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"Incapables de ne rien faire par eux-mêmes, ils ne voient que le mal." Camille Claudel
Pasolini, le prophète, avait raison sur presque tout : nous sommes tous en danger. Le « nivellement brutalement totalitaire du monde » dont il avait parlé se réalise. Grâce à la télévision et au marché, un modèle unique et exclusif est imposé au monde entier ; « ce que le fascisme historique avait échoué à réaliser, le nouveau pouvoir conjugué du marché et des médias l’opère en douceur (dans la servitude volontaire) : un véritable « génocide culturel », où le peuple disparaît dans une masse indifférenciée de consommateurs soumis et aliénés ».

Femmes d’exception
Genre : Mémoires et témoignages
Année de parution : 10-05-2012
Nombre de pages : 240p
Depuis trois ans, Célyne Baÿt-Darcourt reçoit des « femmes d’exception » le dimanche matin sur France Info. À son micro, elles se sont livrées à des confidences, ont eu des fous rires ou retenu des pleurs. Toutes nous expliquent comment elles sont allées au bout de leur rêve et de leur combat. Célèbres ou anonymes, ces femmes racontent leur parcours, leurs passions, leurs envies, leurs douleurs aussi parfois.
Qu’elles soient sportives, femmes d’affaires, artistes ou chercheuses, elles ont en commun d’être des battantes.
Dans ces entretiens ici réunis, on découvre des femmes exceptionnelles à plus d’un titre, qui nous invitent à les suivre.
Un livre tonique et optimiste ou l’on retrouve : Florence Arthaud, Sophie Audouin-Mamikonian, Natalia Baleato, Marie-Christine Barrault, Djemila Benhabib, Elodie Bernard, Sabine Bernet, Dorine Bourneton, Florence de Comborcière, Johanna Dray, Régine Frydman, Stéphanie Fugain, Xu Ge Fei, Mary Genty, Benoîte Groult, Claudie Haigneré, Mémona Hintermann, Jenny Huppocrate-Fixy, Judith Magre, Chantal Montellier, Chantal Paoli-Texier, Martine Saada, Lise de la Salle, Marie-Laure Viébel.
De nombreux sites et blogs sur Internet diffusent des nouvelles inquiétantes concernant Fukushima. Pour vous donner un aperçu, la lecture de cet article, publié par Agora Vox, est intéressante. A la fin de l’article, différentes sources sont citées, qui permettent d’en savoir plus.
Il me semble essentiel, plus d’un an après l’événement, de ne pas oublier les conséquences que nous commençons déjà à subir, sans en être réellement conscients.
Bonnes lectures...
Réinterprétation contemporaine par Chantal Montellier de la célèbre toile d’Artémisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne (1612-1613), actuellement exposée au musée Maillol à Paris.

Annie Le Brun et Victor Hugo en appellent à « l’insurrection lyrique ».
Vers la fin du 20e siècle s’est passée cette drôle de chose : la société a commencé à s’enliser dans un conformisme étouffant et une ornière de vacuité intellectuelle. Depuis, nous sommes comme plaqués au sol dans un monde étriqué, sans rêves et sans élan, où nous prenons les moyens (techniques notamment) pour la fin, et où « l’idée de culture réduite à l’état de chiffon sert à éponger les incontinentes manifestations de la plus indigente esthétique du quotidien ».
Ce constat, Annie Le Brun l’a fait dès 1988 dans un essai, Appel d’air, qui reparaît aujourd’hui chez Verdier. Le livre n’a hélas pas pris une ride. Les choses se seraient plutôt aggravées. L’auteur, femme à l’écriture précise et tranchante, a poursuivi cet implacable état des lieux à travers d’autres ouvrages. Dans Du trop de réalité (Stock, 2000), celle qui a participé aux dernières années du mouvement surréaliste, entre 1963 et 1969, écrivait : « Le rêve a purement et simplement disparu de notre horizon [...]. C’est là un des plus graves manques de la fin du millénaire qui, à mes yeux, tient de la catastrophe. » Puis elle ajoutait : « Le temps est à se souvenir de ce qu’avançait Victor Hugo en 1863 : "Comme on fait son rêve, on fait sa vie". »
Philipp Geissler Alençon, le 17 mars 2012
Madame,
J’ai bien regretté de ne pas avoir pu vous rencontrer au dernier festival d’Angoulême.
En effet, même si je suis tombé dans la marmite de la Bande Dessinée, enfant, il y a 45 ans, en rencontrant des héros plus « main stream » que les vôtres, à savoir asterix et tintin (ou plus précisément obelix et le capitaine h) , vos livres m’accompagnent depuis de longues années, et me rappellent qu’il n’y a pas de vie vraie sans révolte radicale contre ce qui dans l’ordre établi mène à la mort. Pas tant la mort physique, élément inévitable de la condition humaine (& animale) mais la mort psychique, la robotisation, l’aliénation, la soumission, l’esclavage, la non pensée, le non désir, le non amour. Et surtout que la forme de cette révolte est tout aussi important eque le fond : En effet l’ "inquiétante étrangeté" de votre dessin, et de la composition de vos planches,votre liberté, participent de façon centrale à la remise en question de la « norme » imbécile qui si souvent nous emprisonne.
Ce n’est pas par hasard, que parmi la dizaine d’ouvrages de votre main, que j’ai pu trouver au cours de mes fouilles dans les bacs des marchands d’occasion, me viennent à l’esprit en premier les « rêves du fou », paru chez futuropolis en 1981 (ah, nos illusions du mois de mai…), et que j’ai dû découvrir peu après (ou avant ?) de m’orienter vers le métier de “psy”...
Je feuillète à l’instant votre « sorcières, mes sœurs » ; et tombe, évidemment, sur camille claudel, 30 ans d’ »asile ». Certes j’ai un faible pour les sorcières ; quand elle était petite, j’ai assuré à ma fille que je pourrais lui trouver une place d’apprentie auprès d’une authentique praticienne de la magie. Plus tard j’ai fait le même coup à ma petite fille, fille de ma fille. Mais j’aime aussi le diable, leur associé au sabbat ; d’ailleurs n’est-il pas adorable, ce bouc rouge sur la page en titre de votre bouquin ? Bien plus sympathique toujours que les curés bleutés du fond.
Une autre raison qui m’a fait devenir un de vos fidèles est mon questionnement douloureux en ce qui concerne les relations entre hommes et femmes, et la violence réelle et symbolique faite aux femmes. Leur infériorisation. Autrement dit la peur que nous autres mâles avons de vous, mais aussi le plaisir difficilement contrôlable qui consiste à soumettre l’autre. Sans oublier cet autre plaisir, celui d’être soumis(e)…
La liberté semble décidément quelque chose que l’humain a un grand mal à supporter, à « gérer », à apprendre..
A ce propos, je viens de relire V pour Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd, et je reste émerveillé de la profondeur des réflexions, que j’y découvre sur ces thèmes, tant de la liberté, que de la destructivité, et enfin en ce qui concerne les hommes et les femmes. J’étais retombé dedans, après avoir vu l’usage que font de nos jours du masque de guy fawkes les « anonymous ». Rien que l’utilisation de ce masque dans la BD est une trouvaille géniale, je trouve.
Sur ce genre de sujet et bien d’autres j’aurais aimé bavarder avec vous fin janvier dernier au festival. Tout en sachant bien sûr aussi, qu’ une rencontre dans la foule d’un dimanche après-midi ne se serait guère prêtée à de tels échanges approfondis.
Aussi suis-je reparti sans trop de regret vers Alençon, ou m’attendait mon épouse fidèle, après avoir reçu par Monsieur Groensteen l’assurance, qu’il ne manquerait pas à vous faire parvenir un courrier de ma part.
Excusez si cette lettre est un peu décousue et incomplète
J’aime écrire, mais au malgré ma relation avec vous à travers vos œuvres, depuis des décennies, vous restez tout de même pour moi une étrangère, et tout en tenant à vous saluer, et à vous féliciter de ce que vous avec accompli, dans une position de résistante que j’imagine par moment bien solitaire, j’ai quelque peur de vous importuner voire tout simplement d’écrire dans le vide.
Ce vide que semblent connaitre si bien tant de vos personnages, quasi intersidéral, d’incommunicabilité entre les êtres
Merci toujours d’avoir ainsi crée des pages inoubliables.
Merci aussi d’avoir lu les miennes
A ce propos, je vous joins un texte, plus long, une lettre ouverte à ceux (et celles) qui croient à une vie AVANT la mort, texte que j’ai écrit en décembre dernier, et qui était l‘objet original de ce courrier. En effet, j’essaye de faire circuler ce texte un maximum, espérant pouvoir partager un peu d’espoir avec certains de ses lectrices & lecteurs (y sont également joints quelques extraits de BD de mon cru ; dans une autre vie j’aurais été, je serais, ou je suis ( ?) auteur de BD)
Cordialement votre
Phg
Cher Monsieur,
Mon éditeur , Monsieur Thierry Groensteen, m’a fait passer votre belle lettre dont je vous remercie.
Elle n’est pas tombée dans le vide, même si, comme vous l’avez compris, je suis un peu trop seule là ou je suis.
Feu mon analyste, Madame Eugénie Lemoine-Luccioni me disait : “celui ou celle qui dit l’enfer devient cet enfer pour les autres.”
Et aussi :
“l’analyse, la création, libèrent une parole que cette société réemprisonne”.
Elle disait vrai.
J’aurais du me taire !
J’ai cru à l’intelligence humaine.
J’ai cru à la BD comme outil de libération.
