idéal où les différences et les hiérarchisations n’existeront plus ?" (...se disait la femme noire américaine pauvre... qui se marie quasi-systématiquement avec un noir).

    Répondu par jony. le 17 décembre à 11:49 :

    ok... alors à quand le prix de la BD des noirs de banlieues, des blancs catho pauvres de campagne, des juifs prolétaires du nord de la france, à quand un prix pour la meilleur bd dont les auteurs sont des fils de camionneurs, etc etc...il y en a tant d’autre !!

    Que la femme soit victime de ségrégation, discrimination, salaire, etc...évidement,mais dans le champ particulier de la culture et de la bourgeoisie, là, c’est peut être moins certains...Voilà pourquoi cette initiative me dérange.

    Elle n’est en rien universalisante pour les femmes, juste une opé commerciale, petite bourgeoise.

    Répondu par Gill le 18 décembre à 20:02 :

    Vous avez raison, allons plus loin et nions systématiquement toute forme de catégorisation : supprimons les collections, les genres, la diversité des sélections dans un même Prix, n’organisons qu’un seul Prix global pour la BD dans son ensemble... puisqu’il ne faut jamais jamais jamais différencier qui que ce soit ou quelque groupe que ce soit.

    Nions surtout que les hommes ont monopolisé la bande dessinée jusqu’à notre époque (pour des raisons historiques), et ne voyons rien d’intéressant à cette parité qui remonte progressivement, le sexe d’un auteur formant une originalité qui pourrait attirer certains lecteurs femmes ou hommes, qui sait ? Et qui pourrait être mise en avant, justement pour cela.

    "Bourgeoises" ? C’est à mourir de rire ! Le bourgeois que vous devez être lancerait lui-même des "opés commerciales" de cette sorte s’il en était rendu au niveau de subsistance moyen d’une artiste. Il n’y a qu’un salarié privilégié pour ne pas comprendre ce que représente la promotion dans un monde artistique libéral. Fut-ce par des Prix.



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    2 janvier 2012

    Comprendre la crise financière

    Une vidéo qui donne quelques éclaircissements sur la crise financière que nous continuons de vivre en ce moment.

    http://www.youtube.com/watch?v=LGCBIvOcJYo



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    6 novembre 2011

    Entretien avec Chantal Montellier sur BD Gest’

    Pour retrouver l’entretien sur le site de BDGest’, cliquer ici.

    Chantal Montellier est une artiste engagée. Engagée dans un combat politique qu’elle mène depuis ses premiers dessins de presse parus au début des années 70 dans L’Humanité ou Politis, dans une lutte contre un monde déshumanisée que l’on retrouve dans des albums comme Tchernobyl mon amour ou Odile et les crocodiles, elle a également à cœur de rendre à la Femme la place qu’elle mérite, dans une société très machiste. Elle a d’ailleurs créé en 2008 le prix Artémisia qui récompense chaque année un album scénarisé et/ou dessiné par une ou plusieurs femmes. À l’occasion de la sortie de son nouvel ouvrage, L’Inscription, publié chez Actes Sud, elle accepte de se prêter au jeu de l’interview.

    Le nom de l’héroïne de L’Inscription, Caroline Montbrasier, possède les mêmes initiales que le vôtre. La coïncidence est-elle purement fortuite ?

    Pas vraiment. Même si je ne suis pas le personnage, nous sommes proches.

    L’album s’ouvre sur une citation d’André Breton portant sur la révolte. Êtes-vous, vous-même, une révoltée ?

    Une indignée, comme de plus en plus de personnes en ce moment. Les indignés de Wall Street, par exemple (les manifestants du mouvement anticapitaliste Occupy Wall Street ). Comment ne pas être révoltée face au désastre social actuel...

    Pensez-vous qu’il n’y a pas de place dans la société actuelle pour des personnes ne correspondant pas exactement à « la norme » ?

    La norme est morne ! Les gens ordinaires ennuyeux. On calibre les individus comme s’ils étaient des biens de consommations. Personnellement, je refuse ce calibrage et ça ne me simplifie pas la vie. Mais les artistes ne sont pas calibrables en principe, donc hors normes. Les pouvoirs n’aiment pas ça.

    Votre livre a tout d’une dystopie. Vous semblez avoir fait de Caroline une victime consentante de ce système.

    Vous m’avez mal lue. Caroline est coincée. Elle est entrée, poussée par un faux ami (psy), dans un piège... Mais c’est aussi une sorte d’initiation. Et puis il s’agit d’un songe !

    Certes, elle se rebelle dans sa tête, mais elle cède systématiquement dans les faits. Sur quoi avez-vous voulu insister en faisant ce choix ?

    Montrer la face cachée du pouvoir.

    N’y-a-t-il pas un paradoxe à dénoncer une société du paraître, alors que dans le même temps, l’unique personnage de votre livre qui a une certaine beauté est Caroline ?

    La beauté n’a rien à voir avec le “paraître”. Et Caroline est dans sa vie “réelle” (si j’ose dire) cernée par la laideur, la bêtise. Concierge et voisins hideux, méchants ; beaufs et commerçants vulgaires et voleurs ; bureaucrates rancis et pervers ; flics sadiques... Elle est un peu comme Rimbaud face aux “assis” “... leur regard filtre ce venin noir... Et vous suez pris dans un atroce entonnoir”

    Dans plusieurs de vos albums, et notamment le dernier, votre graphisme fait écho à des œuvres de toutes natures. Pouvez-vous nous parler des artistes, des arts qui ont une influence sur votre travail, votre mise en scène ?

    ”De toutes natures” me semble exagéré. J’ai cité John Tenniel, Crépax et deux ou trois autres dessinateurs des jeunes générations comme la talentueuse Tanxxx. Mais en fait, pour L’Inscription, je n’ai pas été, côté dessin, influencée par grand monde, j’ai surtout puisé en moi même. Par contre je travaille en ce moment sur un album pour Thierry Groensteen (Actes Sud, l’An 2), et les peintres de la Nouvelle Figuration ou Figuration Narrative m’inspirent beaucoup. Je me sentais très proche d’eux à une certaine époque.

    Dans L’Inscription, Caroline est présélectionnée pour le prix Artémise. Quels sont les retours que vous avez eus sur l’impact des prix Artémisia décernés à ce jour ?

    Excellents. Notamment grâce au magnifique travail de Sylvie Chabroux notre attachée de presse, les dossiers de presse sont impressionnants. Quant aux auteurs, nos deux dernières lauréates ont eu le plaisir de voir leur albums réimprimés. Les éditeurs jouent bien le jeu et cette année nous avons reçu beaucoup d’albums. Hélas, la production ne me semble pas excellente... Peut-être un des effets négatifs de la “BD girly” qui abaisse le niveau général ?

    Justement, que pensez-vous de l’apparition des bandes dessinées tirées de blogs dans lesquels les auteures y livrent leur quotidien, ce que vous appelez la « BD girly » ? L’une d’entre elles, Mimi Stinguette de M.Rak, éditée par La Boîte à Bulles, a récemment fait l’objet d’une polémique, certains la taxant de « mièvrerie superficielle ». Pensez-vous également que ce genre d’albums dessert la bande dessinée que vous défendez ?

    Elle desservirait si on ne voyait plus que la "BD girly" dans les bacs et les vitrines des libraires, et c’est hélas un peu trop le cas. Je vous conseille à ce sujet de lire le très bon papier de M.A. de Saint-André, publié sur fluctuat.net.

    Comment voyez-vous l’évolution de la bande dessinée féminine depuis le début de votre carrière ?

    Incontestablement le nombre des dessinatrices augmente, mais la qualité ne suit pas toujours. Beaucoup d’albums publiés manquent un peu d’originalité... Le norme commerciale nivelle et écrase trop souvent les talents et les personnalités. Je feuilletais des numéros du journal Ah ! Nana dans lequel j’ai débuté, les styles étaient immédiatement reconnaissables, on ne pouvait pas confondre Claveloux et Cécilia Capuana, Trina Robbins et Kéleck... Aujourd’hui, toutes les bd dites "girly" se ressemblent beaucoup... Ceci étant, de vraies auteures émergent, comme Laureline Mattiussi qui a un langage graphique bien à elle. Estelle Meyrand ne manque pas de talent et de sensibilité et Chloé Cruchaudet non plus. Dans un autre style, Gabrielle Piquet pourrait devenir une grande dessinatrice en s’affirmant davantage.... Des femmes comme Catel Muller font le lien entre ma génération et celle des Trenta... Catel a produit de bons albums comme son Kiki de Montparnasse très habilement dessiné. J’ai eu le plaisir de voir ses carnets de croquis, et j’ai pu constater qu’elle était aussi une excellente dessinatrice réaliste.