Deleuze, Foucault, l’anti psychiatrie, et beaucoup d’autres choses
m’avaient laissée espérer que l’on pouvait oser aborder certains sujets difficiles,
douloureux, par le biais de la création artistique.
C’était sans compter sur ceux qui nous gardent !
C’était sans compter sur l’infinie bêtise de l’espèce dite humaine.
Du troupeau peureux de ceux qui se croient “normaux”.
La maladie neurologique de ma mère (après un avortement qui s’est mal passé) m’a “initiée” à certaines choses qu’il vaut mieux taire. Comme il vaut mieux taire la souffrance.
Pour que ceux qui profitent de la situation puisent continuer à “jouir sans entrave”.
Ma formation artistique, qui m’amène à pratiquer la bande dessinée plus comme une artiste, une plasticienne, m’a aussi joué des tours dans ce milieu et avec ce lectorat sans vraie culture de l’image ou tout est pris au premier degré.
Mais enfin, j’ai survécue et suis devenue “sage” puisque décidément il n’y a pas d’autres choix que de rentrer dans une case étroite dont rien ne dépasse. - Je pense que mon album sur Marie Curie (“la fée du radium”) devrait rassurer les chiens de garde de tous poils sur mon état de santé mental. - Forme et fond sont très “normalisés” même s’il survit un peu de féminisme, ce terrorisme au féminin !
Une artiste dans mon genre peut aussi faire du “normatif”, du rassurant, et c’est cela que nos maîtres attendent de nous, n’est-ce pas ? - Et nos (mauvais) maîtres ont gagné. Leurs flics ont gagné. La bêtise a gagné. LEUR NORME abêtissante et castratrice, qui transforme tous les papillons en chenilles, a gagné pour l’instant.
Alors...
Cordialement.
Chantal Montellier Streiff
Texte de Ph G, joint à la lettre
LETTRE OUVERTE A TOUS CEUX QUI CROIENT QU’IL Y A UNE VIE AVANT LA MORT Cela fait maintenant plus de 50 ans que je vis sur cette planète. Il parait qu’une des premières phrases que j’ai dit, à trois ans, quand mon père claquait la porte, à faire tomber des morceaux de plâtre du mur, était : « in dieser Welt muss wohl alles kaputt gehen ». En français ça donne à peu près : « tout se casse un jour dans ce monde » .Eh oui, je suis un de ces étrangers qui viennent manger le pain des Français, même que j’ y ai fait trois enfants avec deux épouses françaises , et y travaille, depuis 1983, à Alençon, dans l’Orne, comme « psychiatre », au service du public. La « psyché », en français, ça veut dire l’ « âme », et « iatros » vient du grec « médecin ». Quand j’explique donc à mes patients, que je suis un « médecin de l’âme », il arrive qu’on me prenne pour un curé. Il faut avouer que la réalité quotidienne apparaît à beaucoup comme froide et absurde, « sans foi ni loi », sans valeur ni repère fiable et stable. Du coup des gens cherchent en moi pas simplement le technicien spécialiste, qui les débarrasserait de symptômes psychiatriques gênants, mais aussi un « père », dont ils attendent du réconfort, et des conseils sur comment donner un sens à leur vie. Cette vie « individuelle » de chacun, je n’ai jamais pu la concevoir dissociée, séparée, de son contexte. Nous ne devenons nous-mêmes qu’en relation avec les autres, les parents d’abord, puis la société et l’univers tout entier. Bien avant de choisir mon métier, le Social me paraissait déjà essentiel pour comprendre ce monde. Cette motivation me vient de mes deux parents, qui avaient vécu leur enfance et adolescence dans l’Allemagne Nazie, et qui m’ont appris très jeune, à quel point une société humaine pouvait rapidement se transformer en machine de mort, capable des pires horreurs. Mon adolescence à moi fut marquée par les remises en question, mais aussi les espoirs, des années soixante/soixante-dix. J’y puise, encore aujourd’hui, une foi profonde en deux valeurs essentielles, complémentaires et souvent contraires, l’amour et la liberté, qui me font ces temps-ci passer pour un rêveur naïf auprès de certains. L’une et l’autre sont en effet considérées, par certains « scientifiques », comme de pures illusions. Derrière l’ »amour » ne se cacheraient que des motivations égoïstes déguisées, et nos « choix » seraient tout sauf libres, puisque prédéterminés par notre héritage biologique, ainsi que les conditionnements de notre passé. Face à ce point de vue « post-moderne », que je vis comme cynique, nihiliste et déresponsabilisant, j’affirme, avec Erich FROMM, dont j’ai eu le bonheur de lire à dix-huit ans le petit livre « the art of loving » (l’art d’aimer), paru aux Etats Unis en 1956 : L’amour n’est pas qu’un sentiment, pas plus que la liberté n’est la possibilité de faire n’importe quoi. Mais … … l’être humain est capable d’apprendre à aimer et à devenir libre. Apprendre à aimer signifie essayer de connaître l’autre, que cet autre soit un humain, un chat, un arbre, une science, un art, ou l’univers tout entier, et apporter à cet autre ce dont il a besoin. Rajoutons tout de suite ici, comme vient de le remarquer un de mes fils à la lecture de ce qui précède : l’un des premiers et principaux « autres », que chacun de nous doit apprendre à connaître, dont il doit apprendre à prendre soin, c’est Soi- même. Pas simplement notre reflet dans le miroir, mais aussi nos faces cachées dans l’ombre, nos pulsions, nos « monstres intérieurs », notre « enfant intérieur », nos peurs ; et, au fond de tout cela, notre corps, limité et mortel. Connaissance (et amour) de soi, et des autres, ne peuvent que se développer ensemble. Ce qui nous pousse à cette découverte de l’autre (et donc aussi des « autres à l’intérieur de soi »), c’est à la fois notre curiosité, notre attraction pour l’inconnu, et le besoin que nous avons de cet autre, puisque chacun de nous est incomplet, sujet à la peur du vide existentiel. Donc en effet, l’amour est toujours aussi « égoïste », puisqu’ aimer apporte quelque chose à celui qui aime. Cependant, il existe une différence fondamentale entre une relation d’amour, basée sur un échange, réciproque, entre des êtres qui se respectent, qui savent, qu’au-delà de leurs différences, ils ont tous les deux besoin l’un de l’autre, et une relation d’exploitation, ou l’autre est réduit à l’état d’une chose inerte, que l’on méprise, que l’on traite et utilise comme une machine, et dont on peut tirer profit, sans se préoccuper de ses besoins et désirs, et de ce qu’il peut nous apprendre. Notons que je ne fais pas ici de différence essentielle entre un « autre » humain, animal, végétal, minéral ou même immatériel tel qu’une science ou un art, puisque dans tous les cas il s’agit de savoir, si nous abordons cet autre avec respect, ou avec mépris, autrement dit « d’égal à égal », « à hauteur d’yeux » (comme le disait mon père), ou « de haut en bas », persuadés de notre supériorité. Nous sommes tous capables de l’une et de l’autre, parmi ces deux attitudes fondamentales. A nous de choisir. Apprendre à être libre signifie justement apprendre à choisir, après observation et évaluation, ce que nous voulons faire, et ce que nous ne voulons pas. Quelles relations voulons nous établir, et avec qui, avec quoi ? Mais aussi jusqu’où voulons nous aller, dans ces relations, et jusqu’à quand ? Etre libre signifie pouvoir s’engager, mais aussi pouvoir se désengager. En effet, autant un monde gouverné par la liberté seule, prônant comme idéal l’affirmation de soi d’individus considérés comme totalement « autonomes », indépendants les uns des autres, ne pourrait qu’aboutir à un désert froid et mortifère, autant un monde basé sur l’ « amour » et l’engagement, sans la liberté de dire non, de se désengager et de partir, finirait par devenir une prison totalitaire. Quand, à cinquante ans, j’ai tenté de faire le bilan des décisions les plus importantes de ma vie, qu’elle concernent mes choix professionnels ou personnels, je suis arrivé à la conclusion, que je pouvais considérer chacune de mes orientations comme une erreur, puisqu’elles ont été à l’origine de souffrances, pour moi et pour d’autres, et qu’à chaque choix je me suis logiquement fermé d’autres possibilités, pleines de promesses. Paradoxalement ce constat m’a donné un sentiment de liberté : Certes les conséquences à long terme de nos choix ne sont jamais prévisibles. Mais l’essentiel n’est pas de ne pas faire d’erreurs, il consiste à apprendre d’elles pour ne pas répéter éternellement les mêmes. Chaque vie devient ainsi un chemin compliqué, zigzagant entre différents écueils. Par contre, avoir, dans notre tête et notre coeur, au moment de chaque choix, à chaque instant de notre journée, et de notre vie, un compas, un repère, qui nous indique ce qui est bien, et ce qui est mal, me parait à la fois essentiel, et possible, contrairement à tous les discours actuels, qui prétendent, que nous n’aurions le choix qu’entre une vision « moderne » « réaliste » , sans valeur absolue, ou tout et n’importe quoi serait possible, et des dogmes religieux qui voudraient prescrire ce que nous devons faire, et ainsi nous enfermer dans un nouveau moyen âge . Il y a vingt ans j’ai eu l’occasion d’aller dans des écoles primaires à la rencontre des enfants, très officiellement dans le cadre d’un programme de « prévention des abus sexuels ». Nous étions alors munis d’une vidéocassette intitulée « mon corps c’est mon corps ». L’idée principale, que nous étions censés transmettre, se résumait à : « quand mon corps me dit non, je dis non ». Je me souviendrais toujours