    Que pensez-vous de la segmentation du marché au Japon, où des BD sont spécialement écrites pour le public féminin ?

    J’en pense beaucoup de mal.

    Le prix Artémisia offre une visibilité aux auteures, mais à part donner l’exemple en montrant qu’on peut être une femme et une auteure de BD, ne faudrait-il pas également une BD plus militante ?

    Si, bien sûr... Hélas, l’esprit militant, en ce moment... C’est plutôt la démobilisation et le chacun pour soi. Et puis la période est très angoissante et il y a beaucoup de combats plus urgents que la BD féminine.

    Quels sont vos projets ?

    Survivre. Plus sérieusement, une biographie de Marie Curie, La fée du radium qui va sortir prochainement chez Dupuis. Elle m’a été commandée par José-Louis Bocquet. (je ne suis pas responsable du titre.) Et je travaille a une autre biographie de femme remarquable, Christine Brisset qui a lancé le mouvement d’auto construction après les bombardements d’Angers. Une femme d’une audace et d’un courage peu ordinaire. J’aime assez cette alternance entre projets très personnels et très fictionnels comme L’Inscription, et les... “documentaires”. J’y trouve un bon équilibre.

    Propos recueillis par L. Gianati



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    1er novembre 2011

    "Nous sommes tous des grecs"

    Mikis Théodorakis : lettre ouverte aux peuples d’Europe

    Résistant de la première heure contre l’occupation nazie et fasciste, combattant républicain lors de la guerre civile et torturé sous le régime des colonels, Mikis Théodorakis a adressé une lettre ouverte aux peuples d’Europe, publié dans de nombreux journaux…

    Extraits :

    Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. (…)

    Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.

    Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance.

    Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches.Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes.

    Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire fut le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. (…) Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour.

    Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes.

    Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit.

    Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en Tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.

    Confessions d’un assassin économique :

    http://youtu.be/wcheA9x_-A0



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    1er novembre 2011

    L’inscription, de Chantal Montellier, "une profonde respiration"

    « Inspireeez... Souuufflez », dit notre médecin alors qu’il écoute, au travers de son stéthoscope, nos poumons respirer. En allant du figuratif le plus réaliste (des décors urbains dont elle seule a le secret) à l’iconique le plus abstrait à savoir la lettre et le mot (des pans entiers de planches voire des pleines pages sont allouées à du texte), Chantal Montellier, dans son Inscription, propose une véritable respiration. Une respiration profonde. Et ce qu’elle écoute, ce qu’elle ausculte, ce qu’elle décortique, c’est ce qui au fond a traversé toute son œuvre et dont elle fait ici son sujet : le rapport du réel, de l’imaginaire et du symbolique. On inspire du réel et de l’imaginaire, on expire du sens. La virtuosité graphique de Chantal Montellier, dans la composition de ses planches (qui doivent plus - choses rare dans la BD - au pictural qu’au cinématographique) n’est plus à prouver mais elle atteint son point d’orgue dans l’Inscription où l’on peut voir dans la même image, une représentation des plus réalistes d’un bâtiment administratif dans une rue où, par ailleurs, les passants sont des pictogrammes de toilettes publiques ou de feux de signalisation, le tout agrémenté d’oiseux noirs et symboliques. Inspirez, soufflez...

    « En fait, ton problème, c’est que tu refuses de t’inscrire normalement dans le réel » dit Paul à Caroline Montbrasier qui dès lors, va partir à la recherche de l’inscripteur. Et de notre réel socio-politique, tout y passe. La crise, la surveillance vidéo de Big Brother, la pornographie, crue et totalitaire, ou sa caution intellectuelle. La condition de la femme, la condition de l’artiste (et celle de la femme artiste)... De notre imaginaire collectif également. Alice au pays des merveilles, Les misérables, Les mille et une nuits...

    Quant à ces pans entiers de textes - où s’exprime entre autres la voix narrative - qui ponctuent les complexes compositions graphiques, c’est du courage artistique qu’ils relèvent. Car, regardons autour de nous, dans la littérature et surtout dans la bande dessinée, force est de constater que la voix narrative a disparu. Tout est donné à voir par une focalisation externe (caméra objective) ou une focalisation interne (la perception d’un personnage). Tout se passe comme si, de nos jours, le monde ne pouvait plus être pensé mais seulement vu et perçu. Or, si dans l’inscription une part du récit est donné à voir par les yeux de Caroline Montbrasier, ici et là, en revanche, dans ces longs passages de textes (ou même dans l’utilisation d’éléments graphiques symboliques), la voix narrative émerge, apparaît, se fait entendre. La voix narrative commente et suggère. Elle donne du recul et elle explique. Inspirez, soufflez. Car pour Chantal Montellier, le monde peut et doit se penser.

    L’inspiration, Chantal Montellier connait. Quel beau poème écrit par Caroline Montbrasier et signé C.M. : « Au-dessous du monde, sous le poids des pachydermes en chemises acryliques, œillères sur leurs minuscules yeux myopes, je cherche en vain l’entrée vers le rassurant troupeau gris ». L’expiration sémantique du symbole, Chantal Montellier connaît aussi. Popoll est un parti politique, Popol est le sexe turgescent de la pornographie omniprésente, et c’est à son ami Paupaul que Caro dira « tchao ».

    Et la conclusion, où la petite fille magique et son alter ego Caro (sorte de super héroïne poétique), s’envolent sur le cygne (le signe), est en somme déjà là, dès le début, lorsque la voix narrative dit : « Caro, elle, se presse vers son antre où l’attendent ses livres, ses poètes préférés, et ses chats.. Tout un monde à la fois symbolique, imaginaire et aussi réel, forcément réel.. »

    Bernard Dato



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    1er novembre 2011

    Le salon de Montreuil fait polémique

    Paru sur le site ActuaLitté, les univers du livre : "Jeunesse : Étudiants et jeunes diplômés priés de banquer à Montreuil", un article signé Nicolas Gary.

    Dans 36 jours s’ouvrira le Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis, plus connu sous le petit nom de Salon de Montreuil. L’occasion de découvrir toute la production jeunesse existante, et pour les auteurs, de venir à la rencontre des éditeurs. Oui, mais...

    Pour cette édition, un espace et un pass ’Jeune Talent’ ont été mis en place, dans des conditions qui font hurler de colère plusieurs auteurs. C’est qu’en effet, deux formules sont proposées :

    Pass "Jeune Talent"

    Pour présenter son book à des directeurs artistiques (3 rendez-vous maximum). Mercredi 30 novembre, jeudi 1er, vendredi 2 et lundi 5 décembre. Frais de dossier : 10 euros.

    Pass « Jeune Talent Plus »

    Ce pass comprend l’inscription aux rencontres DA aux dates ci-dessus + 1 worshop conduit par un illustrateur confirmé ou 1 work in progress, pour partager l’expérience d’un artiste ou d’un éditeur inscrit dans la profession. Samedi 3 et dimanche 4 décembre. Frais d’inscription : 30 euros (voir l’intitulé).

    Au choix donc, 10 € ou 30 € pour venir présenter son travail, l’un présentant des frais de dossier, l’autre des frais d’inscription, comme le note justement ActuaBD. De quoi effectivement faire scandale, et pas simplement pour les tarifs pratiqués. Quid des auteurs ’Pas Jeunes Talents’ dans ce cas de figure ?

    De qui se moque-t-on ?

    Pour lire l’article dans son intégralité, cliquer ici.

    Les auteurs de bandes dessinées, entre autres, se sont mobilisés pour dénoncer les débordements du salon du livre jeunesse de Montreuil. Tanxxx, notamment, signe un billet sans ambiguïté sur son "bloug" dans le quel le salon de Montreuil devient "le salon du baise-main". Pour lire son billet, cliquer ici.

    Devant la mobilisation générale, le salon de Montreuil est finalement revenu sur son pass payant à destination des auteurs. Pour en savoir plus, cliquer ici.



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    22 octobre 2011

    Portrait : Chantal Montellier, la BD militante

    Un portrait de Chantal Montellier, enrichi de passages d’entretien avec l’auteur, est à découvrir sur le site Psychologies.com. Si vous souhaitez lire l’intégralité de l’article, rendez-vous sur la page : http://www.psychologies.com/Planete/Portraits-de-femmes/Portraits/Chantal-Montellier-la-BD-militante#2.

    Extrait :

    L’image et l’imaginaire : deux « obsessions » qui habitent Chantal tout au long de sa jeunesse. Une façon de fuir le malheur de sa mère, « qui est née avec trois doigts un peu bizarres. Faute de dessin, en substance ». Enceinte de son deuxième enfant, elle prend soudain peur. Peur de transmettre « un mauvais patrimoine génétique ». A cinq mois de grossesse, elle avorte. « L’enfant, un garçon, était absolument normal. Elle ne s’en est jamais relevée. » Dès lors, difficile, pour Chantal, de s’imaginer, à son tour, devenir maman. « D’autant que les hommes ne m’ont pas non plus trop aidée. Excepté celui avec qui je vis aujourd’hui -un journaliste- qui était plutôt d’accord, mais c’était un peu tard. »

    Aller au bout de la bataille

    Nouvel album : L’inscription (éd.Actes sud). « L’histoire d’une jeune femme qui passe son temps à écrire des poèmes. Et qui va se lancer dans une longue quête afin de s’inscrire dans le réel ... Le plus libre de mes albums... Cette fois je ne suis pas en mission, c’est un livre pour le plaisir ». Pour autant, son crayon, elle n’a pas l’intention de le poser. Elle planche déjà sur deux autres ouvrages. L’un sur Marie Curie. L’autre sur Christine Brisset. Une habitante d’Angers, ville sauvagement bombardée après la seconde guerre mondiale, qui participa activement à la reconstruction des logements. Et aida les plus démunis à retrouver un foyer. « On lui a fait bien des misères, mais elle est allée au bout de sa bataille ». Tout comme Chantal, en somme.



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    12 octobre 2011

    Sur le blog de Renaud Monfourny

    Copyright © 2009 Le photoblog de Renaud Monfourny

    "En convoquant le monde de l’irréalité de Lewis Caroll dans son féminisme et sa critique sociétale à travers le personnage d’une jeune femme artiste, Chantal Montellier englobe tout son univers dans un roman graphique virtuose, L’inscription (Actes Sud BD). L’héroïne, qui a du mal à vivre selon la norme sociale, se trouve confronté à « l’inscription dans le réel » : une plongée onirique très belle."

    Voir le blog de Renaud Monfourny



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    11 octobre 2011

    TLT Toulouse, festival de littérature policière...

    Chantal, à la télévision toulousaine, à l’occasion du festival de littérature policière !

    Si vous souhaitez regarder l’émission, il est possible de la retrouver sur le site de la télévision toulousaine TLT. L’émission s’intitule Le Comptoir de l’info, et Chantal Montellier était invitée sur le plateau le 07 octobre 2011.Lien vers la page de l’émission.



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    4 octobre 2011

    Revue de presse : quelques articles parus sur L’Inscription

    Suite à la parution du dernier album de Chantal Montellier, L’Inscription, les articles de presse se multiplient. Nous avions déjà publié deux d’entre eux à la sortie de l’album, voici la suite de notre revue de presse.

    1) Publié par les Inrocks : "De l’autre côté du miroir : Un roman graphique militant porté par le trait sublime de Chantal Montellier", un article signé Christian Larrède.

    2) A paraître dans la revue Cassandre-HorsChamp : "S’il ne reste qu’une révoltée...", un article signé Valérie de Saint-Do.

    Walter Mitty vivait dans ses rêves. Caroline, l’héroïne de L’Inscription, dernier album de Chantal Montellier, tente de « s’inscrire dans la réalité ». Non qu’elle soit particulièrement attrayante, cette réalité, faite d’exploitation économique et sexuelle, de nivelage des imaginaires et de grisaille gestionnaire. Mais que peut-une jeune femme mi fée Clochette mi Alice au Pays des merveilles, tête dans les étoiles et pieds dansants quelques mètres au dessus du plancher des vaches, lorsque ses (faux ? ) amis lui rétorquent qu’elle n’est pas inscirte dans la réalité ?Caroline va prendre la remarque au pied de la lettre et s’engager dans des démarches auprès d’un « inscripteur » kafkaïen chargé de parquer les moutons noirs dans ce trop de réalité dénoncé par Annie Le Brun.

    Annie Le Brun... La grande poétesse et philosophe réfractaire est l’une des influences de Chantal Montellier, dessinatrice et auteure engagée, qui livre ici un album que l’on serait tenté de décrire comme son plus « personnel »... au risque de tomber dans le cliché. Surtout pas d’autobiographie mais une myriade de clins d’oeil, et une connivence joyeuse avec l’héroïne. L’Inscription, qui ne se résume ni à une BD, ni précisément à un « roman graphique », se caractérise par sa densité, comme si Chantal Montellier avait voulu réunir en un seul livre les révoltes qui jalonnent son parcours, des Damnés de Nanterre à Tchernobyl mon amour, de Sorcières mes sœurs à Camille Claudel. Elle s’est affirmée de longue date comme scénariste autant que dessinatrice, mais là, nous ne sommes ni dans la relecture et l’interprétation d’une actualité tragique, ni dans la biographie revisitée. Elle fait œuvre d’écrivain qui dessine plutôt que de dessinatrice.

    Cela nous vaut un ouvrage très réussi graphiquement, où l’on retrouve les univers qui séduisaient dans Kafka ou Tchernobyl et où les jeux de couleurs et de mises en page renforcent l’opposition entre grisaille bureaucratique imaginaire poétique du personnage. Mais aussi, mais surtout, une œuvre dans laquelle elle ne craint pas d’écrire, de détailler une pensée et qui synthétise les combats de l’auteur, résolument et définitivement enragée et engagée, du côté des réfractaires, des exploités, des femmes et, surtout, d’un imaginaire toujours redoutable au despotisme.

    3) Publié sur le site Fluctuat.net : "Alice au pays des emmerdes", un article signé Marie-Andrée de Saint-André.

    Un peu déphasé ? Et si vous alliez vous inscrire au bureau du réel ? Direction la mairie la plus proche de votre domicile. Dans L’Inscription de Chantal Montellier, l’héroïne Caroline Montbrasier va s’efforcer de se réinsérer au sein du monde concret. Pas facile pour cette poétesse qui a écrit les quelques lignes ouvrant l’histoire : "Je suis le coléoptère nocturne une âme en quête de lumière, ailes battantes, coeur transpercé, épinglé au vide."

    Caroline n’adhère pas vraiment aux contingences matérielles. Elle ressemble à Alice au Pays des Merveilles. Sauf que dans le réel, elle a plutôt l’impression d’être Alice au Pays des Emmerdes. Même avec la meilleure volonté du monde, il n’est pas si facile de se confronter à la norme. Vidéosurveillée, harcelée de questions par son inscripteur, sadisée par ses employeurs, suppliciée par les regards que posent sur elles certains hommes, Caroline finira pourtant par trouver un job : répondre à des appels porno chez Mediasex. Entre temps elle aura croisé la bignole, un éditeur et des politicards lubriques...

    La narration avance comme une descente aux enfers, fortement structurée en huit chapitres, qui sont autant d’étapes sur son chemin de croix. Difficile de survivre dans cette rance aux rançais. Les marges contestataires sont étroites et le porte-parole du Parti Obertiste pour l’Ordre Libéral Libertaire louche salement. Chantal Montellier a un trait précis, hyperréaliste. Exception faite de Caroline, les portraits de ses personnages sont féroces. Ils évoquent parfois des personnalités connues, sans que le lecteur y perde en compréhension. La ligne claire, à la Crepax, souligne à merveille les visions cauchemardesques et psychédéliques de l’héroïne. Ses couleurs sont froides : des bleus, des violets, des verts, des gris toujours en aplat, qui renforcent l’onirisme et la dimension symbolique de l’album. Autre point fort : l’inventivité du cadrage, son imbrication avec le texte. A chaque page surgit une nouvelle trouvaille, qu’il s’ agisse d’un texte en vrac comme vomi sur la page ou de lettres volantes.

    Chantal Montellier, poursuit les thèmes obsessionnels d’Odile et les crocodiles, réédité chez Acte Sud. Le registre est néanmoins différent : Odile arpentait des squats et les abords glauquissimes d’un canal, Caroline passe d’un bureau à un autre, dans une atmostphère qui fait référence à Lewis Carroll. Les dessins de John Tenniel, l’illustrateur d’Alice au pays des merveilles sont d’ailleurs inclus dans certaines pages. Les traits hachurés de ces vignettes du XIXème contrastent avec ceux de Montellier. Le passage de l’un à l’autre est sophistiqué, et la petite Alice, sorte de double de Caroline, volette auprès d’elle comme une fée clochette jusqu’à la dernière page. Le chat et les lapins blancs sont aussi de la partie dans cette histoire enchâssée, dans laquelle on retrouve bien d’autres références littéraires, moins prégnantes. Depuis la phrase de Breton placé en exergue jusqu’au livre de Pouchkine lu par Caroline. Comme si l’art pouvait nous aider à traverser le miroir, à supporter ou juste à mieux comprendre le monde tangible qui nous entoure. Et si la réalité était notre pire cauchemar ?

    4) Publié sur le site ActuaBD : "L’Inscription".