de ce petit garçon malin, qui me posait alors la question : « Si dans la cour de récré je tape sur Emilie, mon corps me dit oui ; donc : je continue, n’est- ce pas ? » C’est en réponse à cette question, puis à beaucoup d’autres, posées par d’autres enfants, que j’ai fini par développer une façon simple de définir le Bien et le Mal, m’appuyant une fois de plus, entre autres, sur mon « ami » Erich FROMM (citons ici un autre petit livre de lui : « The Heart of Man », paru en 1964) , mais aussi sur son prédécesseur FREUD. Ces définitions m’ont été fort utiles depuis, tant dans ma vie personnelle, qu’avec mes patients et collègues. Elles pourraient être considérées comme le plus petit dénominateur commun de toutes les religions, mais aussi des diverses approches philosophiques et athées du sens de la vie, et pourraient ainsi constituer des éléments de base de cette « éthique », mot moderne dont beaucoup se réclament, sans toujours savoir très bien à quoi la référer. Alors, comment définir le Bien et le Mal ? A vrai dire, l’essentiel est déjà dit dans les paragraphes précédents. Je pars avec FREUD et FROMM de l’idée qu’il existe en nous (et peut être bien dans toute la matière de cet univers, mais cela mériterait un autre article) deux forces fondamentales, opposées et complémentaires : la pulsion de vie, et la pulsion de mort. Tout ce qui nous pousse à AIMER l’autre et nous- mêmes, donc à nous connaître et à prendre soin de nous, puis ce qui nous pousse à être LIBRE, à choisir, qui et quoi aimer, investir, que faire de notre vie, est du côté de la pulsion de vie, et donc du Bien. Tout le contraire, à savoir haïr, nier, mépriser, TUER l’autre ou soi-même, puis établir avec l’autre (ou soi-même) des relations basées sur la domination, et l’exploitation, que l’on s’y place en position de « maître » ou d’ « esclave », relève de la pulsion de mort, et donc du Mal. J’entends déjà tous ceux qui rigolent, et ne vont pas tarder à me traiter de « bisounours » ou encore « moralisateur primaire ». Ils ne seront d’ailleurs pas seuls : Je me souviens encore bien de telle psychologue disant de notre travail à l’école , que nous « endoctrinions » les pauvres petits, ou de tel autre « évaluateur » diplômé dépêché sur les lieux par l’Education Nationale, qui trouvait « abusif », que nous considérions la domination de l’autre comme quelque chose de mal. Puis il y aura ceux, plus sérieux, qui rétorqueront, que la mort est non seulement inévitable, mais qu’elle devient même un bien, quand, épuisés, nous arrivons à la fin de notre vie. Ce qui est vrai, mais ne contredit pas mes définitions. En effet, durant toute notre vie, la pulsion de mort, si nous apprenons à l’apprivoiser, à l’exprimer de façon symbolisée, et notamment par le jeu et par l’art, peut être un rappel utile de notre mortalité finale, de ce moment, ou, à la fin, la Mort cesse d’être une ennemie, pour devenir celle qui enfin nous accueille, nous prend dans ses bras. Ce qui est Mal, c’est ce qui nous POUSSE à la mort, nous y presse, nous y précipite, nous fait fuir la vie et ses complications. Les suicidaires sont ainsi avant tout des gens trop pressés, pressurisées, par une souffrance morale qui leur devient insupportable, au point qu’ils ne peuvent plus attendre cette fin de vie, qui pourtant nous est à tous garantie. Et quand nous « tuons le temps » à une vitesse de plus en plus étourdissante, ne prenant plus le temps de vivre, de bavarder, de rigoler ; quand nous cherchons à nous remplir de façon frénétique, ou encore quand nous rêvons de ne plus rêver, de devenir des machines, de vivre notre vie dans la répétition, la routine robotique du toujours pareil, nous sommes également sur un chemin de mort. C’est là que fatalement nous revenons vers le Social, ou, si vous voulez, le Psychosocial, je veux parler de … ….notre « monde moderne » Notre société qui se dit « libérale avancée », ou encore « néolibérale », et que nous, dans les années soixante-dix, appelions « capitaliste tardive », est basée fondamentalement sur l’argent, et le pouvoir qu’il donne sur autrui, comme seule « valeur ».Certes on y revendique la « Liberté » comme soi-disante valeur absolue, mais, dénuée de toute responsabilité assumée, et privée de son complémentaire indispensable, l’amour, elle dégénère en « droit de faire n’importe quoi ». Le « bien » et le « mal » tel que je viens de les définir, n’ont pas de place dans ce système de pensée. L’être humain, ainsi que la planète entière, n’y existent qu’en tant que marchandises, choses mortes. On peut déposer des brevets sur notre génome, nous obliger à faire pousser des plantes modifiées, sans graines réutilisables, on peut spéculer sur la nourriture, poussant des millions de gens à la famine, on peut détruire la planète entière, toujours au nom de la croissance obligatoire, ce qui signifie rien de plus que le profit à court terme de quelques-uns. Et dans cet « univers impitoyable » nous sommes censés nous considérer tous les uns les autres comme des concurrents dans un gigantesque « combat pour la survie ».Comme si nous n’étions que des animaux prédateurs les uns vis-à-vis des autres, et que seulement les plus forts, et les plus sans scrupules, donc les plus inhumains, les moins sensibles, les moins vivants, auraient une chance de gagner. Des jeux télévisés tels que « Koh-Lanta », ou « Le Maillon Faible », mais tout autant des consignes pour le management « moderne » des entreprises privées et publiques en disent long à ce sujet. Le Partage ou la Guerre, il faut choisir : Vingt pour-cent de la population mondiale gaspillent actuellement quatre-vingt pour-cent des ressources de notre planète, ressources qui touchent à leur fin. L’équation du vingt et unième siècle est simple : soit nous apprenons à partager équitablement, ce qui signifie que les plus riches (moi y compris) révisent très sérieusement à la baisse leur niveau de dépenses (ce qui ne veut pas dire « niveau de vie », car la richesse d’une vie se compte autrement qu’en objets achetés), soit il faudra tuer environ trois à quatre milliards d’êtres humains. Les horreurs du siècle dernier paraîtront ridicules à côté. On veut nous faire croire que le but de la vie serait de consommer un maximum d’objets dans un minimum de temps. C’est cette caricature mortifère qui reste aujourd’hui du « jouissons sans entraves » de mai 68. Alors qu’à l’époque nous pensions à l’amour libre, dans les prés, ou derrière les barricades, on veut nous vendre à la place des comportements de consommateur « drogué », accroché à sa « came », se remplissant désespérément par tous les trous. S’il y a bien une chose, qui apparait clairement, quand nous tentons d’aider des toxicomanes, c’est que derrière leur « besoin du produit » il y a en fait un grand manque d’amour et de liberté. Sauf que, comme je le disais plus haut, ces deux « choses » ne s’achètent pas, mais s’apprennent, en faisant des efforts, en prenant conscience de nos limites. Le Développement de Relations Humaines Durables Bien sûr nous avons tous besoin d’un minimum matériel : de la bonne nourriture, de jolis vêtements, un toit, de la sécurité, des jeux et autres activités qui donnent un sens à notre quotidien, un accès à l’éducation et à la culture sous toutes ses formes. Mais ce qui nous manque le plus, à nous autres gavés d’objets, ce sont des relations interhumaines fiables, d’égal à égal. C’est ainsi que j’en suis arrivé à dire, que le Développement de Relations Humaines Durables et une des priorités à mettre sur nos drapeaux, le reste du « Développement Durable » n’étant en réalité souvent qu’un nouveau déguisement du « toujours plus », cette fois peint en vert. Le Syndrome d’Auto-Exclusion En effet, parallèlement à l’idéologie consumériste mortifère s’est développé l’idéal d’un individu « autonome », « indépendant », qui n’aurait besoin de personne. Jean FURTOS, un de mes collègues psychiatres, qui à Lyon travaille depuis des années sur ces questions, a décrit cette attitude « moderne » sous le terme de « Syndrome d’Auto-Exclusion », ou encore « Syndrome d’Autisme Social ». Il parle même du « Camps de Concentration portatif » que chacun de nous tend à construire autour de lui. D’autres parlent du « Chacun pour soi, et Dieu contre tous », ou encore de l’ « Atomisation de la Société ». On peut même s’interroger, si le terme de « Société » est encore adapté à cet agglomérat d’individus ne cherchant chacun plus que son propre intérêt, sans égard pour le bien commun. Evidemment je force ici le trait, nous allons voir tout à l’heure que partout dans notre monde des voix et des consciences se lèvent, à l’encontre de cette idéologie de la mort. Mais auparavant, laissez-moi lever tout de suite une ambiguïté, que vient de soulever mon cousin préféré à la lecture de ce qui précède (merci, Joël !) : Non, je ne crois pas à un retour souhaitable vers le « bon vieux temps » : Ni au retour vers l’ « avant - 68 », quand l’ « autorité » du « chef de famille », du »patron », du « professeur » ou encore du « docteur » était « respectée »-en effet je suis heureux d’affirmer, qu’aujourd’hui le respect se doit être réciproque, du « grand au petit », tout comme du « petit vers le grand », et qu’aucune règle ne peut être imposée, sans avoir à être expliquée, justifiée. Ni vers un soi-disant « âge d’or » de la société