    Redevenue très active dans le domaine de la BD, Chantal Montellier signe un roman graphique à l’esprit très 1970, qui évoque les fictions balançant entre enfer et évasion, telles que Alice au pays des merveilles, 1984, Brazil ou même le S.O.S. Bonheur de Van Hamme et Griffo. Parfois très chargé mais brandissant une belle audace graphique.

    Intrigante, cette « inscription »... Mais dans quel monde Chantal Montellier nous entraîne-t-elle ? Celui d’une société, parfois très proche de la France des années 2000 (vous savez : « Travaillez plus »...), parfois semblable à une époque ancienne, pleine de convenances sclérosantes. Soit Caroline Montbrasier (initiales CM, ça ne vous rappelle rien ?) et son questionnement lancinant : il faudrait travailler, trouver une place dans la société, montrer sa bonne volonté. Une solution : l’inscription. Une sorte d’entretien personnalisé visant à connaître ses qualités, puis un travail stable... Mais Caroline s’aperçoit qu’on l’a piégée, et que les propositions du rond de cuir de service n’ont rien de respectable. Animatrice de service de téléphone rose. Quelle réussite !

    Pour arriver à ce cauchemar loufoque et haut en couleurs, Montellier, fidèle à son inspiration poétique et politisée (Mai 68 est toujours en filigrane), passe par de multiples étapes. L’héroïne navigue du rêve au réel, échange avec des personnages tantôt concrets, tantôt venant de classiques de la littérature. Plusieurs fois, Lewis Carroll fait irruption dans le récit avec ses légendaires personnages de l’univers d’Alice. Régulièrement, le spectre du président français Sarkozy émerge, l’occasion de séquences ironiques bien amenées.

    Certes, suivre le fil d’un album aussi dense n’est pas toujours évident. Cependant, les couleurs finement distillées et une mise en page très dynamique et pleine de surprises donnent un joli tonus à L’Inscription. Et il est assez roboratif de croiser une inspiration d’une telle liberté, joyeusement contestataire et qui proclame sans fausse pudeur son ancrage à gauche.

    5) Publié par Ouest France :

    “Caroline Montbrasier est poétesse. Elle vogue loin des rives de la réalité, telle une Alice aux pays des Merveilles. Le rêve est sa raison d’être, mais à force de ne plus toucher terre, elle finit par se demander à quoi ressemble le monde réel. À la mairie, il y a un service pour y adhérer. Caroline rencontre alors “l’inscripteur”, un maniaco-pervers qui écrase son esprit libre, la rend mouton, lui trouve un vrai boulot : faire l’amour au téléphone… On retrouve ici la verve de Montellier, la densité graphique. L’auteure interroge la réalité et la société qui flingue ses rêveurs. Haletant.” Loïc Tissot

    6) Publié par Thomas W. sur le site Alternative libertaire :

    Bande dessinée : Chantal Montellier, « L’inscription »

    L’imagination a toujours été l’ennemie du pouvoir. Les images, les mots aussi. En tout cas ce n’est pas du goût de l’inscripteur du réel qui s’occupe de Caroline Montbrasier. Car cette jeune femme aime flâner, écrit des poèmes, tente de mener sa vie comme elle l’entend mais se laisse persuader par un ami psy de s’inscrire dans le réel. Mais qu’est-ce que le réel ?

    Finies la rêverie et l’insouciance, la vie doit être organisée, réglée. Le plus important étant de suivre les horaires. Peu importe lesquels du moment qu’on les respecte. Puis l’autorité, c’est important l’autorité sinon tout partirait à vau-l’eau.

    Notre héroïne avait déjà bien à faire entre les nazillions de son quartier et cette république du travailler plus pour gagner plus où le portrait de son président resplendit sur tous les murs. Elle avait peut-être déjà de quoi s’occuper avec son loyer et les bobos révoltés qui lui promettent la révolution juste pour la peloter. Elle avait sûrement mille choses à découvrir avant de devoir se plier aux désidératas de l’inscripteur. Ce dernier, maniaque de la vidéosurveillance et pervers explique à Caroline qu’il lui faut un travail pour pouvoir commencer à s’insérer dans le réel. Puis qu’elle change d’attitude, qu’elle reste à sa place, qu’elle se maquille pour commencer. S’inscrire dans le réel implique de coller à l’image que les autres ont de nous, lui souffle l’inscripteur. Un travail, mais un travail qui lui correspond.

    Bien sûr que non, ce ne sera pas en rapport avec la poésie – quoique…– puisque ce sera le téléphone rose version cradingue. Une vraie expérience sexuelle par téléphone, un service utile à la société, un job de rêve, quoi.

    A la manière du protagoniste principal du Procès de Kafka, elle se débat dans un dédale d’obligations idiotes et d’humiliations permanentes, où bureaucratie et hiérarchie sont juges et jurés dans cet étrange procès. Et la peur mène son terrible réquisitoire contre l’imagination.

    Malheureusement pour elle, ce sera l’occasion, pour nous, de croiser des pseudo-révolutionnaires, des psys condescendants, des femmes chefs d’entreprise qui pratiquent la discrimination positive avec ferveur, des artistes pervers, et la liste des faux amis est encore longue.

    La misogynie sociale redouble de combativité pour rivaliser avec le conformisme enthousiaste qui règne dans cette société – pâle copie de la nôtre, semble indiquer le patronage de l’œuvre de Lewis Carroll. L’entrée de Caroline dans le réel démarre comme celui d’Alice, un cauchemar sans fin.

    Débordant de trouvailles et d’innovations dans la mise en page et la mise en scène, l’auteure des Damnés de Nanterre et de Tchernobyl mon amour lutte à sa manière contre la peur de l’imagination. Sans donner de leçon, ce songe nous pousse à regarder de notre côté du miroir. Sommes nous tous inscrits dans le réel ? Mais chacun à sa propre expérience et en fera ce qu’il voudra.

    Tragédie, au sens du théâtre de l’absurde, cette fable hors du temps, nous est terriblement familière. Protéiforme, la bande dessinée se prête admirablement à l’exercice poussant la narration dans toutes les directions. L’emprunt, la citation et les multiples références – implicites ou non – servent la réflexion sur l’imagination ; la création appelle-t-elle la création comme l’argent appelle l’argent ?

    Évitant le piège de la critique, l’album repose sur l’humour intrépide pour amorcer de lui-même la satire. La peur de l’imaginaire dans l’idéologie dominante est réelle, elle, et il n’est pas anodin de se repencher de temps en temps sur la question.

    Chantal Montellier nous livre un de ces récits les plus aboutis, qui résonne comme une clef idéale pour aborder son œuvre où les thèmes sociétaux et contemporains n’ont jamais été incompatibles avec l’imagination. N’oubliez pas quand même de remplir votre bulletin d’inscription à la fin du livre – on ne sait jamais.

    Thomas W.

    Chantal Montellier, L’Inscription, Actes sud, 128 pages, 22 euros. Sortie le 7 septembre.



    Forum

    22 septembre 2011

    La bande dessinée "girly"

    Membre du jury de l’Association Artémisia, je ne peux que constater la mode qui depuis plusieurs mois caractérise la bande dessinée féminine : la bande dessinée dite "girly", qui s’inspire en particulier des bandes dessinées de Pénélope Bagieu. J’ai été interpelée à ce propos par la réaction et les commentaires de l’auteure de bandes dessinées Tanxxx sur son blog "Des croûtes aux coins des yeux". Je retranscris l’intégralité de son texte ci-dessous, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu.

    En tant qu’auteure de bandes dessinées, il me semble en effet important de signaler, et de dénoncer, un phénomène de mode dont se sont emparés les éditeurs, qui non seulement enferme la bande dessinée féminine dans une série de stéréotypes et de mécanismes peu propices à l’émergence d’oeuvres originales et marquantes, mais qui par ailleurs diffuse, sûrement sans arrière-pensée (mais tout de même), des clichés rétrogrades sur les femmes. En effet, dans les albums dont il est question ici, les jeunes femmes sont : 1) pour la plupart obligatoirement minces et jolies ; 2) absolument et irrémédiablement dingues de mode et de shopping ; 3) certes drôles et piquantes, à l’image d’une Bridget Jones, mais aussi maladroites et très dépendantes de "leurs chéris", qui discutent sport, voitures et politique, pendant qu’elles anticipent leurs prochaines courses avec leurs copines. L’image de la trentenaire branchée, qui ne s’habille qu’en couleurs pastels, devient ainsi la nouvelle condition féminine idéale, trop "hype".

    Ces bandes dessinées sont parfois agréables et drôles, quand elles sont réussies, tout comme peuvent l’être les séries télévisées à l’eau de rose ou les comédies romantiques américaines. Cependant, il est troublant et irritant de constater qu’elles ont envahi le marché de la bande dessinée féminine, laissant peu de place à des oeuvres plus intéressantes et ambitieuses. Sur le site Fluctuat.net, vous pouvez retrouver à ce propos un article intitulé "Le guide anti-Pénélope Bagieu. Comment survivre à la bd girly", qui propose quelques lectures alternatives. Je retranscris ci-dessous le contenu de l’article.

    Il est temps de prendre conscience, en tant que créateurs, en tant qu’éditeurs et en tant que lecteurs, de la perversité de ces bandes dessinées légères qui, sans autre ambition que de distraire les lectrices par quelques niaiseries, cache la créativité de la bande dessinée féminine, et enferme les lectrices dans une image faussée, stéréotypée et drôlement perverse, de la féminité.

    Chantal Montellier et Florie Boy

    L’article de Tanxxx : "Les pétasses, l’abêtissement et les éditeurs".

    Si j’ai des héroïnes, elles sont comme Louise Michel, ou Frida Kahlo, ou une de ces chieuses comme les cons aiment appeler les femmes qui se laissent pas monter sur les pieds par eux.

    Bon, tout le monde ne peut pas être Louise Michel, je vous le concède. Mais entre Louise Michel et Pénélope Bagieu, il y a tout de même un putain de monde, bordel, alors pourquoi les éditeurs s’acharnent-ils à publier des greluches décervelées qui causent de leur dernière jupe à la con ? Ça fait un sacré bout de temps que je fulmine en voyant la énième coconne à sortir un bouquin sur ses talons et ses recettes de cupcakes dont tout le monde se branle. Aujourd’hui, ça a été la goutte d’eau, à la lecture de cette chronique merdique à propos de cette daube infâme. Et quand on lit ce genre d’horreur, je suis désolée, je peux pas rester là à rien faire, les bras ballants, abasourdie par tant de connerie. T’uses pas avec ces trucs, me dit-on, mais MERDE.

    M E R D E .

    C’est quoi, cette putain de mode de publier n’importe quelle débile qui a appris à dessiner y’a deux jours entre deux macarons ? c’est quoi cette manie de vouloir à tout prix SA pétasse qui n’a rien à dire de plus que hihihi c’est tro chanmé j’ai des louboutins ? Mais nom de dieu, c’est quoi ce putain de retour en arrière géant qu’on veut nous faire subir, au juste ? Fluide Glacial va jusqu’à faire un magazine tout exprès pour ces cohortes sur talons hauts, toutes prêtes à bosser dans un sous-fluide, et, ma main au feu, pour moins cher que dans le « vrai fluide » (ho oui, il y a fort à parier, on m’avait proposé un genre de super plan équivalent il y a des années de ça, ce à quoi j’avais répondu par un joli doigt). Et j’en entends pas une seule s’élever contre ça. Pas UNE, putain ! Et quoi ? nous autres, femmes dessinatrices, on est condamnées à être publiées dans des trucs de gonzesse débile, à causer de mascara, dans un ghetto bien loin des vraies éditions qu’on propose par ailleurs ? Ah elle est chouette, l’avancée, on est passées de coloristes à chroniqueuses de mode, chapeau bas. Ah oui si il nous reste le « journal intimiste », de préférence de cul , sans doute dans une collection « spécial filles ».

    SPÉCIAL FILLES, MON CUL.

    Longtemps, j’ai ri devant ces éditeurs qui publiaient ces trucs. Maintenant ça ne me fait plus rire, plus du tout. Je suis furieuse de voir tous les jours, TOUS LES JOURS, une nouvelle nana qui gribouille sortir un bouquin. Un livre : un éditeur, un maquettiste, avec un peu de chance un correcteur, avec beaucoup un chef de fab, du papier, de l’encre, un imprimeur, un distributeur, un libraire, un client, tout ça pour un machin strictement dénué d’intérêt. Ho bien sûr, si ce genre de truc permet d’éditer à côté des bouquins ambitieux, plein d’invention, beaux, intéressants, drôles, fins, OK, pas de problème ! Mais non. Non. on cherche encore la nouvelle Margaux Motin à publier, on en a rien à foutre des bouquins. Strictement rien à foutre. On est là pour vendre un produit bas de gamme à des clients bas de gamme. Toujours, toujours, ad nauseam. et de vrais auteurs crèvent la dalle à côté, crèvent de faire des trucs intéressants, parce que c’est « pas assez linéaires », ou « pas assez joyeux », ou « trop tordu », ou que sais-je encore. Et je n’ose pas m’imaginer aller voir un éditeur qui a cette vision là des femmes, plutôt crever. Et je m’étonne qu’on me prenne encore pour une lesbienne !

    Allez vous faire foutre, avec vos talons à la con, vos macarons glucosés, votre féminisme dans les chaussettes et vos bédés de merde.

    [EDIT] je rajoute ce que je viens de mettre en commentaire, parce que il faut tout expliquer, sous peine de voir les gens s’engouffrer dans le moins creux de son argumentaire qui n’en est d’ailleurs pas un, avec une mauvaise foi évidente. Je reprends donc :

    Heureux les imbéciles, aussi, qui croient qu’il n’y a plus de combats féministes à mener. Le propos de ces greluches, que je nomme, oui, et j’aurais pu en lister une sacrée tripotée, est éminemment dangereux dans la mesure où il véhicule les pires clichés sur la gonzesse uniquement préoccupée par les fringues, son poids ou le bonheur de son petit mec, pardon, son « HOMME », éthérée, idiote, en somme. Si les Margaux Motin ou Diglee, ou Penelope Bagieu, ou leurs imitatrices -encore plus déplorable- avaient une once de réflexion sur un quelconque sujet ou une façon décalée et intelligente de dépeindre le monde, ça se saurait, et là je parle uniquement de ce qu’elles donnent à voir. Je ne dis pas qu’ELLES sont bêtes, je dis que leur travail reflète la bêtise. Et une bêtise qu’elles ne voient même pas se retourner contre elles, et contre nous toutes. Les éditeurs sont avides de publier ce genre de connerie, ce n’est pas une vue de l’esprit, les fluide G, les collections, les buzz autour de trucs insignifiants, c’est justement très significatifs. Je m’en fous, qu’on parle de godasses ou de cupcakes, ce que je trouve en revanche TRES GRAVE c’est que l’image que ça renvoie des préoccupations des femmes, que ce soit pour elles ou pour tout le monde, c’est extrêmement rétrograde.

    Alors oui, il s’agit d’un combat féministe et là où il doit y en avoir un, et je ne suis pas une chienne de garde, pourtant, loin s’en faut. Et depuis quand y’a des endroits où il ne faut pas de féminisme, d’ailleurs ? qui décide quel combat mener ou pas ? On va encore nous dire de suivre les ordres d’un mec qui décide quel combat est digne d’intérêt ?! Laissez moi rire !

    Ta réaction me fait peur, cher lecteur, aussi, dans la mesure où tu ne vois même pas ce que ce genre de discours, véhiculé par ses victimes mêmes, est dangereux, et qu’il amène à s’enfoncer toujours, encore plus dans cet état d’esprit so 40′s tellement charmant. A force de dire que ceci ou cela n’est pas si grave, regarde un peu dans quel putain de monde on vit, voire si c’est toujours aussi dérisoire, ces « combats d’arrière garde ». Mis bout à bout, ces petits combats ridicules pas menés nous ont justement amenés dans un splendide petit 4ème reich déguisé en démocratie. Pardon, le IIIème Reich était une démocratie. Qu’on ne me balance pas de point Godwin.

    Je m’énerve sur ces publications, parce que c’est de l’abêtissement, par la femme et pour la femme, dans un monde éditorial tenu par des mecs (ha oui je ne connais que très peu d’éditrices, tiens, les autres sont secrétaires, sous chef, correctrices, mais jamais grand chef), ce qui en dit long sur leur putain de vision des femmes, et ça les amuse tellement, ces jolies idiotes qui remuent du cul pour avoir un bouquin. Comment résister à un si joli derrière ? Désolée, mais ça fleure bon le paternalisme : relisez les résumés, sur les sites des éditeurs, ce regard condescendant, touchant, d’un papa sur fifille un peu concon qui a les nichons qui poussent, ça me fait pâlir d’horreur. J’étais aussi très très surprise de voir ça à la boite à bulles, je pensais Vincent Henry exigeant, et je suis on ne peux plus désolée de constater qu’un éditeur qui faisait encore son travail avec amour, et bien, s’est laissé charmer par les sirènes d’un profit facile au prix d’un livre de merde. Ça, c’est très triste. Sans même parler du fait qu’il se tire une belle balle dans le pied avec cette goutte d’eau qui fait déborder les vases de tout le monde, le pauvre. C’est décidément très, très triste.