préindustrielle, ou certes les liens sociaux existaient de façon intense, mais ou du coup aucune liberté individuelle n’était possible, puisque les moindres faits et gestes étaient épiés et jugés. Comme le dit FROMM, le capitalisme à fait sortir l’humanité de l’enfance, avec ses dépendances rigides, il nous a ouverts les portes de la liberté. Nous voilà dans l’adolescence, égocentriques, mais au fond peu surs de nous, nous prenant pour tout-puissants et immortels, tout en jouant avec le suicide, capables en effet de détruire la planète entière. Régresser, redevenir des petits enfants d’un Dieu le Père qui nous dirait ce qu’il faut faire, voire nous enfouir dans les bras d’une Mère Nature, qui nous protègerait contre le mal et le froid du monde, voilà un chemin qui peut paraître tentant, mais au bout duquel nous nous trouverions enfermés dans des régimes totalitaires, régies par des lois sanglantes, telles que la Charia . Non, nous devons au contraire progresser, devenir enfin adultes, libres, conscients et responsables de nos actes, capables chacun d’évaluer ce qui est bon, pour nous et les autres, à un moment donné, et ce qui ne l’est pas. Il ne s’agit pas de retourner au Moyen Age avec ses serfs et seigneurs, mais de dépasser le capitalisme, tout en gardant ce qu’il a apporté de positif. (C’est ça, le tri sélectif !) Quoi de neuf depuis 1993 ? Depuis longtemps je constatais l’évolution des mentalités autour de moi, qui avais connu les années soixante-dix, avec une inquiétude et un pessimisme croissants. Etant de par ma profession particulièrement sensibilisé à la question du suicide, j’avais remarqué, qu’en France, comme dans les autres pays dits « développés », le nombre de personnes qui se donnaient la mort avait constamment augmenté, depuis ces mêmes années soixante-dix. Mais à mon grand étonnement, après un pic maximal atteint en 1993, ce taux de suicide, du moins en France, s’est mis à baisser, tout aussi régulièrement, atteignant en 2008 des chiffres équivalents à 1978 ! Et, tout aussi surprenant, en cette même année 1993, le taux des naissances, également en baisse linéaire depuis vingt ans, s’est mis à croître. Comment expliquer ces inversions de tendance ? Pour ce qui est des suicides, certains spécialistes avançaient certes l’hypothèse d’une efficacité ainsi enfin prouvée des mesures de prévention, mais cela me paraissait insuffisant. Puis dernièrement j’ai eu l’occasion d’assister à une conférence d’Alain EHRENBERG, sociologue au Centre National de Recherches Scientifiques, qui décrivait l’apparition, depuis le début des années 1990, dans la société française, d’une prise de conscience quant aux liens entre le psychique et le social. Nous serions collectivement de plus en plus sensibles à une « souffrance sociale », que nous rencontrons chez les gens dont nous avons à nous occuper, une souffrance liée à des processus de désinsertion, de précarisation, et d’isolement, que ce soit sur le plan familial ou professionnel. Cette prise de conscience a conduit à tout un travail de conceptualisation du Psychosocial, initié notamment par Jean FURTOS, à Lyon, avec la création, en 1993, de l’Observatoire National des pratiques en Santé Mentale et Précarité. EHRENBERG décrit cette nouvelle façon de considérer notre travail, en réseau, en tenant compte de la société, dans laquelle nous nous trouvons insérés, comme une véritable institution nouvelle, un nouveau paradigme. Nous rompons ainsi avec l’approche purement individuelle de la souffrance psychique, qui a longtemps dominé la psychiatrie, que ce soit dans la psychanalyse, ou encore les thérapies cognitives et comportementales. D’autre part j’ai pu rencontrer Axel KAHN, généticien, membre du Comité consultatif national d’éthique français, qui pour un livre paru en 2000, se voulant « un plaidoyer pour un humanisme moderne », choisit comme titre une exclamation faite par un des participants à la grande grève de 1995 (contre la réforme des systèmes de santé et de la SNCF, mais plus généralement contre le mépris de l’humain, dans une société gouvernée par la seule « rentabilité ») : « ET L’HOMME DANS TOUT CA ? » La Précarité Positive Enfin, en octobre dernier, j’ai eu la chance et le plaisir de participer, à Lyon au premier « Congrès des Cinq Continents, sur les Conséquences Psychosociales de la Mondialisation ». Invités par Jean FURTOS cité plus haut , plusieurs centaines de chercheurs, et femmes et hommes de terrain, des domaines sociaux et psychiatriques, d’Amérique du Nord et du Sud, d’Afrique et d’Asie, d’Australie et d’Europe, y ont échangé leurs points de vues et expériences, riches et variées ; une autre approche de notre travail, plus égalitaire, plus collective, « communautaire » se développe, au Canada et au Rwanda, au Brésil comme en Chine. Outre l’accent mis une nouvelle fois sur la toxicité dangereuse du « Syndrome d’Auto-Exclusion » exposé plus haut, j’en retiens une autre notion, tout aussi importante : celle de la « précarité saine, positive » : FURTOS, par ce terme, nous invite à prendre conscience du fait, que nous sommes tous précaires, que nous avons tous besoin les uns des autres. Contrairement à l’idéologie, qui se veut dominante, de l’ « autonomie individuelle absolue », comme un idéal à atteindre. Puisque nous sommes tous incomplets et fragiles, « menacés de disparition soudaine », comme l’expliquait le serpent au Petit Prince. Puisque nous sommes vivants, et donc mortels. En conclusion, ce congrès a publié une « Déclaration de Lyon », interpellant les décideurs de cette planète sur ce qui devrait être fait pour endiguer les effets néfastes de cette mondialisation, tout en en développant les bienfaits. La déclaration, intitulée : « QUAND LA MONDIALISATION NOUS REND FOU. POUR UNE ECOLOGIE DU LIEN SOCIAL » peut être trouvée aisément sur le net, et je vous en recommande la lecture. Prises de conscience de travailleurs sociaux et sanitaires ; mouvements sociaux d’envergure dans de nombreux pays, des « altermondialistes » et « zapatistes » aux « indignés », en passant par les « écologistes » ; idées bien souvent concordantes dans de nombreuses publications contestataires, qu’elles soient confidentielles comme la « Décroissance », ou de véritables « institutions » comme « Charlie Hebdo » (hebdomadaire qui, mort pendant les années 80, les années « fric », est re-né de ses cendres en 1992 justement) ; succès surprise du film « Intouchables », une comédie narrant la rencontre entre une « racaille » noire, et un aristocrate tétraplégique… (Je cite ici pèle mêle ce qui me vient à l’esprit, et laisse à chacun de vous le soin de chercher, quels autres indices encourageants vous pourriez trouver, au cours des vingt dernières années) … ….se pourrait- il que nous soyons bien plus nombreux, que nous le croyons, à en avoir marre, qu’on nous gave comme des oies, d’objets de plus en plus inutiles, et d’une idéologie de plus en plus dangereuse, faisant de nous les ennemis les uns des autres ? Se pourrait- il que la baisse des suicides, l’augmentation des naissances, ainsi que tous ces mouvements et pensées cités plus haut, qui se développent depuis 1993, soient l’expression d’une remontée progressive de la pulsion de vie dans notre monde, d’une envie de vivre croissante, malgré et contre tout ce qui nous étouffe et désespère ? Serions-nous à l’aube d’un nouveau « Mai 68 », qui, si l’on quitte les lunettes purement françaises, fut un point culminant de révolte et d’envie de vivre, traversant le monde entier, durant plusieurs années ? Certes nous sommes dispersés, atomisés, et certes, nous passons beaucoup de temps à nous disputer entre nous sur ce qui nous sépare, au lieu de nous soutenir dans ce qui nous unit. Cela aussi est une belle illustration du syndrome d’auto-exclusion, de l’affrontement des égos, auquel l’idéologie dominante nous encourage. Mais sommes-nous vraiment incapables de dépasser ces murs qui nous séparent ? Résistons ! Prouvons-nous que nous existons ! Regardons autour de nous : Nous sommes nombreux à ne pas encore être ni des morts- vivants, ni des robots. Apprenons à aimer cette vie, précaire, qui est la nôtre, et à être libres, à dire NON à tout ce qui menace la vie sur cette planète, que ce soit autour de nous, ou en nous-mêmes. Entrons en contact, localement et globalement, avec tous ceux qui ont envie comme nous de vivre sur cette planète simplement, ensemble, et créons un réseau, des réseaux, de relations humaines durables. . Entrons en résistance contre un soi-disant ordre mondial, soi-disant naturel, basé sur la loi du plus fort, soi-disant sans alternative possible. Ce qui nous rend vivants, ce qui nous définit en tant qu’êtres humains, chacun unique et digne d’amour, ce n’est pas ce que nous achetons, mais ce que nous faisons, ce que nous apprenons et choisissons de faire. C’est pour cela que la « société de consommation », société de « drogués accrochés à leur came », nous rend malade, nous pousse à la mort. Alors réinventons la vie, ensemble. Une vie avant la mort, c’est possible. Si nous le voulons. Ph Geissler Alençon 8 décembre 2011 philippgeissler@aol.com
Vu à Angoulême, cet album est superbe.
Puissant, sexy, imaginatif, libre !

Vous pouvez lire dès maintenant une première chronique, publiée sur planetebd.com, en espérant qu’elle vous donne encore plus envie de lire !