    Sur mon supposé saphisme > on me le dit très souvent, voir à chaque fois, ou on me le fait comprendre, que je « suis lesbienne ». Parce que oui, certes, je n’ai pas l’allure d’une pin up, je me conduis en garçon manqué, je jure comme une charretière, je bois de la bière par litres. Et je gueule, surtout, c’est ce qui fait dire à un paquet de gens que je dois « être de l’autre bord ». Imaginez un peu ce que ça sous entend : une vraie femme ferme sa gueule, une lesbienne n’est pas une vraie femme, une femme doit se comporter comme l’image d’épinal qu’on a de la femme, si tu prends pas particulièrement soin de toi, t’es pas une femme, etc, etc. Les gens ne se rendent même plus compte qu’en réfléchissant avec de si gros raccourcis, ils continuent à véhiculer d’énormes clichés sexistes et homophobes de surcroit. Et ça vient parfois, assez souvent même, de personnes qu’on ne soupçonnerait pas être aussi manichéennes. Attention, femme qui ouvre ta bouche : tu es lesbienne ou moche ou vieille fille. Une femme canon et hétéro n’a jamais à se plaindre de son sort, puisqu’elle vit avec un homme (le bonheur !) et elle est joli (la chance !), et que ça suffit pour avoir une vie de femme bien remplie.

    Parlons en, d’avancées sociales, tiens.

    Et j’ajoute que, pour voir un peu si il existe des combats féministes d’arrière garde, d’aller lire les Entrailles de Mademoiselle, ça vous fera la bite.

    [re EDIT] Woaw, je pensais pas remuer autant de vase avec mon article, bien. Bien, dans le sens où au moins on se sera interrogé sur tout ça. Pas bien, dans la mesure où certaines réactions ne font qu’aller dans le sens de ce que je dis : un terrible retour en arrière, et ces réactions sont malheureusement féminines pour la plupart, et ces femmes n’ont pas bien lu ce que j’ai écrit, ou l’ont interprété de travers.

    Sur le fait que mes notes ne sont “pas mieux dessinées que celle de Margaux Motin et que je devrais fermer ma gueule”, ce que je fais n’est pas la question ici, et c’est dévier le débat pour ne pas l’affronter et se poser les vraies questions. C’est dire regardez au nord quand on désigne le sud, comparer la choucroute et le cassoulet.

    Sur le fait que à quoi bon s’attaquer à ça, ce n’est qu’un effet de mode passager : ce n’est effectivement “que ça”, malheureusement une mode débile en suit une autre, et ce sur quoi je voulais insister c’est que c’est symptomatique de quelque chose de plus vaste et effrayant : le retour en arrière d’une société tout entière. Je n’ai rien contre la frivolité, au contraire, mais il y a l’art et la manière d’être frivole, il y a mille façons d’être frivole. C’est certes peut-être un détail, ces éditions, mais ces réactions reflètent une fois de plus la croyance tenace que les choses sont indépendantes les unes des autres, quand elles sont au contraire imbriquées les unes dans les autres.

    Sur le fait que je n’ai pas d’humour ou que je “me prends la tête” : je n’ai rien contre les livres d’humour, ou la légèreté, bien au contraire, je trouve que c’est un genre trop souvent sous estimé. Mais dans ce que j’ai vu du travail (“travail” !!) de Myriam sur son blog, je n’ai pas vu d’humour. J’y ai vu des considérations ras les pâquerettes sur le shopping, des “gags” franchement plats, je n’y ai pas vu d’autodérision, mais du consumérisme et de la bêtise. Rien de décalé, rien d’acerbe. Oui, c’est drôle, mais pas comme on le voudrait, ça fait rire jaune : c’est drôle, parce que ça montre toute l’étendue des dégâts dans l’édition aujourd’hui et de ce qu’on propose comme « culture ». Et justement, je connais les livres de la Boite à Bulles, et c’est ce qui m’a fait enrager encore plus. Je ne parle que du propos, ici, je ne parlerai même pas de dessin, pour moi ce n’est même pas du dessin, c’est du foutage de gueule. La typo est à hurler, le trait est inexistant, les couleurs à vomir. Non pas que je sois une ayatollah du dessin virtuose, loin de là, mais dans ce dessin là, il n’y a rien. Rien, le néant. je n’ai pas trouvé ça léger et délicieusement frivole, j’ai trouvé ça horriblement bête et laid.

    Et, surtout, on peut dans le même temps, apprécier la légèreté et se poser des questions, ces deux choses ne sont pas contraires, et il me parait assez dangereux de vouloir les opposer. Il y a des choses intelligentes et drôles, des livres incroyablement réfléchis ET hilarants, vouloir opposer l’humour et la légèreté à la réflexion est profondément choquant, mais finalement ça s’inscrit complètement dans l’air du temps, où une appli Iphone “pet” fait fortune. Idiocracy, nous voilà !

    Sur le fait que apparemment je n’estime que les femmes qui me ressemblent : Je n’ai jamais dit que toutes les femmes devaient me ressembler, je ne porte pas de talons, mais pourrait en porter, je n’en ai rien à faire de ce que portent les femmes, ce n’est pas ce qui compte à mes yeux. En revanche, ce dont je n’ai pas rien à faire, c’est que des nanas ne se racontent QUE par ce biais et laissent croire qu’elles ne vivent que pour leur carte bleue ou leurs nouvelles pompes… Ce que je dis, c’est que PARCE QUE je suis comme ça, on me renvoie les pires clichés sexistes et homophobes, il y a une sacrée marge.

    Je ne suis que moi, ni théoricienne, ni chef de file, ni harangueuse, mais je dis ce que je pense, comme je le pense. Je ne suis pas nuancée parce que ce qu’on nous donne en pâture ne l’est pas. A la bêtise je réponds par la colère, et je ne changerais pas iota de ça, c’est ce qui me fait avancer. La colère est une chose salutaire, et dans un monde qui utilise à tout bout de champ des périphrases, des oxymores, des euphémismes et la langue de bois pour divulguer des idées horribles et fascisantes, il me semble qu’on devrait justement sortir un peu plus souvent l’artillerie lourde. Vincent Henry me dit que mon article était insultant, ce à quoi je réponds que l’insulte est bien moindre que celle constituée par son livre, pour tout le métier, toute la chaine du livre, de l’auteur au lecteur, et toute personne se sent concernée.

    Alors non, je ne suis pas nuancée, c’est comme ça.

    L’article paru sur le site Fluctuat.net : "Le guide anti-Pénélope Bagieu : Comment survivre à la bd girly".

    Lectures alternatives pour survivre à la bd girly et à tous ses clichés

    Dialogue entre un garçon et une fille photoshopés, assis en terrasse : « - Hé, t’es vierge ? - Non, je suis scorpion ». Fin du strip. Un strip comme il en pleut par centaines sur les blogs de bd girly, des Pénélope Bagieu et consorts. Les éditeurs ont flairé le filon : désormais, ces gribouilleuses ont l’honneur du papier. Ça met Tanxxx en colère : sur son blog, la dessinatrice dénonce cette mouvance de la bd qui, sous prétexte d’autodérision, tire sans complexe l’image de la femme vers les pires clichés (sexe, shopping, shopping...). Elles sont pourtant nombreuses, les nanas à griffonner autre chose que des scènes façon sitcom ! Voici notre sélection de lectures alternatives, pour survivre à la bd girly niaise et aux clichés qui vont avec. Tanxxx, la dessinatrice d’Esthétique et filatures, a poussé un sacré coup de gueule dans un billet au titre éloquent : « Les pétasses, l’abêtissement et les éditeurs ».

    « C’est quoi, cette putain de mode de publier n’importe quelle débile qui a appris à dessiner y’a deux jours entre deux macarons ? c’est quoi cette manie de vouloir à tout prix SA pétasse qui n’a rien à dire de plus que hihihi c’est tro chanmé j’ai des louboutins ? Mais nom de dieu, c’est quoi ce putain de retour en arrière géant qu’on veut nous faire subir, au juste ?

    Pour Tanxxx, ça relève d’un devoir féministe : il faut dénoncer l’univers bd des « greluches décervelées qui causent de leur dernière jupe à la con ». Est-elle trop extrême ? Si elle se fait remarquer par la virulence de ses propos, (« Allez vous faire foutre, avec vos talons à la con, vos macarons glucosés, votre féminisme dans les chaussettes et vos bédés de merde »), Tanxx est pourtant loin d’être la seule à en avoir sa claque. Chantal Montellier, fondatrice du magazine Ah ! Nana, la première revue BD hexagonale faite par des dessinatrices, vient de publier L’Inscription aux éditions Actes Sud (lire la critique de L’Inscription). Caroline, son héroïne, n’arpente pas les boutiques ses bras chargés de ses achats mais cherche un emploi. Il faut qu’elle s’inscrive au bureau du réel et réponde à la batterie de questions d’un recruteur. Moins glamour que de livrer sa dernière recette de cupcake. "La BD girly, nous dit la dessinatrice, est dans la même case que les revues de mode. C’est une bande dessinée très idéologique malgré soi : le consumérisme, une femme calibrée, le jeunisme et puis une certaine forme de "on va pas se prendre la tête". On cultive l’insoutenable légèreté de l’être insignifiant."