En même temps que je récupérais le texte du “manifeste” des dessinatrices publié par le Monde en 1985, pour le poster sur ce site, je me suis souvenue des attaques de l’époque. Nous étions notamment traitées de mères-la-pudeurs et de censeurs (mot qui n’a pas de féminin). Si mes dessins sont dans l’ensemble assez pudiques, la sexualité est loin d’y être tabou. Quand à Nicole Claveloux qui cosignait notre petit brulot, la partie érotique de son œuvre est loin d’être timide. Et voici une interview (pas très récente) fort intéressante de la dame. CM
Nicole Claveloux “en toute innocence”. une interview exclusive Publié le 13 octobre 2008 dans Interview, Zolies images
J’avais espéré interviewer Nicole Claveloux à la suite de mon billet sur son dernier livre et c’est chose faite grâce à la magie de l’Internet. Je me suis particulièrement intéressé à son oeuvre érotique récente mais vous pouvez trouver une interview plus générale sur son travail dans « La revue des livres pour enfants » (BNF) de septembre 2008 (commande ici). Les dessins choisis ici issus de « la Belle et la Bête » version érotique sont volontairement « soft ».
Les deux derniers ouvrages que vous avez illustrés sont érotiques. Est-ce une coïncidence ou un désir de vous orienter vers ce genre ?
Nicole Claveloux – C’est venu comme ça, sans que je prenne une grande décision d’orientation, en fait c’était une envie que j’avais depuis un moment. Je continue d’ailleurs les livres « pour la jeunesse » en même temps ; comme, par exemple, celui qui est paru entre les deux derniers livres érotiques : « Professeur Totem et Docteur Tabou ». Les deux genres se sont mêlés : en 2001, j’ai illustré « La Belle et la Bête » dans le texte original de Mme Leprince de Beaumont (éditions être) et ça m’a donné envie de continuer, reprenant les 2 mêmes personnages et racontant leurs aventures intimes, pour les adultes cette fois.
jardin d’hiver (la Belle et la Bête en classique) Je ne suis pas la seule à avoir fait ça. Beaucoup d’illustrateurs ont pratiqué plusieurs « genres » en même temps : Fédor Rojankovski qui avait dessiné pour les « Père Castor » de mon enfance et René Giffey que je voyais dans les albums « Fillette », sont tous les deux très connus des bibliophiles amateurs de cochoncetés !
Chacun des livres est cosigné par une personne qui se cache derrière un pseudonyme (le Marquis de Carabas et Maurice Lerouge)) et qui écrit les textes. Est-ce que ces personnes existent réellement ?
NC – Le Marquis de Carabas ainsi que Marcel Lerouge sont une seule et même personne masquée derrière ces pseudonymes, l’un emprunté au « Chat botté » de Charles Perrault, que tout le monde connaît, et l’autre parodiant le nom d’un auteur de roman du début du XXe siècle, aisément reconnaissable… Ensemble, nous travaillons à l’envers, c’est-à-dire que je dessine des scènes, d’après des idées plus ou moins floues, et lorsque j’en ai accumulé un certain nombre, je refile le tout à cet auteur mystérieux ; il classe alors les images, construit une histoire et écrit ses textes pour « illustrer » mes dessins. Le contraire de ce que je fais habituellement. Et c’est très agréable. Parfois, nous complétons le récit avec quelques dessins supplémentaires qui viennent faire transition entre deux scènes.
Les deux ouvrages sont très différents dans leur approche. Le premier part d’un texte connu dont l’interprétation sexuelle est assez évidente et qui se prête bien à une œuvre érotique, le second joue autour du personnage d’Arsène Lupin, personnage pas vraiment connu pour inspirer les érotomanes. D’où est venue l’idée de ces choix ?
NC – L’érotisme de la Belle et la Bête va effectivement de soi… Quant au deuxième album, les « Confessions », je voulais montrer un Paris fantasmé, nocturne, ancien, labyrinthique, plein de passages secrets, de demeures dédalesques, de rendez-vous occultes, de souterrains, d’alcôves, de passages couverts et de vestibules… décor qui est, pour moi, plus érotique qu’un parking en sous-sol ou un supermarché.
voyeur de vampire Le personnage du « monte-en-l’air » s’inspire d’un de ces héros de feuilletons fin XIXe – début XXe siècle que je trouve assez séduisants. J’ai toujours bien aimé l’image archiconnue de Fantômas en habit de soirée au-dessus de Paris (première version, sans la cagoule), et toutes les affiches et couvertures de romans avec des héroïnes à la Irma Vep et des héros en gibus, cape et smoking, éclairés de manière théâtrale. Ces personnages ne sont pas toujours très érotiques, trop malfaisants (quoique !), trop occupés à des vengeances (« Zigomar, maître de l’invisible ») ou trop austères (Harry Dickson) ou nobles bienfaiteurs dénués de pulsions (le Rodolphe des « Mystères de Paris ») ; par contre, je ne suis pas de votre avis, Arsène Lupin devrait inspirer les érotomanes ! Il séduit une femme dans chaque histoire, échange la solution de plusieurs mystères contre la promesse de coucher avec lui (« Les huit coups de l’horloge »), etc., … Maurice Leblanc voulait mettre un peu plus d’érotisme dans ses récits, mais son éditeur refusait, lui rappelant que ça devait être pour un public familial. Il a quand même semé de menues coquineries (à la mode 1910) dans les aventures de son cambrioleur.
Fantômas, un pied en ville Les « Confessions d’un monte-en-l’air » rendent aussi hommage à Jean Ray et à Harry Dickson dans quelques épisodes, avec « Le club des hommes aigris », « La bande des loups-garous », « Le gang des petites souris » et « La mitrailleuse Murgrave ».
Les images des deux livres sont franchement pornographiques. C’est un genre qui n’apparaît pas franchement dans vos travaux antérieurs. Il y a des références à la sexualité ou à l’érotisme mais en règle générale, cela jouait ironiquement sur les codes des fantasmes. Ici, ils sont abordés crûment. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour « passer à l’acte » ?
détail de "Manigances – 1989" Au cours de ces vingt dernières années, j’ai glissé de plus en plus de coquineries dans certains de mes dessins et surtout dans mes tableaux (un site web consacré à ce deuxième aspect de mon travail est actuellement en cours d’élaboration). Quant au passage à des choses beaucoup plus « crues », on va dire que c’est dû à une évolution personnelle. Les envies, les idées arrivent quand elles veulent, ou quand elles peuvent, tôt, tard…. Moi je ne décide pas grand-chose, je réceptionne, c’est tout. J’ai toujours aimé dessiner soit des bonhommes rigolos soit du féerique, j’ai donc longtemps travaillé pour les enfants… mais il y a des époques différentes dans la vie, des moments où l’on est prêt… je ne peux pas être plus précise.
« Confessions d’un monte-en-en l’air » me paraît plus élaboré que les « Morceaux choisis de la Belle et la Bête » avec un gros travail sur les gris, la profondeur (hem) et surtout l’architecture parisienne. Est-ce que c’est venu comme ça ou il y a-t-il des choix artistiques derrière ?
NC – Les « Morceaux choisis de la Belle et la Bête » avaient un scénario assez simple : deux héros dans un décor unique, un parc et un château, le tout dans un XVIIIe siècle plus ou moins fantaisiste. Les « Confessions d’un monte-en-l’air » se déroulent dans un monde plus complexe : le héros est amené, au cours de ses aventures, à rencontrer différents personnages, à circuler dans des lieux nouveaux chaque fois… J’avais envie que les aventures polissonnes du « monte-en-l’air » se situent dans des décors recherchés, travaillés ; ce Paris mystérieux plus ou moins imaginaire devait avoir des éclairages crépusculaires ou orageux, des ambiances pluvieuses et venteuses, des perspectives, des maisons imbriquées les unes dans les autres depuis plusieurs siècles, où, heureusement, rien n’est fonctionnel et où le héros peut voltiger de toit en toit, apparaître par des portes cachées et disparaître dans la nuit. J’aime bien les détails, les petits objets, et aussi voir au loin, par la fenêtre ou dans un miroir. Les images sont donc plus fouillées en détails d’architecture, de mobilier, de costumes (1913 environ). Lors de la préparation du livre, en traînant dans Paris, je notais sur un calepin des toits, des portes d’entrée, des balcons et je suis loin d’avoir utilisé tous les docs que j’ai accumulés ( cf mon billet ici http://www.li-an.fr/blog/?p=1786 ). Les « Morceaux choisis de la Belle et la Bête » a été fait plus rapidement, plus spontanément, avec moins de recherche documentaire.
Un des visiteurs de mon blog m’a demandé si votre travail féministe (Ah ! Nana !, voire Grabote) était compatible avec un travail érotique aussi cru. Personnellement, ça ne me semble pas incohérent mais que pouvez-vous lui répondre ?
NC – Pour moi non plus, ça ne me semble pas incompatible du tout, à moins de faire rimer féminisme avec puritanisme, ce qui arrive parfois. Le féminisme concerne le social (à l’époque d’ Ah ! Nana, il s’agissait entre autres de « libération sexuelle ») ; mes dessins érotiques, eux, relèvent d’une sphère plus intime, celle de mon imaginaire. Et lorsqu’on publie ses images, elles ne vous appartiennent plus, les gens vont s’en emparer ou au contraire les rejeter. Selon les époques, chacun voit ce qu’il veut dans une image, souvent des choses que l’auteur lui-même n’a pas voulu mettre, donc quels experts vont décider qu’une image est dangereuse ou dégradante et, par conséquent, à interdire ? On trouve à tous les coins de rue des analystes autoproclamés qui savent avec une certitude en béton que la couleur noire est « inquiétante », que la couleur blanche est « morbide » et que telle pose ou attitude est « avilissante » ou « méprisante ». Quand on est dans le domaine de la représentation des fantasmes, tout jugement moral ou social me semble hors de propos puisqu’on est dans un champ imaginaire privé.
Larson en toute innocence
logo delle bambine La petite fille de Carl Larsson (1894), qui était à l’origine dans un cadre familial, a inspiré dans les années 1970 le sigle des éditions « Du côté des petites filles » (pour lesquelles j’ai fait trois livres). Aujourd’hui, elle pourrait être taxée d’incitation à la pédophilie ! Je comprends très bien qu’on ne s’intéresse pas du tout, ou pas en permanence, aux histoires et aux images sexuelles ; ça me semble donc correct de ne pas les infliger à tout le monde sur les murs de la ville et les couloirs du métro. À part ça, j’espère qu’aucune censure des images ne va s’imposer, que les caricatures de tout poil seront toujours possibles et la représentation des fantasmes sexuels aussi. Quand au grand prétexte des censeurs : les enfants, les jeunes, et bien il y a des placards qui ferment à clé ! En ce qui me concerne, les histoires et les images sexuelles m’ont toujours intéressée, depuis les époques lointaines où j’étais gamine (et où je n’avais pas grand-chose à me mettre sous la dent) et ça n’a pas cessé depuis. Aujourd’hui, je collectionne avec plaisir des livres et des images érotiques, allant de la « diabolico-foutromanie » de Achille Devéria, en passant par les gravures de Ishibun Sugimoto, Jean-Jacques Lequeu, Eugène le Poitevin, Fameni, Takato Yamamoto, Martin Van Maele, etc., … il y en a des milliers.
Dans les deux livres, il n’y a pas de fantasme ou de pratique particulièrement mis en avant. C’est plutôt un catalogue des possibilités sexuelles (dans le cas du Monte-en-l’air, c’est encore plus visible avec des références à la zoophilie, à la transsexualité…). Est-ce que c’est une façon de ne pas se dévoiler ?
parfum d’escrime ( Belle et Bête version érotique ) NC – Je n’ai pas voulu faire un inventaire de tout ce qui se pratique, ce n’était pas un reportage sur les différentes formes de sexualité. Je ne voulais pas non plus être monotone et reproduire page après page la même obsession… bien que j’apprécie cela chez d’autres dessinateurs. En fait, j’ai voulu varier un peu les plaisirs ; certaines scènes ont aussi été suggérées par l’auteur, ce qui introduit un autre imaginaire. Que je ne cherche pas à trop me dévoiler, c’est bien possible ! Zoophilie : le mot conviendrait mieux à « Morceaux choisis de la Belle et la Bête » ! Dans les « Confessions d’un monte-en-l’air », il y a surtout une foule de petits clébards rikiki, dont celui du célèbre Ferlock Bolmès, un secret bien gardé… Ils sont là surtout pour assurer la partie comique plutôt que pour plaire aux zoophiles. Je ne suis pas du tout dans une posture de provocation ou de transgression. Si je choque, j’en suis la première surprise ; j’ai parfois choqué dans l’illustration jeunesse où, pour certains, j’ai une réputation « d’illustratrice qui fait peur aux enfants » !! Je n’ai jamais bien compris pourquoi. J’aime bien représenter des animaux humanisés ou l’inverse, d’abord parce que nous sommes des animaux et puis parce qu’ils sont beaux, la plus part du temps. Mais je reconnais qu’il y a plus attrayant que le phacochère qui valse avec la Belle !
En règle générale, ce sont les artistes mâles qui ont une espèce de démon de midi et qui se mette à l’érotisme. Je ne connais pas d’autres exemples d’artistes féminins qui révèlent relativement tardivement leur goût de la représentation sexuelle. Est-ce que vous vous considérez comme une pionnière ?
NC – Je ne suis pas la première ! Je ne connais pas les parcours de tous les illustrateurs (trices) mais, par exemple, Suzanne Ballivet (1904-1985) a commencé par publier des dessins de mode dans les années 20, puis de l’humour, des costumes et des décors de théâtre dans les années 30, puis a fait paraître ses premiers dessins « sensuels » vers ses 40 ans : « Les aventures du roi Pausole » (1945), « Les chansons de Bilitis », « Daphnis et Chloé » (1946), et ce n’est que dans les années 50 qu’elle illustre de façon franchement érotique des livres comme « L’initiation amoureuse » (1951) et surtout « Gamiani ou deux nuits d’excès » d’ Alfred de Musset, dessins ou lithos à la sanguine que je trouve absolument magnifiques.
Avez-vous d’autres projets en cours ?
NC – Oui, je prépare un 3ème (et sans doute dernier) livre érotique qui s’appellera quelque chose comme « Les contes de la fève et du gland », et qui est basé sur les contes de fées, les légendes, les mythologies. Les images sont en couleurs, aux crayons de couleur. Il est plus laborieux que le numéro deux (lequel était plus laborieux que le premier !), car il traite de personnages tous différents et dans différents décors : le ciel, l’océan, les villes, la forêt, et différentes époques. Ça boucle la boucle en somme : livre de contes de fées plus livre érotique. C’est le moment de faire une citation, mais je ne la connais pas avec exactitude (donc, pardon en cas d’erreur), Jean Cocteau a dit : « les histoires érotiques sont les contes de fées des grandes personnes ».
Il y aura 27 ans le 27 janvier 2012, plusieurs femmes dessinatrices remettent en question la presse BD de l’époque. Nicole Claveloux, Florence Cestac, Chantal Montellier et Jeanne Puchol cosignent un “manifeste” publié dans Le Monde.
Chantal Montellier témoigne : "Les coups en retour furent d’une extrême violence et d’une grande bassesse. Etant considérée – à juste titre- comme le véritable auteur de ces lignes j’ai été particulièrement visée et frappée. Rumeurs qui tuent et ostracisation systématique. Mise en cause de ma santé mentale. J’avais touché au veau d’or, ça ne se pardonne pas."
Ce texte manifeste intitulé « Navrant », est reproduit ci-dessous dans son intégralité :
« Navrante cette soi-disant nouvelle presse percluse des plus vieux et des plus crasseux fantasmes machos. Navrant de voir la plupart des journaux de bandes dessinées emboîter le pas, prendre le chemin réducteur de l’accroche-cul et de l’attrape-con. De la « porno à quatre mains », au « strip-tease des copines », en passant par « l’étude comparative des lolitas », « le roi de la tripe », « les nouveaux esclaves », les « mange-merde », j’en passe, les talents se déploient, virils. Ils nous proposent d’accompagner « le grand capitaine Rommel » dans le souffle nouveau de l’aventure.
Rétro, humour fin de race, potins mondains-branchés, nostalgie coloniale, violence gratuite, poujadisme, sexe-con, fétichisme, sexisme et infantilisme sont à l’ordre du jour.
Parce que nous aimons certaines bandes dessinées, parce que nous souhaitons que les journaux soient au service des créateurs et pas des seuls marchands, parce que ces derniers réduisent chaque jours davantage la place accordée à la création au profit de l’uniformisation, nous avons voulu réagir, en souhaitant que cette lettre trouve un écho auprès des auteurs comme des lecteurs. »
Manifeste signé par : Nicole Claveloux, Florence Cestac, Chantal Montellier, et Jeanne Puchol. Avec le soutien d’ Arnaud de la Croix, Franck, Thierry Groensteen, Bruno Lecigne, et Pierre Sterckx.
Quelques lignes d’une interview donné à Hélène Lazar, une journaliste de “la vie en rose”.
HL : Comment vous est venue l’idée de ce manifeste ?
CM : C’est à la suite d’une discussion avec Nicole Claveloux, une autre auteure de BD. Nous avons réagi de la même manière aux politiques d’édition de journaux comme L’Écho des Savanes. Charlie Mensuel ou Pilote. Mais on ne s’est pas contentées d’une impression générale. On a été y voir de près. On a fait une sorte d’état des lieux, c’est-à-dire qu’on a acheté toutes les revues de BD présentes en librairie et on a constaté que le mot d’ordre général, c’était : « Porno, rétro, facho ». Quoi qu’on raconte, les femmes sont exhibées, dénudées. C’est comme si on imaginait une pièce de théâtre où tous les personnages féminins seraient nus ; ça semblerait absurde. Ce qui est grave, c’est que ces BD développent un mépris de la femme, la gadgétisent. Elles ne sont plus actrices, porteuses d’une histoire. Elles sont le repos du guerrier, des esclaves sexuelles analphabètes.
Sophie Coignard et Romain Gubert, journalistes au Point, dénoncent dans leur dernier ouvrage une « oligarchie », composée de patrons, hauts fonctionnaires, élus ou experts, qui cumulent fonctions et privilèges, se servent de l’Etat à leur profit et à celui de leurs amis et « gouvernent avec un mélange d’incompétence et de lâcheté. »
Interview sur France Info :
http://www.franceinfo.fr/recherche/key%3Dsophie%20coignard
Marie Curie, la fée du radium
durée : 7 min
À l’occasion de la sortie de la BD La fée du radium (Ed. Dupuis) sur la vie de Marie Curie, l’occasion de s’interroger sur l’héritage de ce personnage quasi mythique... Malgorzata Tkatchenko, directrice du centre CEA de Fontenay-aux-Roses évoque pour nous les applications et les recherches actuelles issues des travaux et découvertes de Marie Curie.
Réalisation : Romain Nigita
http://www.universcience.tv/media/4...
Le prix Artémisia 2012 de la bande dessinée féminine est décerné à Claire Braud, pour Mambo, (l’Association)

Cette jeune auteure succède à Johanna Schipper, Tankxxx et Lisa Mandel, Laureline Mattiussi et Ulli Lust, respectivement lauréates en 2008, 2009, 2010 et 2011.