    Et si la bd girly, aujourd’hui omniprésente dans les catalogues d’éditeurs et sur les présentoirs des libraires, venait à faire de l’ombre à une autre bd féminine de qualité, moins légère et moins insignifiante ? Il est grand temps de rappeler que lire de la bd de qualité faite par des filles, sans blogopouffer avec tous les ersatz de Péné, c’est possible.

    Où sont passé les working girls ?

    « - Arg, j’ai mangé trop de glace. - Tu sais quoi demain, on va rien faire. On va même pas manger. - C’est drôle y a rien qui me fatigue plus que de manger. »

    A en juger par la vacuité de leur conversation et le temps qu’elles ont à y consacrer, les héroïnes des bd girly doivent être toutes rentières. Heureusement qu’il y a d’autres filles, comme celles d’Anna Sommer et d’Anne Baraou dans Quadrature, qui sont bien obligées de surveiller leur compte en banque. Les filles de Quadrature doivent se coltiner leur repassage de la semaine tout en rêvant de leur prochaine fête entre amis. Et rien que l’énumération de leurs aspirations aère le cerveau. Elles hésitent, comme la plupart des femmes , entre voyager, un bon restaurant, piquer le boulot de leur chef, s’acheter une robe - c’est possible aussi - ou faire un enfant. Elles savent ce que signifie un emprunt immobilier. Ces filles racontent le soir des histoires à leurs enfants, elles sont en retard à leur boulot le matin. Elles se regardent devant leur glace, mais passent aussi beaucoup de temps devant leur ordinateur. "Nous étions un peu grinçantes. Nous avons été remplacées par du girly léger, creux et oubliable", constate Anne Baraou.

    Exception faite de quelques tentatives plus ou moins réussies , comme celle de Yatuu qui dans "Moi, 20 ans diplômée, motivée, exploitée !" décrit son expérience de stagiaire surexploitée dans une agence de pub, les poupées girly ont bien du mal à s’ancrer dans le réel, vantant plutôt leur temps de glande sur Facebook au bureau que leur combat quotidien pour gagner son pain.

    I Love my body, F*** my brain !

    « Je suis super sexy quand je suis chiante. »

    Les héroïnes girly peinent tout autant à se geekiser… Les ongles longs se cassent-ils au contact du clavier ? Trop scruter un écran fait-il couler le mascara ? Et puis ces mèches de putafrange qui n’arrêtent pas de tomber sur les yeux… Un peu moins lisses, beaucoup moins pouf, les corps représentés par Julie Doucet dans son Journal. Chez Tanxx, si les filles ont des ongles d’un rouge éclatant, elles n’hésitent pas à faire des doigts au détour d’une case. Elles peuvent se rouler par terre un flingue à la main, dézinguer les intrus à la chevrotine, ou lever la jambe dans un french cancan enfiévré et laisser voir à travers leur jupon une jambe de bois. Elles fument, elles tirent la langue, elle louchent, elle râlent, leurs dents du bonheur sont vraiment de travers. Et si elles ont un œil au beurre noir elles ne le doivent pas à la dernière tendance charbonneuse de la collection eye-liner automne-hiver, c’est plutôt qu’elles se sont battues à la fin d’un concert. Trash, mais classe quand même, car ces silhouettes sont soulignées par un trait parfait dans la tradition du Burns de Black Hole.

    Les filles de Tanxxx peuvent même avoir des colliers de cernes sous les yeux si elles ont cumulées les nuits blanches. Le miroir qu’elles nous tendent n’est pas le même que celui d’une Mimi Stinguette (Myriam Rak, La Boîte à bulles). Pourtant nous sommes loin du cabinet des curiosités : non ce ne sont pas des freaks, juste des filles de leur temps qui s’éclatent autrement..

    Les filles des girly BD restent figées dans leurs clichés. Sans sortir de leur salle de bains, elles se caressent le nombril et s’auto-analysent jusqu’à la nausée. Il faut dire que le traumatisme est de taille : papa est autoritaire, maman trop possessive. Pour les relations familiales plus complexes ou douloureuses, on ira voir ailleurs. Chez Debby Drechsler par exemple, qui dans Daddy’s Girl nous donne une vision noire, tragique et distanciée de sa relation incestueuse avec son père.

    Camille Jourdy, dans Rosalie Blum, sait quant à elle donner de l’épaisseur à ses personnages, nourris par leur passé. Rosalie est solitaire, Aude passe la majeure partie de son temps chez elle dans une oisiveté un peu mélancolique, et Vincent se trouve coincé entre son père et sa mère. Chez Jourdy, la précision des détails permet d’échapper aux stéréotypes. Les personnages déclinent leurs identités avec subtilité, évoluent et tentent de s’en sortir. L’horizon d’un salon de coiffure les ramène toujours à la réalité.

    Le contraire des bonnes filles à papa, définitivement infantilisées, qui se rêvent ethnologues du fond d’un divan (voir Margaux Motin) dont elles ne sortiront sans doute que pour servir des macarons quelques années plus tard. Les poupées girly passeront du mojito à la coupe de champagne. Futures bobos, elles tiendront salon sans avoir quitté les quais du canal de l’Ourcq. Canal d’ailleurs croqué à la va vite et aussitôt posté sur leur blog.

    A nous les garçons

    « - Et en plus il est super intelligent. C’est important chez, un mec . - T’as trop raison ! - En fait il l’est tellement que la plupart du temps je comprend pas ce qu’il dit. »

    Avec un peu de chance, elles y auront croisé depuis longtemps l’homme de leur vie. Parler des garçons étant une activité à temps plein pour une Pauline Perrolet par exemple. Pourquoi pas ? Nine Antico aussi raconte des aventures sentimentales, mais en montrant les zones turbulentes de ses relations. Depuis Le Goût du Paradis aux traits hachurés en noir et blanc, Antico nous parle de sexualité et d’interdit. Les stars de porno disparues comme Linda Lovelace flottent toujours en arrière plan, tandis que se bousculent ses souvenirs de lycées, de bulletins scolaires, la piscine, les premiers baisers. Les filles de son dernier album, Girls don’ t cry, ont grandi. Elles n’en sont plus à leur première fois. Avec leurs couleurs survitaminées, elles ne manquent ni de peps, ni de formes, ni de cervelles. Avec finesse, elles racontent par exemple la déception de se retrouver un matin dans le lit de quelqu’un qu’on a pas vraiment choisi. L’art de l’ellipse nous laisse imaginer la suite.

    La veine réaliste n’est d’ailleurs pas la seule explorée par les dessinatrices : chez Marion Fayolle les hommes sont mis en pièce, livrés à son imaginaire à la fois cruel et surréaliste. 
Si les girly girls sont elles aussi rêveuses, leurs rêves sont nettement plus étriqués. Rien à voir avec ceux d’une Petula Peet dans Mambo de Claire Braud. Vivant entre une statue d’ours qui a toujours la larme à l’oeil et un tigre câlin, cette fille sensuelle et loufoque peut très bien s’éprendre d’un chauffeur de bus tout en étant amoureuse d’un cavalier, sans manquer d’ accueillir chez elle un agent d’état qui ne demande qu’à l’aimer...

    Les filles, ça dessine au pastel ?

    " - Mon cher journal, j espère juste ke ca se retrouvera pas sur youtube. "

    Pourquoi perdre son temps à bien dessiner un imaginaire original ? A peine esquissé, à peine colorié, à peine scénarisé : la qualité du dessin des BD girly est bien ce qui fait le plus grincer des dents. Thomas Gabison, qui s’occupe du secteur bd d’Actes Sud, a constaté cette évolution négative : "Depuis l’arrivée des blogs, il y a 5 ou 6 ans, le media n’est pas important. Il y a un manque de respect du lecteur, comme sur Facebook. C’est de la BD pour passer le temps. Pourquoi avoir recourt à une belle image ? La pub ne créée plus d’image. Elle fait appel au revival des années 50." De son côté, Tanxxx ne décolère pas : "Pour moi ce n’est même pas du dessin, c’est du foutage de gueule. La typo est à hurler, le trait est inexistant, les couleurs à vomir. Non pas que je sois une ayatollah du dessin virtuose, loin de là, mais dans ce dessin là, il n’y a rien. Rien, le néant. je n’ai pas trouvé ça léger et délicieusement frivole, j’ai trouvé ça horriblement bête et laid." Non seulement les filles dessinent comme des filles, mais... elles écrivent aussi. L’écriture de la girly girl est vite identifiable : elle fait des étoiles (Bagieu) ou des coeurs (Diglee) à la place des des points sur les "i’’. Sont-elles définitivement réduite à des "Gribouillages et galipettes" comme le sous-entend la série de Fluide Glacial ?

    La palette des vraies dessinatrices est pourtant large. Des traits anguleux et expressionnistes de Fanny Michaëlis qui vient de sortir Avant mon père aussi était un enfant, au crayonné tout en douceur de Gabriella Giandelli qui dans son album Intérieur, marie un trait rond à une colorisation subtile, ouatée comme la neige.

    On n’a donné ici que quelques exemples parmi de nombreuses dessinatrices talentueuses, qui sont la preuve qu’une autre fille est possible en bande-dessinée. Il existe des filles libres chez Catel Muller, des filles pirates chez Laureline Matiussi, des filles hors norme chez Chantal Montellier, des filles roots chez Ulli Lust… Et puis évidemment, les girly girls ne sont pas toutes à mettre dans le même caddie poussé par leur éditeur. Rassurons-nous, certaines auront toujours assez de QI pour glisser au milieu de leurs albums une page traitant de la bisexualité de leur grand frère, de l’anorexie de leur petite cousine ou de la maladie d’alzheimer de leur grands-parents. Et si vous n’avez pas vu cette page, c’est peut-être… que vous n’avez pas tout lu ? C’est vrai, simplement parce qu’il y a autre chose à lire.

    Sur Flu :

    - Les blogs de bd qui osent tout : la blogoliste de Goupil Acnéique
    - Graphic Novel : le dossier
    - L’actu de la bd sur le blog livres



    Forum

    4 septembre 2011

    Sortie de L’inscription !

    Le dernier album de Chantal Montellier, intitulé L’inscription (vous pouvez découvrir la page de couverture, quelques images et le résumé de l’album dans la colonne ci-contre), est en librairie depuis le 6 septembre.

    En avant-première, quelques lecteurs se sont plongés dans les déboires de Caroline pour son "inscription dans le réel". Voici une sélection des critiques déjà parues sur l’œuvre :

    - Sur le site de la Fnac, Thomas a écrit :

    L’inscription, ou comment éviter de faire la queue pour finir au téléphone rose

    Ah, le conformisme ! Tout le monde l’exècre et le dénonce à tour de bras mais la majorité s’y plie toujours et – pire - l’impose aux autres. Que dire du regard d’autrui quand on se déclare poète dans notre société rationnelle et cadrée ? et c’est d’autant plus dur d’être pris au sérieux quand on est une femme dans notre monde légèrement misogyne.

    Le livre s’ouvre sur un poème de Caroline Montbrasier puis une scène évoquant Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, où notre héroïne apprend qu’elle doit s’inscrire dans le réel à la mairie. Si la petite fée qui l’accompagne la met en garde, la ballade d’Alice va se muer en un calvaire comparable à celui des héros Kafkaïen.

    Pervers, l’inscripteur se trouve être l’incarnation même de l’absurdité alors qu’il pousse Caroline dans le droit chemin. Il lui faut un vrai travail, de vraies ambitions et se plier aux horaires quel qu’ils soient – car ils symbolisent la norme.

    « Etre inscrite, cela veut dire adapter son comportement et son image à la norme en vigueur ! Cela veut dire apprendre ! Apprendre le haut idéal de l’effort personnel. Apprendre le travail obscur, appliqué, répétitif. »

    La violence psychologique est permanente et en croyant bien faire, l’héroïne s’est embarquée dans une histoire de fou. Trompé par de pseudo révolutionnaires. Mise à mal par l’autorité. Elle accepte un emploi dans un call-center porno et se voit rabaissé à éponger des phantasmes malsains par téléphone. Comme si elle descendait dans les profondeurs d’un Enfer quotidien à chaque tentative de s’inscrire dans le réel, jusqu’à son procès en bonne et due forme.

    Mettant en relief quelques uns des travers de notre société moderne, cet album ne cherche pas à donner de leçon. C’est une histoire toute personnelle, on en retirera ce que l’on voudra. Mais pas mal de ces pages portent un écho saisissant avec notre réalité – sommes nous inscrits de force ? - et il est difficile de ne pas avoir un sentiment désagréable de déjà vu.

    C’est drôle, tragique et on pourrait rapprocher cet album du Théâtre de l’absurde. Le comique amorce la réflexion et l’auteur utilise tous les moyens à sa dispositions pour nous entrainer, ce n’est pas seulement une histoire et des dialogues bien tournés. L’univers visuel et plastique, la mise en page autant que le recours aux poèmes et aux citations, l’intertextualité même, nous immergent dans cet univers hors du temps mais terriblement contemporain.

    C’est une belle réussite, Chantal Montellier renoue avec ses thèmes fétiches dans une bande dessinée-monde qui est une véritable clef de son univers pour ceux qui aimeraient aller plus loin. Une réflexion immersive, sûr et clairement du côté de l’imaginaire face au pouvoir et à la peur.

    En guise de conclusion je recopie la citation qui ouvre le livre, comme quoi les débuts n’ont pas de fin et inversement. Elle est d’André Breton, grand donneur de leçon devant l’éternel, mais qui avait également un pied hors de la réalité et une sensibilité ingénue : « La rébellion porte sa justification en elle-même. Tout à fait indépendamment des chances qu’elle a de modifier ou non l’état de fait qui la détermine. Elle est l’étincelle dans le vent, mais l’étincelle qui cherche la poudrière. »

    Publié le 25/08/2011

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    - L’Avis des Bulles, le mensuel critique de la bande dessinée, a également publié un article sur L’Inscription, dans son numéro de juillet-septembre 2011 :

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    10 juillet 2011

    Festival de la Bande Dessinée 2011 : Quand la BD s’en mêle… Carte Blanche à Chantal Montellier

    BILAN

    Dans le cadre du Festival International de la BD édition 2011, la Maison des Peuples et de la Paix a porté son action sur deux thématiques se rapprochant de sa charte et de ses convictions. Les deux thématiques travaillées étaient :

    - La place des femmes auteures dans le milieu de la bande dessinée à travers le travail de Chantal Montellier, dessinatrice de presse et auteure de bandes dessinées sociales et politiques ;

    - La Bande Dessinée comme outil d’interpellation au travers du dessin de presse.

    Sous le titre générique « QUAND LA BD S’EN MELE », la Maison des Peuples et de la Paix a ainsi donné carte blanche à Chantal Montellier.

    Deux expositions ont été programmées : une première consacrée aux dessins de presse réalisés par l’auteure et la seconde reprenant les planches de trois bandes dessinées réalisées par Chantal Montellier.

    La Maison des Peuples et de la Paix a pu offrir aux festivaliers un espace de rencontres et de découvertes différent, montrant que la bande dessinée peut avoir un impact au travers des thématiques qu’elle aborde, et non pas seulement du point de vue de sa forme.

    Enfin, dans le droit fil de son histoire en tant que réseau d’associations, la Maison des Peuples et de la Paix a proposé un espace de promotion des bandes dessinées et autres ouvrages portés par ses associations adhérentes. Pour l’édition 2011 l’association "A Chacun Ségou" a présenté la Bande Dessinée « Kaïdara », auto produite par l’association, qui est une adaptation illustrée d’un conte initiatique peul, de tradition orale.

    L’objectif de la Maison des Peuples et de la Paix était d’utiliser la bande dessinée comme support de sensibilisation aux enjeux sociaux actuels, qu’ils soient locaux, nationaux ou internationaux. Il s’agissait également de permettre à Chantal Montellier, auteure de talent, de pouvoir exposer pour la première fois au Festival International de la bande Dessinée d’Angoulême. Dans ce contexte, promouvoir les travaux de cet auteur était un moyen de combattre les discriminations faites aux femmes dans le milieu masculin de la bande dessinée.

    Les 3 expositions proposées ont reçu l’unanimité de la part des partenaires du projet. Les objectifs attendus de l’action ont été atteints.

    La fréquentation du lieu a été estimée à 2000 visiteurs sur les quatre jours du festival. Ceci dénote une exposition, certes de grande qualité avec une auteure dont le talent n’est pas à remettre en question, mais moins accessible dans son contenu par le grand public.

    300 personnes hors festival ont visité les expositions qui sont restées en place jusqu’à fin février



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    • Festival de la Bande Dessinée 2011 : Quand la BD s’en mêle… Carte Blanche à Chantal Montellier
      30 octobre 2011, par Van

      , en vous souhaitant un grand succés avec votre blog. au plaisir de lire vos futur postes

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