Le Mambo est une danse originaire de l’île de Cuba. Les danseurs se font face car leurs pas sont réalisés en miroir et les deux partenaires sont généralement collés l’un à l’autre. Mais comment danser un Mambo quand on est toujours en train de courir, de crainte de devenir un “gros tubercule” ? Et puis avec qui le danser ? Surement pas avec le contrôleur fiscal (neutralisé d’un coup de poële à frire) ; ni avec le cavalier body buildé aux dents trop longues et pointues pour pouvoir embrasser, sans la blesser, sa partenaire ; ni avec le chauffeur de bus au nez collé sur son volant... Sans compter que pour ne rien arranger les hommes ont des prénoms féminins ! Alors, comment s’y retrouver ? Autant continuer à courir en confiant la garde de la maison (et de l’huissier) à l’animal domestique habituel : un tigre de grande taille !
Dans ce premier album plein de fantaisie et d’humour subtilement subversif, l’auteure porte un regard original sur les relations hommes-femmes et fait appel, de rebondissement en rebondissement, à ce que l’imaginaire féminin peut avoir de plus singulier, chose toujours trop rare dans le monde si masculin de la bande dessinée.
Côté graphisme, dessin et mouvement sont très dynamiques, les personnages bien caractérisés et le style, qui peut faire penser parfois à Roland Topor, est libre et léger. L’absence de cadre autour des cases accentue encore l’impression de liberté.
Bref, Claire Braud nous entraîne dans une danse sensuelle à la chorégraphie surréaliste, qui a donné à Artémisia envie de danser ce mambo avec elle. Pas à pas.
Le prix sera remis mardi 10 à 18h 30 à la librairie la Hune de Saint Germain.
Artémisia
Le prix Artémisia 2012, qui promeut chaque année une bande dessinée entièrement créée par une femme, sera décerné dans quelques jours, le 9 janvier.
Suite à l’annonce de la sélection des albums pour le prix 2012, un débat intéressant a été animé sur le site ActuaBD : est-il discriminant de créer un prix qui récompense uniquement des bandes dessinées faites par des femmes ? ou au contraire, est-ce un moyen, dans un contexte éditorial complexe, de valoriser des oeuvres qui auraient pu rester inaperçues, et des auteures qui restent minoritaires dans le monde de la bande dessinée ?
Voici quelques lignes du débat qui a eu lieu sur le site ActuaBD :
16 décembre 14:31, par Toon :
Bizarre comme critère de sélection être une femme ou pas, car être une femme n’est pas une qualité en soi, c’est très discriminant comme prix je trouve.
Répondu par Gill le 16 décembre à 15:29 :
Il y a le premier niveau de réflexion, plutôt simpliste et évident : "tiens ? les discriminées discriminent ?"
Et puis le deuxième niveau (qu’atteignent parfois ceux qui différencient "bande dessinée" et "manga" ou "comics", etc...) : "pour combattre la discrimination et le dénigrement, il faut parfois se regrouper et se valoriser soi-même".
Il y a aussi le premier niveau, très à cheval sur les principes : "jamais de discrimination, ni pour nous, ni contre nous !"
Et puis il y a le deuxième niveau : "vivons-nous vraiment et vivrons-nous jamais un jour dans un monde idéal où les différences et les hiérarchisations n’existeront plus ?" (...se disait la femme noire américaine pauvre... qui se marie quasi-systématiquement avec un noir).
Répondu par jony. le 17 décembre à 11:49 :
ok... alors à quand le prix de la BD des noirs de banlieues, des blancs catho pauvres de campagne, des juifs prolétaires du nord de la france, à quand un prix pour la meilleur bd dont les auteurs sont des fils de camionneurs, etc etc...il y en a tant d’autre !!
Que la femme soit victime de ségrégation, discrimination, salaire, etc...évidement,mais dans le champ particulier de la culture et de la bourgeoisie, là, c’est peut être moins certains...Voilà pourquoi cette initiative me dérange.
Elle n’est en rien universalisante pour les femmes, juste une opé commerciale, petite bourgeoise.
Répondu par Gill le 18 décembre à 20:02 :
Vous avez raison, allons plus loin et nions systématiquement toute forme de catégorisation : supprimons les collections, les genres, la diversité des sélections dans un même Prix, n’organisons qu’un seul Prix global pour la BD dans son ensemble... puisqu’il ne faut jamais jamais jamais différencier qui que ce soit ou quelque groupe que ce soit.
Nions surtout que les hommes ont monopolisé la bande dessinée jusqu’à notre époque (pour des raisons historiques), et ne voyons rien d’intéressant à cette parité qui remonte progressivement, le sexe d’un auteur formant une originalité qui pourrait attirer certains lecteurs femmes ou hommes, qui sait ? Et qui pourrait être mise en avant, justement pour cela.
"Bourgeoises" ? C’est à mourir de rire ! Le bourgeois que vous devez être lancerait lui-même des "opés commerciales" de cette sorte s’il en était rendu au niveau de subsistance moyen d’une artiste. Il n’y a qu’un salarié privilégié pour ne pas comprendre ce que représente la promotion dans un monde artistique libéral. Fut-ce par des Prix.
Une vidéo qui donne quelques éclaircissements sur la crise financière que nous continuons de vivre en ce moment.
http://www.youtube.com/watch?v=LGCBIvOcJYo
Pour retrouver l’entretien sur le site de BDGest’, cliquer ici.
Chantal Montellier est une artiste engagée. Engagée dans un combat politique qu’elle mène depuis ses premiers dessins de presse parus au début des années 70 dans L’Humanité ou Politis, dans une lutte contre un monde déshumanisée que l’on retrouve dans des albums comme Tchernobyl mon amour ou Odile et les crocodiles, elle a également à cœur de rendre à la Femme la place qu’elle mérite, dans une société très machiste. Elle a d’ailleurs créé en 2008 le prix Artémisia qui récompense chaque année un album scénarisé et/ou dessiné par une ou plusieurs femmes. À l’occasion de la sortie de son nouvel ouvrage, L’Inscription, publié chez Actes Sud, elle accepte de se prêter au jeu de l’interview.
Le nom de l’héroïne de L’Inscription, Caroline Montbrasier, possède les mêmes initiales que le vôtre. La coïncidence est-elle purement fortuite ?
Pas vraiment. Même si je ne suis pas le personnage, nous sommes proches.
L’album s’ouvre sur une citation d’André Breton portant sur la révolte. Êtes-vous, vous-même, une révoltée ?
Une indignée, comme de plus en plus de personnes en ce moment. Les indignés de Wall Street, par exemple (les manifestants du mouvement anticapitaliste Occupy Wall Street ). Comment ne pas être révoltée face au désastre social actuel...
Pensez-vous qu’il n’y a pas de place dans la société actuelle pour des personnes ne correspondant pas exactement à « la norme » ?
La norme est morne ! Les gens ordinaires ennuyeux. On calibre les individus comme s’ils étaient des biens de consommations. Personnellement, je refuse ce calibrage et ça ne me simplifie pas la vie. Mais les artistes ne sont pas calibrables en principe, donc hors normes. Les pouvoirs n’aiment pas ça.
Votre livre a tout d’une dystopie. Vous semblez avoir fait de Caroline une victime consentante de ce système.
Vous m’avez mal lue. Caroline est coincée. Elle est entrée, poussée par un faux ami (psy), dans un piège... Mais c’est aussi une sorte d’initiation. Et puis il s’agit d’un songe !
Certes, elle se rebelle dans sa tête, mais elle cède systématiquement dans les faits. Sur quoi avez-vous voulu insister en faisant ce choix ?
Montrer la face cachée du pouvoir.
N’y-a-t-il pas un paradoxe à dénoncer une société du paraître, alors que dans le même temps, l’unique personnage de votre livre qui a une certaine beauté est Caroline ?
La beauté n’a rien à voir avec le “paraître”. Et Caroline est dans sa vie “réelle” (si j’ose dire) cernée par la laideur, la bêtise. Concierge et voisins hideux, méchants ; beaufs et commerçants vulgaires et voleurs ; bureaucrates rancis et pervers ; flics sadiques... Elle est un peu comme Rimbaud face aux “assis” “... leur regard filtre ce venin noir... Et vous suez pris dans un atroce entonnoir”
Dans plusieurs de vos albums, et notamment le dernier, votre graphisme fait écho à des œuvres de toutes natures. Pouvez-vous nous parler des artistes, des arts qui ont une influence sur votre travail, votre mise en scène ?
”De toutes natures” me semble exagéré. J’ai cité John Tenniel, Crépax et deux ou trois autres dessinateurs des jeunes générations comme la talentueuse Tanxxx. Mais en fait, pour L’Inscription, je n’ai pas été, côté dessin, influencée par grand monde, j’ai surtout puisé en moi même. Par contre je travaille en ce moment sur un album pour Thierry Groensteen (Actes Sud, l’An 2), et les peintres de la Nouvelle Figuration ou Figuration Narrative m’inspirent beaucoup. Je me sentais très proche d’eux à une certaine époque.
Dans L’Inscription, Caroline est présélectionnée pour le prix Artémise. Quels sont les retours que vous avez eus sur l’impact des prix Artémisia décernés à ce jour ?
Excellents. Notamment grâce au magnifique travail de Sylvie Chabroux notre attachée de presse, les dossiers de presse sont impressionnants. Quant aux auteurs, nos deux dernières lauréates ont eu le plaisir de voir leur albums réimprimés. Les éditeurs jouent bien le jeu et cette année nous avons reçu beaucoup d’albums. Hélas, la production ne me semble pas excellente... Peut-être un des effets négatifs de la “BD girly” qui abaisse le niveau général ?
Justement, que pensez-vous de l’apparition des bandes dessinées tirées de blogs dans lesquels les auteures y livrent leur quotidien, ce que vous appelez la « BD girly » ? L’une d’entre elles, Mimi Stinguette de M.Rak, éditée par La Boîte à Bulles, a récemment fait l’objet d’une polémique, certains la taxant de « mièvrerie superficielle ». Pensez-vous également que ce genre d’albums dessert la bande dessinée que vous défendez ?
Elle desservirait si on ne voyait plus que la "BD girly" dans les bacs et les vitrines des libraires, et c’est hélas un peu trop le cas. Je vous conseille à ce sujet de lire le très bon papier de M.A. de Saint-André, publié sur fluctuat.net.
Comment voyez-vous l’évolution de la bande dessinée féminine depuis le début de votre carrière ?
Incontestablement le nombre des dessinatrices augmente, mais la qualité ne suit pas toujours. Beaucoup d’albums publiés manquent un peu d’originalité... Le norme commerciale nivelle et écrase trop souvent les talents et les personnalités. Je feuilletais des numéros du journal Ah ! Nana dans lequel j’ai débuté, les styles étaient immédiatement reconnaissables, on ne pouvait pas confondre Claveloux et Cécilia Capuana, Trina Robbins et Kéleck... Aujourd’hui, toutes les bd dites "girly" se ressemblent beaucoup... Ceci étant, de vraies auteures émergent, comme Laureline Mattiussi qui a un langage graphique bien à elle. Estelle Meyrand ne manque pas de talent et de sensibilité et Chloé Cruchaudet non plus. Dans un autre style, Gabrielle Piquet pourrait devenir une grande dessinatrice en s’affirmant davantage.... Des femmes comme Catel Muller font le lien entre ma génération et celle des Trenta... Catel a produit de bons albums comme son Kiki de Montparnasse très habilement dessiné. J’ai eu le plaisir de voir ses carnets de croquis, et j’ai pu constater qu’elle était aussi une excellente dessinatrice réaliste.
Que pensez-vous de la segmentation du marché au Japon, où des BD sont spécialement écrites pour le public féminin ?
J’en pense beaucoup de mal.
Le prix Artémisia offre une visibilité aux auteures, mais à part donner l’exemple en montrant qu’on peut être une femme et une auteure de BD, ne faudrait-il pas également une BD plus militante ?
Si, bien sûr... Hélas, l’esprit militant, en ce moment... C’est plutôt la démobilisation et le chacun pour soi. Et puis la période est très angoissante et il y a beaucoup de combats plus urgents que la BD féminine.
Quels sont vos projets ?
Survivre. Plus sérieusement, une biographie de Marie Curie, La fée du radium qui va sortir prochainement chez Dupuis. Elle m’a été commandée par José-Louis Bocquet. (je ne suis pas responsable du titre.) Et je travaille a une autre biographie de femme remarquable, Christine Brisset qui a lancé le mouvement d’auto construction après les bombardements d’Angers. Une femme d’une audace et d’un courage peu ordinaire. J’aime assez cette alternance entre projets très personnels et très fictionnels comme L’Inscription, et les... “documentaires”. J’y trouve un bon équilibre.
Propos recueillis par L. Gianati
Mikis Théodorakis : lettre ouverte aux peuples d’Europe
Résistant de la première heure contre l’occupation nazie et fasciste, combattant républicain lors de la guerre civile et torturé sous le régime des colonels, Mikis Théodorakis a adressé une lettre ouverte aux peuples d’Europe, publié dans de nombreux journaux…
Extraits :
Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. (…)
Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.
Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance.
Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches.Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes.
Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire fut le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. (…) Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour.
Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes.
Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit.
Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en Tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.
Confessions d’un assassin économique :
« Inspireeez... Souuufflez », dit notre médecin alors qu’il écoute, au travers de son stéthoscope, nos poumons respirer. En allant du figuratif le plus réaliste (des décors urbains dont elle seule a le secret) à l’iconique le plus abstrait à savoir la lettre et le mot (des pans entiers de planches voire des pleines pages sont allouées à du texte), Chantal Montellier, dans son Inscription, propose une véritable respiration. Une respiration profonde. Et ce qu’elle écoute, ce qu’elle ausculte, ce qu’elle décortique, c’est ce qui au fond a traversé toute son œuvre et dont elle fait ici son sujet : le rapport du réel, de l’imaginaire et du symbolique. On inspire du réel et de l’imaginaire, on expire du sens. La virtuosité graphique de Chantal Montellier, dans la composition de ses planches (qui doivent plus - choses rare dans la BD - au pictural qu’au cinématographique) n’est plus à prouver mais elle atteint son point d’orgue dans l’Inscription où l’on peut voir dans la même image, une représentation des plus réalistes d’un bâtiment administratif dans une rue où, par ailleurs, les passants sont des pictogrammes de toilettes publiques ou de feux de signalisation, le tout agrémenté d’oiseux noirs et symboliques. Inspirez, soufflez...
« En fait, ton problème, c’est que tu refuses de t’inscrire normalement dans le réel » dit Paul à Caroline Montbrasier qui dès lors, va partir à la recherche de l’inscripteur. Et de notre réel socio-politique, tout y passe. La crise, la surveillance vidéo de Big Brother, la pornographie, crue et totalitaire, ou sa caution intellectuelle. La condition de la femme, la condition de l’artiste (et celle de la femme artiste)... De notre imaginaire collectif également. Alice au pays des merveilles, Les misérables, Les mille et une nuits...
Quant à ces pans entiers de textes - où s’exprime entre autres la voix narrative - qui ponctuent les complexes compositions graphiques, c’est du courage artistique qu’ils relèvent. Car, regardons autour de nous, dans la littérature et surtout dans la bande dessinée, force est de constater que la voix narrative a disparu. Tout est donné à voir par une focalisation externe (caméra objective) ou une focalisation interne (la perception d’un personnage). Tout se passe comme si, de nos jours, le monde ne pouvait plus être pensé mais seulement vu et perçu. Or, si dans l’inscription une part du récit est donné à voir par les yeux de Caroline Montbrasier, ici et là, en revanche, dans ces longs passages de textes (ou même dans l’utilisation d’éléments graphiques symboliques), la voix narrative émerge, apparaît, se fait entendre. La voix narrative commente et suggère. Elle donne du recul et elle explique. Inspirez, soufflez. Car pour Chantal Montellier, le monde peut et doit se penser.
L’inspiration, Chantal Montellier connait. Quel beau poème écrit par Caroline Montbrasier et signé C.M. : « Au-dessous du monde, sous le poids des pachydermes en chemises acryliques, œillères sur leurs minuscules yeux myopes, je cherche en vain l’entrée vers le rassurant troupeau gris ». L’expiration sémantique du symbole, Chantal Montellier connaît aussi. Popoll est un parti politique, Popol est le sexe turgescent de la pornographie omniprésente, et c’est à son ami Paupaul que Caro dira « tchao ».
Et la conclusion, où la petite fille magique et son alter ego Caro (sorte de super héroïne poétique), s’envolent sur le cygne (le signe), est en somme déjà là, dès le début, lorsque la voix narrative dit : « Caro, elle, se presse vers son antre où l’attendent ses livres, ses poètes préférés, et ses chats.. Tout un monde à la fois symbolique, imaginaire et aussi réel, forcément réel.. »
Bernard Dato
Paru sur le site ActuaLitté, les univers du livre : "Jeunesse : Étudiants et jeunes diplômés priés de banquer à Montreuil", un article signé Nicolas Gary.
Dans 36 jours s’ouvrira le Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis, plus connu sous le petit nom de Salon de Montreuil. L’occasion de découvrir toute la production jeunesse existante, et pour les auteurs, de venir à la rencontre des éditeurs. Oui, mais...
Pour cette édition, un espace et un pass ’Jeune Talent’ ont été mis en place, dans des conditions qui font hurler de colère plusieurs auteurs. C’est qu’en effet, deux formules sont proposées :
Pass "Jeune Talent"
Pour présenter son book à des directeurs artistiques (3 rendez-vous maximum). Mercredi 30 novembre, jeudi 1er, vendredi 2 et lundi 5 décembre. Frais de dossier : 10 euros.
Pass « Jeune Talent Plus »
Ce pass comprend l’inscription aux rencontres DA aux dates ci-dessus + 1 worshop conduit par un illustrateur confirmé ou 1 work in progress, pour partager l’expérience d’un artiste ou d’un éditeur inscrit dans la profession. Samedi 3 et dimanche 4 décembre. Frais d’inscription : 30 euros (voir l’intitulé).
Au choix donc, 10 € ou 30 € pour venir présenter son travail, l’un présentant des frais de dossier, l’autre des frais d’inscription, comme le note justement ActuaBD. De quoi effectivement faire scandale, et pas simplement pour les tarifs pratiqués. Quid des auteurs ’Pas Jeunes Talents’ dans ce cas de figure ?
De qui se moque-t-on ?
Pour lire l’article dans son intégralité, cliquer ici.
Les auteurs de bandes dessinées, entre autres, se sont mobilisés pour dénoncer les débordements du salon du livre jeunesse de Montreuil. Tanxxx, notamment, signe un billet sans ambiguïté sur son "bloug" dans le quel le salon de Montreuil devient "le salon du baise-main". Pour lire son billet, cliquer ici.
Devant la mobilisation générale, le salon de Montreuil est finalement revenu sur son pass payant à destination des auteurs. Pour en savoir plus, cliquer ici.